‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 210 sur 305 · Formule consacrée du jury 4. Cf.Jp. 311, n · texte numérisé non relu

Formule consacrée du jury 4. Cf.Jp. 311, n

phlet, VOUS ne le lisez pas ? — Non, parce que le pamphlet ne saurait être bon. Qui dit pamphlet, dit un écrit tout plein de poison. — De poison ? — Oui, monsieur, et du plus détestable : sans quoi, on ne le lirait pas. — S'il n'y avait du poison ? — Non, le monde est ainsi fait ; on aime le poison dans tout ce qui s'imprime. Votre pamphlet que nous venons de condamner, par exemple, je ne le connais point ; je ne sais en vérité, ni ne veux savoir ce que c'est : mais on le lit ; il y a du poison. M. le procureur du roi nous l'a dit, et je n'en doutais pas. C'est le poison, voyez-vous, que poursuit la justice dans ces sortes d'écrits. Car autrement la presse est libre ^ ; imprimez, publiez tout ce que vous voudrez, mais non pas du poison. Vous avez beau dire, messieurs, on ne vous laissera pas distribuer le poison. Cela ne se peut en bonne police -,et le gouvernement est là, qui vous en empêchera bien. »

Dieu, dis-je en moi-même tout bas, Dieu, délivre-nous du malin ^ et du langage figuré ! Les médecins m'ont pensé * tuer, voulant me rafraîchir le sang ; celui-ci m'emprisonne, de peur que je n'écrive du poison ; d'autres laissent reposer leur champ, et nous manquons de blé au marché. Mon Dieu, sauvez- nous de la métaphore !

Après cette courte oraison mentale, je repris : « En effet, monsieur, le poison ne vaut rien du tout, et l'on fait à merveille d'en arrêter le débit. Mais je m'étonne comment * le monde, à ce que vous dites, l'aime tant. C'est sans doute (ju'avec ce ix)ison il y a dans les pamphlets quelque chose... — Oui, des sottises, des calembours, de méchantes plaisanteries. Que voulez- vous, mon cher monsieur, que voulez- vous mettre de bon sens en une misérable feuille ? Quelles idées s'y peuvent développer ? Dans les ouvrages raisonnes, au sixième volume à peine entrevoit-on où l'auteur en veut venir. — Une feuille, dis-jc, il est vrai, ne saurait contenir grand'chose. — Rien qui vaille, me dit-il ; et je n'en lis aucune. — Vous ne lisez donc pas les mandements de M. l'évêque de Troyes '

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