‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 184 sur 305 · I/ÉGLISE VICTORIEUSE DE TOUS SES ENNEMIS · texte numérisé non relu

I/ÉGLISE VICTORIEUSE DE TOUS SES ENNEMIS

Toute attaque sur le catholicisme portant nécessairement sur le christianisme même, ceux que notre siècle a nommés philosophes ne firent que saisir les armes que leur avait préparées le protestantisme, et ils les tournèrent contre l'Eglise en se moquant de leur allié, qui ne valait pas la peine d'une attaque, ou qui peut-être l'attendait. Qu'on se rappelle tous les livres impies écrits pendant le XVIIP siècle. Tous sont dirigés contre Rome, comme s'il n'y avait pas de véritables chrétiens hors de l'enceinte romaine ; ce qui est très vrai si l'on veut s'exprimer rigoureusement. On ne l'aura jamais assez répété, il n'y a rien de si infaillible que l'instinct de l'impiété. Voyez ce qu'elle hait, ce qui la met en colère, et ce qu'elle attaque toujours, partout et avec fureur ; c'est la vérité. Dans la séance infernale de la Convention nationale (qui frappera la postérité bien plus qu'elle n'a frappé nos légers contemporains), où l'on célébra, s'il est permis de s'exprimer ainsi, l'abnégation ^ du culte, Robespierre, après son immortel discours, se fit-il apporter les livres, les habits, les coupes du culte protestant pour les profaner ^ ? Appela-t-il à la barre, chercha- t-il à séduire ou à effrayer quelque ministre de ce culte pour en obtenir un serment d'apostasie ? Se servit-il au moins pour cette horrible scène des scélérats de cet ordre, comme il avait employé ceux de l'ordre catholique ?

1. Abnégation. Au sens de renie- celle ilii 30 brumaire, an II, (cf. ment. Aulard, Culte de la Raison, p. 62),

2. Ce passage semblerait indiquer où des pétitionnaires, paraissant à la que Robespierre se fit apporter les barre avec des ornements saccrdolivres, etc., du culte catholique. Or, taux, parodièrent les cérémonies reliil y eut à la Convention plusieurs gieuscs. Mais Robespierre n'y joua séances que J. de Maistre pouvait aucun rôle, et l'on sait qu'il était qualifier d'infernales, notamment tiostile s\ la « déchristianisation.»

I. Voir noire Précis de VHistoire de la Litléralure française, p. 445-453.

Il n'y pensa seulement pas. Rien ne le gênait, rien ne l'irritait, rien ne lui faisait ombrage de ce côté ; aucun ennemi de Rome ne pouvait être odieux à un autre, quelles que soient leurs différences sous d'autres rapports. C'est par ce principe que s'expliqua l'affinité, différemment inexplicable, des églises protestantes avec les églises photinienne ^ nestorienne ^, etc., plus anciennement séparées. Partout où elleS se rencontrent, elles s'embrassent et se complimentent avec une tendresse qui surprend au premier coup d'œil, puisque leurs dogmes capitaux sont directement contraires ; mais bientôt on a deviné leur secret. Tous les ennemis de Rome sont amis, et, comme il ne peut y avoir de foi proprement dite hors de l'église catholique, passé cet acte de chaleur fiévreuse qui accompagne la naissance de toutes les sectes, on cesse de se brouiller pour des dogmes auxquels on ne tient plus qu'extérieurement, et que chacun voit s'échapper l'un après l'autre du symbole national, à mesure qu'il plaît à ce juge capricieux qu'on appelle raison particulière de les citer à son tribunal pour les déclarer nuls.

Un fanatique anglais, au commencement du dernier siècle, fit écrire sur le fronton d'un temple qui ornait ses jardins ces deux vers de Corneille :

Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain, Pour conserver encor quelque chose d'humain ^.

Et nous avons entendu un fou du dernier siècle s'écrier dans un livre tout à fait digne de lui : 0 Rome ! que je te HAIS* ! Il parlait pour tous les ennemis du christianisme, mais surtout pour tous ceux de son siècle ; car jamais la haine de Rome ne fut plus universelle et plus marquée que dans ce siècle où les grands conjurés eurent l'art de s'élever jusqu'à l'oreille de la souveraineté orthodoxe ^, et d'y faire couler des poisons qu'elle a chèrement payés. La persécution du

1. Secte du IV« siècle, qui pré- pas Jésus comme étant par luitendait que le Saint-Esprit n'était même personne divine, mais comme pas une personne divine et que Jésus « porte-Dieu ».

était le fils de Joseph ; Photin, évê- 3. Horace, acte II, scène m.

que de Pannonie, en fut le chef. 4. Mercier, dans un ouvrage inti-

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