LES JUGEMENTS TEMERAIRES
On juge des intentions par les actions. Vous me direz qu'il est impossible d'en juger autrement ; et moi je vous réponds avec saint Jérôme, que c'est pour cela qu'il n'en faut pas juger du tout... car, de raisonner comme l'homme mondain, à qui saint Augustin fait dire : « Attendo quid cigat, et inteïïigo proyier quid agat : j'observe la manière d'agir, et, de la manière d'agir, je conclus pourquoi l'on agit )>, c'est un abus, reprend ce saint docteur, puisqu'il est évident que la même chose peut-être faite par cent motifs tout différents les uns des autres, et que ces différents motifs en ^ doivent fonder autant de jugements tout opposés.
On juge sur le rapport d'autrui ,et, quoiqu'on jugeant de la sorte on juge avec moins d'assurance, on se croit en droit de juger avec plus de liberté, comme si le jugement qu'on forme n'était un péché que pour celui qui l'a formé avant nous et qui l'a ensuite communiqué aux autres... Il se répand dans une ville, dans une cour, des bruits injurieux qui flétrissent telle personne et qui la perdent d'honneur : disons-nous alors comme Dieu : « Descendant et vihedo ; je m'instruirai, je verrai, je démêlerai le vrai d'avec le faux, j'irai à la source des choses, je les approfondirai, et jusque là je me garderai bien de décider ? » Est-ce ainsi que nous parlons ? Vous le savez, ces bruits, quelque frivoles qu'ils soient, sont favorablement reçus. Une maligne* curiosité nous les fait recueillir, et une pernicieuse créduHté nous les fait trouver probables et vraisemblables. Nous donnons créance à des hommes, les uns médisants, les autres légers, ceux-ci peu •éclairés, ceux-là peu sincères, et sur leur parole nous hasardons des jugements dont nous devons nous-mêmes répondre °.
l.Honnéfefë. Civilité.Cf.p.llS.n. 3. 3. En. Représente c/jose et dépend