LA PARABOLE DES SEPT TYRANS
C'était dans une nuit sombre ; un ciel sans astre pesait sur la terre, comme un couvercle de marbre noir sur un tombeau.
Et rien ne troublait le silence de cette nuit, si ce n'est un bruit étrange, comme d'un léger battement d'ailes, que, de fois à autre, on entendait au-dessus des campagnes et des cités.
Et alors les ténèbres s'épaississaient, et chacun sentait son âme se serrer, et le frisson courir dans ses veines.
Et, dans une salle tendue de noir et éclairée d'une lampe rougeâtre, sept hommes vêtus de pourpre, et la tête ceinte d'une couronne, étaient assis sur sept sièges de fer.
Et, au milieu de la salle, s'élevait un trône composé d'ossements, et, au pied du trône, en guise d'escabeau, était un crucifix renversé; et, devant le trône, une table d'ébène, et, sur la table, un vase plein de sang rouge et écumeux, et un crâne humain.
Et les sept hommes couronnés paraissaient pensifs et tristes, et, du fond de son orbite creux, leur œil de temps en temps laissait échapper des étincelles d'un feu livide.
Et l'un d'eux, s'étant levé, s'approcha du trône en chancelant, et mit le pied sur le crucifix.
En ce moment ses membres tremblèrent, et il sembla près de défaillir. Les autres regardaient immobiles ; ils ne firent point le moindre mouvement, mais je ne sais quoi passa sur leur front, et un sourire qui n'est pas de l'homme contracta leurs lèvres.
Et celui qui avait semblé près de défaillir étendit la main, saisit le vase plein de sang, en versa dans le crâne, et le but.
Et cette boisson parut le fortifier.
Et, dressant la tête, ce cri ^ sortit de sa poitrine comme un sourd râlement :
1. Dressant la tête, ce cri. Cons- quentc, lorsqu'il ne peut y avoir truction irrégulière, mais très fré- d'équivoque.