‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 90 sur 511 · LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

LA SOLITUDE

Oli ! que j'aime la solitude

Que ces lieux sacrés ^ à la nuit,

Eloignés du monde et du bruit,

Plaisent à mon inquiétude !

Mon Dieu ! que mes yeux sont contents

De voir ces bois, qui se trouvèrent

A la nativité du temps

Et que tous les siècles révèrent,

Etre encore aussi beaux et verts

Qu'aux premiers jours de l'univers !

Un gai zéphyre les caresse

D'un mouvement doux et flatteur.

Rien que leur extrême hauteur

Ne fait remarquer leur vieillesse.

Jadis Pan et ses demi-dieux

Y vinrent chercher du refuge

Quand Jupiter ouvrit les cieux

Pous nous envoyer le déluge.

Et, se sauvant sur leurs rameaux,

A peine virent-ils les eaux ^.

Que sur cette épine fleurie.

Dont le printemps est amoureux, Philomèle, au chant langoureux, Entretient bien ma rêverie !

Que je prends de plaisir à voir Ces monts pendant en précipices. Qui, pour les coups du désespoir, Sont aux malheureux si propices, Quand la cruauté de leur sort Les force à rechercher la mort !

1. Sacrés. Consacrés. 2. Tant ces arbres étaient dès lors élevés.

Frontispice du Moyse sauve de Saint-Amand, par C. Vignon.

J LE X\-1I' SIECLE l'AR LES TEXTES

Que je trouve doux le ravage

De ces fiers torrents vagabonds,

Qui se précipitent par bonds

Dans ce vallon vert et sauvage,

Puis, glissant sous les arbrisseaux

Ainsi que des serpents sur l'herbe,

Se changent en plaisants ^ ruisseaux

Où quelque Naïade superbe

Règne comme en son lit natal

Dessus - un trône de . cristal !

Que j'aime ce marais paisible !

Il est tout bordé d'oliviers, D'aulnes, de saules et d'osiers, A qui le fer n'est point nuisible ^.

Les Nymphes, y cherchant le frais.

S'y viennent fournir de quenouilles.

De pipeaux, de joncs et de glais '', Où l'on voit sauter les grenouilles. Qui, de frayeur, s'y vont cacher Sitôt qu'on veut s'en approcher.

Là cent mille oiseaux aquatiques

Vivent, sans craindre, en leur repos,

Le giboyeur fin ^ et dispos.

Avec ses mortelles pratiques ^.

L'un, tout joyeux d'un si beau jour.

S'amuse à becqueter sa plume ;

L'autre alentit le feu d'amour

Qui dans l'eau même se consume,

Et prennent tous ' innocemment

Leur plaisir en cet élément.

Jamais l'été ni la froidure

N'ont vu passer dessus ^ cette eau

1. P/aj.san/s. Agréables. Cf.p. 51, n.l. 6. I^raliques. Artifices, pièges.

2. Dessus. Sur. Cf. p. 18, n. 5. 7. Et prennent tous. Ellipse de ils

3. Qui ne sont jamais émondés. Ccf. p. 58, n. 8) ou inversion du sujet

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