‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 166 sur 305 · AVANT-PROPOS DE LA COMÉDIE HUMAINE · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DE LA COMÉDIE HUMAINE

... L'idée première de la Comédie humaine fut d'abord chez moi comme un rêve, comme un de ces projets impossibles que l'on caresse et qu'on laisse s'envoler ; une Chimère ' qui sourit, qui montre son visage de femme et qui déploie aussitôt ses ailes en remontant dans un ciel fantastique. Mais la chimère, comme beaucoup de chimères, se change en réalité, elle a ses commandements et ses tyrannies auxquels il faut céder.

Cette idée vint d'une comparaison entre l'Humanité et l'Animalité.

Ce serait une erreur de croire que la grande querelle qui, dans ces temps derniers, s'est émue entre Cuvier et Greoffroi Saint-Hilaire, reposait sur une innovation scientifique. L'unité de com'position occupait déjà sous d'autres termes les plus grands esprits des deux siècles précédents...

Il n'y a qu'un animal. Le créateur ne s'est servi que d'un seul et même patron pour tous les êtres organisés. L'animal est un principe qui prend sa forme extérieure, ou, pour parler plus exactement, les différences de sa forme, dans les milieux où il est appelé à se développer

Les espèces zoologiques résultent de ces différences. La proclamation et le soutien ^ de ce système, en harmonie d'ailleurs avec les idées que nous nous faisons de la puissance divine, sera l'éternel honneur de Geoffroi Saint-Hilaire, le vainqueur de Cuvier sur ce point de la haute science, et dont le triomphe a été salué par le dernier article qu'écrivit le grand Goethe.

Pénétré de ce système bien avant les débats auxquels il a donné heu, je vis, que sous ce rapport, la société ressemblait à la nature. La société ne fait-elle pas de l'homme, suivant les milieux où son action se déploie, autant d'hommes diffé-

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