CHAPITRE M (0 VILLEMAfN
LA CRITIQUE FRANÇAISE DU XVIII' SIECLE ET LA LITTÉRATURE ANGLAISE : VOLTAIRE ET SHAKESPEARE
... Je viens donc, sans plus différer, au jugement que la critique française du XVIIP siècle portait des ^ littératures étrangères. Je cherche quelles idées la France recevait du reste de l'Europe, comment elle concevait, imitait ou corrigeait le génie des autres nations. Là, comme ailleurs, il faut s'attendre ou se résigner à voir d'abord Voltaire : sa figure prédomine sur toute l'époque ; il en a été le premier poète, le premier critique, le premier historien, le premier pamphlétaire ; c'était sa fatalité, c'était le droit de son infatigable talent. Ce fut Voltaire qui remua les esprits en tous sens et sur toutes les questions ; ce fut lui qui les avertit de regarder autour d'eux et de s'enquérir au dehors. Cette revue des autres nations, l'a-t-il faite avec une impartialité bien difficile pour un sujet ^ si vif ? l'a-t-il faite avec une patience que ses propres, inspirations ne lui laissaient pas le temps d'avoir et qui serait une condition trop dure pour ces esprits mêlés d'air et de feu, suivant l'expression d'Arioste ?
Il nous a laissé le soin de cette lente et curieuse investigation, de ces exactes recherches ; c'est une besogne inférieure qu'il nous a renvoyée. Pour lui, il a le premier jeté beaucoup de vues neuves et de vives clartés sur le génie des littératures étrangères ; mais on ne peut pas dire qu'il les ait véritablement appréciées. Son œuvre dans ce genre, le modèle qu'il a donné, c'est la perfection du style critique : sans beaucoup approfondir les questions, il a écrit sur la littérature