‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 157 sur 305 · La jument de Germain. lage du Velay · texte numérisé non relu

La jument de Germain. lage du Velay

3. Caroline de Saint-Geneix, ai- 4. Arrivée un peu avant l'aube, mée par Urbain de Villemer, chez M"« de Saint-Geneix a dormi quella mère duquel elle est demoiselle ques instants sous l'auvent de la de compagnie , et sachant que première maison venue ; elle ne con- Mme de Villemer ne consentirait naît pas celle de sa nourrice, et point à leur mariage, vient chercher « veut s'y glisser sans faire événeun refuge dans la maison de sa vieille ment et s'entendre avec la famille

pour n'être pas nommée ».

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d'elle. Elle se leva et se mit à marcher, regardant s'ouvrir une à une les jjortes des maisons, et se disant avec raison que, dans un hameau si jxîtit et si entassé dans le rocher, elle ne ])ouvait errer longtemps sans reconnaître la figure qu'elle cherchait.

Mais ici un embarras se présenta. Etait-elle sûre de reconnaître cette nourrice qu'elle n'avait pas revue depuis l'âge de dix ans i Elle avait sa voix et son accent bien plus présents à la mémoire que sa figure. Elle monta et redescendit jusqu'à la dernière maison, au revers du rocher, et là elle vit écrit sur la porte : Peyraque Lanion '. Un fer de cheval cloué sur l'écriteau indiquait la profession de maréchal ferrant.

Justine était levée la première selon la coutume, tandis que les rideaux fermés d'un lit d'indienne abritaient le dernier somme de M. Peyraque. La pièce principale de ce rez-dechaussée annonçait le confort d'un ménage aisé, et l'indice de ce bien-être consistait particulièrement dans la garniture du plafond treillage de lattes sur lesquelles reposaient de monumentales provisions de légumes et diverses denrées agricoles ; mais une propreté rigide, exception rare aux habitudes du pays, en retranchait tout ce qui pouvait choquer l'odorat ou la vue.

Justine allumait son feu et s'apprêtait à faire la soupe, que son mari devait trouver fumante à son réveil, lorsqu'elle vit entrer M"® de Saint-Geneix avec son capuchon relevé et portant son paquet. Elle jeta sur cette étrangère un regard distrait en lui disant :

— Qu'est-ce que vous vendez ?

Caroline, qui entendait ronfler Peyraque derrière sa courtine, mit un doigt sur ses lèvres et rejeta son capuchon sur ses épaules. Justine resta immobile un instant, contint un cri de joie et ouvrit ses bras replets avec transport. Elle avait reconnu son enfant. — Venez ! venez ! dit-elle en la conduisant vers un petit escalier en casse-cou qui donnait au fond de la salle, votre chambre est prête ! il y a un an qu'on vous espère tous les jours ! — Et elle cria à son mari : — Lève-toi,

1. Lanton est le nom de Justine, la nourrice et Peyraque le nom de

son mari.

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Peyraque, tout de suite, et ferme la porte. Il y a du nouveau, oh ! mais du bon !

La petite chambre, blanchie à la chaux et rustiquement meublée, était, comme le rez-de-chaussée, d'une propreté irréprochable. La vue était magnifique ; des arbres fruitiers en fleurs montaient jusqu'au niveau de la fenêtre. — C'est un paradis ! dit Caroline à la bonne femme. Il n'y manque qu'un peu de feu, que tu vas me faire. J'ai froid et faim, mais je suis heureuse de te voir et d'être chez toi. J'ai à te parler avant tout. Je ne veux pas être connue ici pour ce que je suis. Mes raisons sont bonnes ; tu les sauras et tu les approuveras. Commençons par convenir de nos faits : tu as demeuré à Brioude ?

— Oui, j'y étais servante avant mon mariage.

— Brioude est loin d'ici. Y a-t-il quelqu'un de ce pays à Lantriac ^ ?

— Personne, et il n'y vient jamais d'étrangers. Ce n'est qu'une route pour les chars à bœufs.

— J'ai bien vu cela. Alors tu me fais passer pour une personne que tu as connue à Brioude ?

— Très bien ; la fille de mon ancienne maîtresse ?

— Non, je ne suis pas une demoiselle.

— Oh ! ce n'était pas une demoiselle ; c'était une petite marchande.

— C'est cela ; mais il me faut un état.

— Tiens ! c'est facile. Colporteuse de mercerie, comme était celle dont je vous parle.

— Mais il faudra donc vendre quelque chose ?

— Je me charge de ça. D'ailleurs votre tournée sera censée faite, et je vous aurai retenue chez moi par amitié ; car vous allez rester.

— Un mois tout au moins.

— Il faut rester toujours. On vous trouvera de l'occupation, allez ! Ah çà ! vous vous appelez ?

— La Charlette ; tu m'appelais ainsi quand j'étais petite. Cela ne te coûtera pas. Je suis censée veuve, et tu me tutoies.

— Comme autrefois. Bon, c'est convenu ; mais comment seras-tu habillée, ma Charlette ?

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