‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 183 sur 305 · Journal catholique et royaliste · texte numérisé non relu

Journal catholique et royaliste

BALXAC 305

et déplorant la naissance de Pantagruel ^ L'abbé Birotteau passa les premiers jours de son deuil à vérifier les ouvrages de sa bibliothèque, à se servir de ses meubles, à les examiner, en disant d'un ton qui, malheureusement, n'a pu être noté : « Pauvre Chapeloud ! » Enfin sa joie et sa douleur l'occupaient tant, qu'il ne ressentait aucune peine de voir donner à un autre la j)lace de chanoine, dans laquelle feu Chapeloud espérait avoir Birotteau pour successeur, M"° Gamard ayant pris avec plaisir le vicaire en pension, celui-ci participa dès lors à toutes les félicités de la vie matérielle que lui vantait le défunt chanoine. Incalculables avantages ! A entendre feu l'abbé Chapeloud, aucun de tous les prêtres qui habitaient la ville de Tours ne pouvait être, sans en excepter l'archevêque, l'objet de soins aussi délicats, aussi minutieux que ceux prodigués ^ par M'**' Gamard à ses deux pensionnaires. Les premiers mots que disait le chanoine à son ami, en se promenant sur le Mail, avaient presque toujours trait au succulent dîner qu'il venait de faire, et il était bien rare que, pendant les sept promenades de la semaine, il ne lui arrivât pas de dire au moins quatorze fois : « Cette excellente fille a certes pour vocation le service ecclésiastique . »

— Pensez donc, disait l'abbé Chapeloud à Birotteau, que, pendant douze années consécutives, linge blanc, aubes, surplis, rabats, rien ne m'a jamais manqué. Je trouve toujours chaque chose en place, en nombre suffisant, et sentant l'iris. Mes meubles sont frottés, et toujours si bien essuyés que, depuis longtemps, je ne connais plus la poussière. En avezvous vu un seul grain chez moi ? Puis le bois de chauffage est bien choisi, les moindres choses sont excellentes ; bref, il semble que M"^ Gamard ait sans cesse un œil dans ma chambre. Je ne me souviens pas d'avoir sonné deux fois, en dix ans, pour demander quoi que ce fût. Voilà vivre ! N'avoir rien à chercher, pas même ses pantoufles. Trouver toujours bon feu, bonne table. Enfin, mon soufflet m'impatientait, il avait le larynx embarrassé, je ne m'en suis pas plaint deux fois. Bast ', le lendemain mademoiselle m'a donné un très

1. Cf. Rabelais, Gargantua, livre II. 3. Bast ou baste. Interjection

2. Ceux prodigués. Expression qui vient du verbe baster, sutHre. incorrecte. Ici, i7 n'en fallut pas plus.

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joli soufflet, et cette paire de badines ^ avec lesquelles vous me voyez tisonnant.

Birotteau, pour toute réponse, disait : « Sentant l'iris ! » Ce sentant F iris le frappait toujours. Les paroles du chanoine accusaient un bonheur fantastique pour le pauvre vicaire, à qui ses rabats et ses aubes faisaient tourner la tête ; car il n'avait aucun ordre, et oubliait assez fréquemment de commander son dîner. Aussi, soit en quêtant, soit en disant la messe, quand il apercevait M^^^ Gamard à Saint-Gatien ^, ne manquait-il jamais de lui jeter un regard doux et bienveillant, comme sainte Thérèse pouvait en jeter au ciel.

{Le Curé de Tours.)

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