‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 19 sur 305 · Peinture ciiarmante, mais qui · texte numérisé non relu

Peinture ciiarmante, mais qui

tendre sympathie avec le génie des mères. Ici nous proposons d'ouvrir un nouveau sentier à la critique ; nous chercherons dans les sentiments d'une mère païenne, peinte par un auteur moderne, les traits chrétiens que cet auteur a pu répandre dans son tableau, sans s'en apercevoir lui-même. Pour démontrer l'influence d'une institution morale ou religieuse sur le cœur de l'homme, il n'est pas nécessaire que l'exemple rapporté soit pris à la racine même de cette institution ; il suffit qu'il en décèle le génie : c'est ainsi que V Elysée *, dans le Télémaque, est visiblement un paradis chrétien.

Or, les sentiments les plus touchants de l'Andromaque de Racine émanent pour la plupart d'un poète chrétien. L'Andromaque de V Iliade est plus épouse que mère ; celle d'Euripide " a un caractère à la fois rampant et ambitieux, qui détruit le caractère maternel ; celle de Virgile est tendre et triste, mais c'est moins encore la mère que l'épouse : la veuve d'Hector ne dit pas : Astyanax ubi est ? mais : Hector ubi est 3 ?

L'Andromaque de Racine est plus sensible, plus intéressante que l'Andromaque antique. Ce vers si simple et si aimable :

Je ne l'ai point encore embrassé d'aujourd'hui *,

est le mot d'une femme chrétienne : cela n'est point dans le goût des Grecs, et encore moins des Romains. L'Andromaque d'Homère gémit sur les malheurs futurs d' Astyanax, mais elle songe à peine à lui dans le présent ; la mère, sous notre culte, plus tendre, sans être moins prévoyante, oublie quelquefois ses chagrins en donnant un baiser à son fils. Les anciens n'arrêtaient pas longtemps les yeux sur l'enfance ; il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans le langage du berceau ^. Il n'y a que le Dieu de l'Evangile qui ait osé

1. Le tableau que Fénelon nous dans l'Andromaque de Racine, Asfait des Champs Klysées. tyanax ne parait pas. Et. si Joas

2. Dans la pièce intitulée Andro- paraît dans Athalie, c'est Dieu luimuque. même qui parle par sa bouche. Au

3. Cf. Enéide, III, 312. Où est contraire, Euripide, pour nous en Hector ? tenir ù lui, nous montre dans son

Page 1