‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 433 sur 511 · MORT D'HENRIETTE D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

MORT D'HENRIETTE D'ANGLETERRE

Le grand, l'invincible et le magnanime Louis, à qui l'antiquité eût donné mille cœurs, elle qui les multipliait dans les héros selon le nombre de leurs grandes qualités, se trouve sans cœur à ce spectacle, peribit cor régis. La mort, indignée de ne pouvoir l'ébranler sous des formes terribles par la crainte, prend une autre forme plus douce et plus touchante pour l'émouvoir par tout ce que l'estime et l'amitié peuvent inspirer de douleur dans une telle rencontre. Cependant, au milieu de tant de pleurs, cette princesse s'avance vers la mort avec autant de majesté que le soleil vers son couchant, et, dans un temps où les autres sont à peine capables de recevoir des consolations, elle en donne à tout le monde. Mais les discours qu'elle fait ne partent point d'une fausse constance. Les longs discours des mourants, auxquels on donne souvent le nom de fermeté, ne sont la plupart du temps que l'effet d'une timidité déguisée. L'âme cherche à s'amuser^ par tous ces raisonnements spécieux pour ne pas voir l'ennemi qu'elle va combattre : bien loin que la bouche parle de l'abondance du cœur, c'est le cœur qui cherche à se fortifier par l'abondance des paroles de la bouche ; et, comme le dit un ancien, il n'appartient qu'à celui qui craint la mort d'en parler

Le cœur des insensés est dans leur bouche, dit l'Ecriture, et la bouche des sages est dans leur cœur. C'est-à-dire que l'insensé ne garde ni fermeté ni sagesse pour son cœur ; il évapore tout par les discours de sa bouche. Le sage au contraire, ne parle qu'à son cœur ; c'est là qu'il conserve la force et la générosité de ses sentimens à la mort '-. Ces deux extrémités sont dangereuses et suspectes ; on ne sait pas bien ce que les longs discours des uns et le silence des autres veulent dire. La sage, la généreuse, la chrétienne Henriette fait un mélange judicieux de ces deux choses : elle parle, elle demande, elle ordonne, elle répond par des paroles courtes et généreuses ; le trouble ne change rien, la crainte ne diminue rien, le faste

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