De figures sans nombre égayez votre ouvrage
(Ibid.)
homme, au lieu de le ramener, si je prétendais découvrir en lui sa raison. Tout ce qu'il peut supporter de moi, c'est que je l'aide à voir ce qui n'y est pas conforme. A cela se borne Boileau. Par tout ce qu'il défend au nom de la raison, on reconnaît qu'il s'agit toujours de ce sens de l'humain par lequel non seulement rien de ce qui est de l'homme ne nous est étranger, mais tout ce qui n'est pas de l'homme nous choque.
Quelque chose donc que vous écriviez, il faut que ma raison en soit d'accord. Si, dans la peinture des passions, vous allez au-delà, non de celles que j'ai pu connaître, car je ne réduis pas le vrai à mon expérience personnelle, mais de celles que je puis concevoir, ma raison ne vous suivra pas. Elle résistera à vos fictions, si vous y excédez la vraisemblance ; elle sera offensée de votre langage, si vous sortez, non du mien, qui est sans doute trop humble pour exprimer les conceptions de l'art, mais de celui que je tiens pour bon et pour mien, parce qu'il exprime en perfection des choses conformes à ma raison.
L'objet de la raison, comme l'entend Boileau, n'est point une sorte de vrai ; c'est tout ce qui est vrai. C'est à la fois le vrai du devoir et le vrai du fait ; le vrai de Pascal, comme celui de Montaigne.
Seulement Boileau veut, et qui l'en blâmerait ? que ce que nous connaissons serve à nous conduire, et que de la peinture de ce qui se fait il sorte toujours quelque enseignement sur ce qui doit se faire. Il invite le poète à chercher la passion au fond du cœur ; il fait plus, il veut que, pour la bien exprimer, on l'éprouve ; mais c'est sous la réserve qu'en s'y intéressant, le lecteur ou l'auditeur la condamne.
Didon a beau gémir et m'étaler ses charmes.
Je condamne sa faute en partageant ses larmes ^
S'il conseille la peinture de l'amour, c'est à la condition que cette passion, souvent combattue de remords.
Paraisse une faiblesse et non une vertu -.
Mais cette condition, loin de borner le vrai, n'en fait-elle