‹ Le 19 janvier compte-rendu aux electeurs de la 3. circonscription de la SeineChapitre 2 sur 14 · DU DÉPARTEMENT DE LA. SEINE · texte numérisé non relu

DU DÉPARTEMENT DE LA. SEINE

Lorsqu'en 1867 je commençais le compte rendu que je vous dois de ma conduite politique, en réunissant en un volume tous mes discours, sous le titre de Démocratie et Liberté je vous disftis, dans ma dédicace : «.Quand il en sera temps, je vous expliquerai quel a été mon rôle lors des réformes de janvier dernier. Croyez cil attendant, sur ma simple parole, qu'il a été digne- de vous et de moi, et que je n'ai rien fait,

(i) Chez Lacroix.

contraire, si je suis resté debout; ma person* nalité n*a pds tena^assez de place dans les évéfie* ments pour qu'on s'arrête à la discuter et à la déâair. Aussi n'est-ce pas pour le public qui ne Ée- soude pas de Moi qtie j^^ris; ce nVst pas davantage pour mes ennemis, afin de les ramener : 'S'ils Teussent voulu , il ne dépendait que d'eux' de ne pas se tromper sur mon compte ; il leur a fallu, pour déâgurerma conduite, beaucoup plus de peine quil n^en eût été nécessaîrè pour la comprendre. J'écris d'abord pour vous, mes électeurs, qui, m^ayant honoré de votre con*^ fiance, aVez le droit de me demander comment j'y ai répondu ; j écris pour mon fils ; j'écris pour les' amis qui se sont montrés d'autant plus îidcles que mon affection ne pouvait plus leur tourner à profit; j'écris pour les amis inconnus qui me somiennent de leurs lettres, de leurs sympathies, de leurs avertissements, de leurs conseils; de leurs critiques, de leurs espérances.

Je parlerai de moi sans détour et sans embar^ ras, avec simplicité et franchise, comme s'il s'agissait d'un autre, sans cette humilité qui est la forme raiilnée de rorgueil, et sans cette enliure qui en est la forme puérile. Je m'efforcerai d'éviter toute dureté et toute injustice; et si quelquefois la force de ma conviction commua nique à ihon accent de la véhémence, elle ne lui donnera pas de la colère : Vehementer non iracitndè. Je n'oublierai ce précepte de Cicéron

Digiliz

qu'à mon insu^ et pen. demande pardon dV

vance à ceux que je blesserai.

Je viens de relire la collection «de tout ce qui a été imprimé contre moi; j'ai sous les yeux ces articles dans lesquels je suis traité « d'ambitieux vulgaire en quête d'un portefeuille sous les voûtes des Tuileries, d'intrigant, de renégat, de déserteur, de transfuge, de girouette tournant à tout vent, de fougueux impérialiste, de d^a^ gogue sans cervelle, de démocrate ayant retourné son habit^ d'avocat sans talent, inconsistant de caractère et décousu de conduite, de déclamateur sans portée , d'orgueilleux grotesque, d^homme politique sans expérience , sans tact et sans flair, de niais, de sot se prenant au sérieux, de noyé pris dans les Ulets de Saint-Cloud, de omdamné, de mort. » Je n'ai riçn omis de ces invectives venues de côtés bien divers et qui, à un certain moment, ont créé un ' terrain commun aux écrivains les plus contraires entre eux sur tout le reste. Eh bien, je le déclare, je ne sens pas en moi d^amertume contre ceux dont je viens de reproduire les expressions. Je demeure même persuadé qu elles n'ont été inspirées à aucun ni par Tenvie, ni par Tintérêt, ni par la vanité en souffrance, ni par la servilité. Je les plains seulement d'avoir méconnu un honnête homme : tôt ou tard cela leur sera un remords. Pourquoi d'ailjeurs serais-je irrité î Quoi qu'il m'arrive désormais, n^ai^je pas obtenu plus

que je ne. méritais?. A l'âge où Von est epcore sur les bancs des écoles, n'ai -je pas eu le bonheur de rendre queique^s services à ma ville natale? N^ai-je p^s été le premier en date de ce groupe historique des Cinq, dont le prestige ne cesse de s'accroître à mesure que gouvernement et opposition sont obligés de lui emprunter ses principes? N'ai -je pas Thonneur de défendre, depuis douze ans^ au nom de la capitale intellectuelle du monde, la plus auguste des souveraines, la Liberté? Dans la vie publique j'ai trouvé des épreuves, mais aucune déception. Je n'en redoute pas davantage pour Tavenir. Je suis prêt à tout, et s'il le fallait, je rentrerais dans Pobscurité, avec autant de tranquillité, que j'en suis sorti; car, moi aussi, je saurais trouver * quelque profit < à être spectateur plutôt qu^acteur en toutes les comjêdies qui se jouent dans le monde ».

Parfois le vent se précipite au milieu des pins

qui bordent les côtes de la mer du midi, les agite, les secoue, les tord, les penche, les frappe les uns contre les autres : pourquoi? Est-ce pour produire ces gémissements sonores et ces bruits harmonieux qui plaisent aux poètes? Non.

Cest surtout pour qué les graines ailées sonent des gaines qui les tiennent emprisonnées et qu^elles se répandent au loin. A la propagation des idées aussi sont nécessaires les souffles violents. Bien digne de pitié serait donc l'homme po-

litique qui se plaindrait des rigueurs de la discussion. Quel mérite y aurait-il, d'ailleurs, dans raccompUssement du bien, si l'on était certain de n'y recueillir que des applaudissements ?

La Moutte, près Stint-Tropez, 1« 8 octobre t868.

Le jeudi, lo janvier 1H67, à cinq heures du soir, j^ai été introduit aux Tuileries dans le cabinet de TEmpereur.

Avais-je le droit dy aller? Mes antécédents personnels^ mes opinions, mes engagements de parti, la prudence et l'honneur ne mMnterdisaient-ils pas de franchir le seuil de cette porter Qu^ai-je dit et qu'ai-je fait dans ce cabinet? Y suis-je venu mendier un portefeuille que je n'ai pu obtenir, ou bien y suis-je venu défendre des réformes que j'aî obtenues?

Telles sont les deux questions auxquelles ce livre répondra. ^

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