‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 453 sur 511 · LES GRANDS DOIVENT ETRE HUMAINS ENVERS LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LES GRANDS DOIVENT ETRE HUMAINS ENVERS LE PEUPLE

Les personnes nées dans une fortune obscure et privée n'envient dans les grands que le pouvoir de faire des grâces et de contribuer à la félicité d'autrui : on sent qu'à leur place on serait trop heureux de répandre la joie et l'allégresse dans les cœurs en y répandant des bienfaits, et de s'assurer pour toujours leur amour et leur reconnaissance. Si, dans une condition médiocre, on forme quelquefois de ces désirs chimériques de parvenir à de grandes places, le premier usage qu'on se propose de cette nouvelle élévation, c'est d'être bienfaisant, et d'en faire part ^ à tous ceux qui nous en- \âronnent : c'est la première leçon de la nature et le premier sentiment que les hommes du commun trouvent en eux. Ce n'est que dans les grands seuls qu'il est éteint : il semble que la grandeur leur donne un autre cœur, plus dur et plus insensible que celui du reste des hommes ; que, plus on est à portée de soulager des malheureux, moins on est touché de leurs misères ; que, plus on est le maître de s'attirer l'amour et la bienveillance des hommes, moins on en fait cas ; et qu'il suffit de pouvoir tout pour n'être touché de rien.

Mais quel usage plus doux et plus flatteur, mes frères, pourriez -vous faire de votre élévation et de votre opulence ? Vous attirer des hommages ? mais l'orgueil lui-même s'en lasse. Commander aux hommes et leur donner des lois ? mais ce sont là les soins ^ de l'autorité, ce n'en est pas le

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