‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 208 sur 305 · LE PAMPHLET · texte numérisé non relu

LE PAMPHLET

Ce fut un mouvement oratoire des plus beaux, quand, se tournant vers moi, qui, foi de paysan ^, ne songeais à rien moins, M. de Broë * m'apostropha de la sorte : Vil pamfhlétaire, etc. ; coup de foudre, non, de massue, vu le style de l'orateur, dont il m'assomma " sans remède. Ce mot, soulevant contre moi les juges, les témoins, les jurés, l'assemblée (mon avocat lui-même en parut ébranlé), ce mot décida tout. Je fus condamné dès l'heure dans l'esprit de Messieurs *, dès que l'homme du roi ' m'eut appelé pamphlétaire, à quoi je ne sus que répondre. Car il me semblait bien en mon âme avoir fait ce qu'on nomme un pamphlet ; je ne l'eusse osé nier. J'étais donc pamphlétaire à mon propre jugement ; et, voyant l'horreur qu'un tel nom inspirait à tout l'auditoire, je demeurai confus.

Sorti de là, je me trouvai sur le grand degré* avec M. Arthus Bertrand, libraire, un de mes jurés, qui s'en allait dîner, m'ayant déclaré coupable. Je le saluai ; il m'accueillit, car c'est le meilleur homme du monde ; et, chemin

Page 1