FÉNELON
la main au-devant de l'Évangile ; et c'est d'eux qu'on peut dire à la lettre qu'ils ont trouvé le Dieu qu'ils ne cherchaient pas.
Combien voyons-nous encore de peuples que l'Église a enfantés à Jésus-Christ depuis le huitième siècle, dans ces temps même les plus malheureux, où ses enfants révoltés contre elle ^ n'ont point de honte de lui reprocher qu'elle a été stérile et répudiée par son époux ?
Mais que vois-je depuis deux siècles ? Des régions immenses qui s'ouvrent tout à coup ; un nouveau monde inconnu à l'ancien et plus grand que lui. Gardez- vous bien de croire qu'une si prodigieuse découverte ne soit due qu'à l'audace des hommes. Dieu ne donne aux passions humaines, lors môme qu'elles semblent décider de tout, que ce qu'il leur faut pour être les instruments de ses desseins ; ainsi l'homme s'agite, mais Dieu le mène. La foi plantée dans l'Amérique parmi tant d'orages ne cesse pas d'y porter des fruits.
Que reste-t-il ? Peuples des extrémités de l'Orient -, votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide que Daniel dépeint comme ne touchant pas la terre de ses pieds, lui qui fut si jaloux de subjuguer le monde entier, s'arrêta bien loin en deçà de vous ; mais la charité va plus loin que l'orgueil. Ni les sables brûlants, ni les déserts, ni les montagnes, ni la distance des heux, ni les tempêtes, ni les écueiLs de tant de mers, ni l'intempérie de l'air, ni le miUeu fatal de la Hgne ^ où l'on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies, ni les côtes barbares ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie. Qui sont ceux-ci qui volent comme les nuées ? Vents, portez-les sur vos ailes. Que le Midi, que l'Orient, que les îles inconnues les attendent, et les regardent en silence venir de loin. Qu'ils sont beaux les pieds'de ces hommes qu'on voit venir du haut des montagnes apporter la paix ■*, annoncer les biens éternels, prêcher le salut, et dire : 0 Sion, ton Dieu régnera sur toi ! Les voici, ces nouveaux conqué-