‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 11 sur 305 · Le poète allemand Bûrger 2. Antique, Cf. p. 9, n · texte numérisé non relu

Le poète allemand Bûrger 2. Antique, Cf. p. 9, n

(1747-1794) est surtout connu par 3. Cf. l'article de Voltaire cité

des ballades, Lénore, le Férpce chas- dans Le XVIII' siècle par les textes,

seur, etc. p. 130.

16 LE XIX' SIÈCLE l'Ali LES TEXTES

le bon ton en société ; on le considère comme une preuv^e de la fortune, de la naissance, ou du moins des habitudes qui tiennent à toutes les deux, tandis que le génie peut naître dans la tête d'un artisan qui n'aurait jamais eu de rapport avec la bonne compagnie. Dans tout pays où il y aura de la vanité, le goût sera mis au premier rang, parce qu'il sépare les classes, et qu'il est un signe de ralliement entre tous les individus de la première. Dans tous les pays où s'exercera la puissance du ridicule, le goût sera compté comme l'un des premiers avantages, car il sert surtout à connaître ce qu'il faut éviter. Le tact des convenances est une partie du goût, et c'est une arme excellente pour parer les coups, entre les divers amours-propres ; enfin, il peut arriver qu'une nation entière se place en aristocratie de bon goût, par rapport aux autres, et qu'elle soit ou qu'elle se croie la seule bonne compagnie de l'Europe ; et c'est ce qui peut s'appliquer à la France, où l'esprit de société régnait si éminemment, qu'elle avait quelque excuse pour cette prétention.

Mais le goût, dans son application aux beaux-arts, diffère singulièrement du goût dans son application aux convenances sociales : lorsqu'il s'agit de forcer les hommes à nous accorder une considération éphémère comme notre vie, ce qu'on ne fait pas est au moins aussi nécessaire que ce qu'on fait ; car le grand monde est si facilement hostile, qu'il faut des agréments bien extraordinaires pour qu'ils compensent l'avantage de ne donner prise sur soi à personne ; mais le goût en poésie tient à la nature, et doit être créateur comme elle; les principes de ce goût sont donc autres que ceux qui dépendent des relations de la société.

C'est la confusion de ces deux genres qui est la cause des jugements si opposés en littérature ; les Français jugent les beaux-arts comme des convenances, et les Allemands les convenances comme des beaux-arts. Dans les rapports avec la société, il faut se défendre ; dans les rapports avec la poésie, il faut se livrer. Si vous considérez tout en homme du monde, vous ne sentirez point la nature ; si vous considérez tout en artiste, vous manquerez du tact que la société seule peut donner. S'il ne faut transporter dans les arts que l'imitation de la bonne compagnie, les Français seuls en sont vraiment

capables ; mais plus de latitude dans la composition est nécessaire pour remuer fortement l'imagination et l'âme. Je sais qu'on peut m'object«r avec raison que nos trois grands tragiques S sans manquer aux règles établies, se sont élevés à la plus sublime hauteur. Quelques hommes de génie, ayant à moissonner dans un ciiamp tout nouveau, ont su se rendre illustres malgré les difficultés qu'ils avaient à vaincre ; mais la cessation des progrès de l'art, depuis eux, n'est-elle pas une preuve qu'il y a trop de barrières dans la route qu'ils ont suivie ?

« Le bon goût en littérature est, à quelques égards, comme « l'ordre sous le despotisme : il importe d'examiner à' quel « prix on l'achète -. » En politique, disait M. Necker, il faut toute la liberté qui est conciliable avec Vordre. Je retournerais la maxime en disant : Il faut, en littérature tout le goût qui est conciliable avec le génie : car, si l'important dans l'état social, c'est le repos, l'important dans la littérature, au contraire, c'est l'intérêt, le mouvement, l'émotion, dont le goût à lui tout seul est souvent l'ennemi.

{De V Allemagne.)

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