‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 122 sur 305 · VA DIRE, AMOUR, CE QUI CAUSE MA PEINE' LE ROI · texte numérisé non relu

VA DIRE, AMOUR, CE QUI CAUSE MA PEINE' LE ROI

Récite d'abord ta chanson ; tu nous diras ensuite quel est l'auteur. On porte ainsi un meilleur jugement.

MINUCCIO

Votre Majesté se rit des principes. Que deviendrait la justice littéraire, si on lui mettait un bandeau comme à l'autre ? L'auteur de ma romance est une jeune fille.

LA REINE

En vérité !

MINUCCIO

Une jeune fille charmante, belle et sage, aimable et modeste ; et ma romance est une plainte amoureuse.

LA REINE

Tout aimable qu'elle est, elle n'est donc pas aimée ?

MINUCCIO

Non, Madame, et elle aime jusqu'à en mourir. Le ciel lui a donné tout ce qu'il faut pour plaire, et en même temps pour être heureuse ; son père, homme riche et savant, la chérit

1. Carmosine, fille de maître Ber- le roi ; c'est la scène ^'on va lire. —

nard, le médecin, s'est éprise du roi Celui-ci, dans la suite, se rendra

de Sicile, en le voyant dans un tour- chez maître Bernard, et, par d'affec-

nol ; et, depuis, elle languit et se con- tueuses paroles, guérira le cœur de

sume. Le troubadour MInuccio, à la jeune flile. qui elle a confié son secret, avertit

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de toute son âme, ou plutôt l'idolâtre, et sacrifierait tout ce qu'il possède pour contenter le moindre des désirs de sa fille ; elle n'a qu'à dire un mot pour voir à ses pieds une foule d'adorateurs empressés, jeunes, beaux, brillants, gentilshommes même, bien qu'elle ne soit pas noble. Cependant, jusqu'à dix-huit ans, son cœur n'avait pas encore parlé. De tous ceux qu'attiraient ses charmes, un seul, fils d'un ami ^, n'avait pas été repoussé. Dans l'espoir de faire fortune et de voir agréer ses soins, il s'était exilé volontairement, et, durant de longues années, il avait étudié pour être avocat.

LE ROI

Encore un avocat !

MINUCCIO

Oui, Sire ; et maintenant il est revenu plus heureux encore qu'il n'est fier d'avoir conquis son nouveau titre, comptant d'ailleurs sur la parole du père, et demandant pour toute réponse qu'il lui soit permis d'espérer ; mais, pendant qu'il était absent, l'indifférente et cruelle beauté a rencontré, pour son malheur, celui qui devait venger l'Amour. Un jour, étant à sa fenêtre avec quelques-unes de ses amies, elle vit passer un cavalier qui allait aux fêtes de la reine. Elle le suivit, ce cavalier ; elle le vit au tournoi où il fut le vainqueur... Un regard décida de sa vie.

LE ROI

Voilà un singulier roman.

MINUCCIO

Depuis ce jour, elle est tombée dans une mélancolie profonde, car celui qu'elle aime ne peut lui appartenir. Il est marié à une femme... la plus belle, la meilleure, la plus séduisante qui soit peut-être dans ce royaume, et il trouve une amante dans une épouse fidèle. La pauvre dédaignée ne s'abuse pas, elle sait que sa folle passion doit rester cachée dans son cœur ; elle s'étudie incessamment ^ à ce que personne n'en pénètre le secret ; elle évite toute occasion de revoir

2. Elle l'épousera à la fln sur la mot, dans Tiisage actuel, signifié demande du roi. sans délai.

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