‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 246 sur 305 · Ar/ poé/igj/e, chant IV, 2. /bid., chant III · texte numérisé non relu

Ar/ poé/igj/e, chant IV, 2. /bid., chant III

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pas elle-même partie ? Quand nous sommes témoins des effets d'une passion violente, le jugement que nous en portons n'est-il pas mêlé de blâme et de pitié ? Que dis-je ? quand nous sonmies nous-mêmes sous le joug de la passion, ne nous jugeons-nous pas tour à tour avec complaisance et sévérité, et ne sommes- nous pas tout aussi près de nous la reprocher comme une faiblesse que de nous en faire honneur comme d'une vertu ?

Ces principes de la raison et du vrai, Boileau les applique aux genres dont les règles particulières ne sont que les conditions imposées à chaque genre pour être conforme à la raison. Boileau n'a raffiné sur aucun ; il les caractérise sommairement, tantôt par leurs limites, tantôt par la disposition d'esprit à laquelle ils répondent, faisant voir par là qu'ils sont moins des cadres arbitraires, consacrés par leur antiquité, que les convenances mêmes de notre esprit. Quand le poète mêle les genres et confond leurs limites, il fait pis que violer une règle de la poétique, il contrarie notre nature, qui n'a jamais au même moment deux dispositions contradictoires, et qui ne supporte pas l'écrivain qui veut lui faire cette violence. La raison, pour chaque genre, consiste à se conformer à la disposition d'esprit particulière qui y répond ; le vrai, c'est tout ce qui est conforme à cette disposition. On l'a si bien senti, qu'il est d'usage de dire : la vérité des genres. Or, qu'entend-on par là, sinon la conformité de ces genres, ou de la manière dont ils sont traités, avec la disposition que nous y apportons ? Quand je vois ou lis un poème dramatique, ce que j'y veux trouver, c'est la ressemblance avec la vie ^ ; tout ce qui n'y est pas marqué de cette ressemblance, je le juge hors de la vérité du genre. Qu'on me donne à lire une ode, je m'attends à quelque chant sublime ou gracieux ; si l'inhabileté du poète me jette dans quelque récit, ou me détourne vers des idées satiriques ^, il mécontent© ma disposition lyrique, sans contenter la disposition que je prête soit à l'épopée, soit à la satire. Le poète n'est pas si maître

1. Par là justement s'autorise le Victor Hugo, ont fait des satires mélange du comique et du tragique. I>Tiqucs assez belles pour infirmer

2. Mais pourquoi exclure le ly- l'étroite poétique dont Nisard se rismc de la satire? D'Aubigné, fait ici le défenseur.

André Chcnier, Auguste Barbier,

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de nos âmes que le lui disent ses flatteurs : l'empire appar-" tient à celui qui connaît toutes les avenues de notre esprit, non à celui qui les évite ou qui les confond ^

Boileau n'entre pas dans cette métaphysique des genres : ce n'était ni dans son plan, ni propice aux développements poétiques, ni nécessaire à une époque où l'on avait foi aux grands exemples de l'esprit humain dans les lettres, comme à la tradition en matière de foi. Mais quiconque n'interprète pas de cette façon ses préceptes sur les genres, les vives descriptions qu'il en fait et les limites qu'il leur a tracées, n'a pas compris Boileau...

Il n'est pas une des prescriptions de Boileau où l'on ne trouve la raison pour principe de l'inspiration, et le vrai pour objet. Que dis-je ? il n'en est pas une qui n'assure la liberté du poète par la manière même dont elle la règle. Une doctrine littéraire qui m'impose la raison et le vrai, a plus de souci de ma liberté que celle qui autorise mes caprices. C'est ainsi que la loi morale, qui m'impose l'honnête, me veut voir plus véritablement libre qu'une certaine philosophie qui s'en fie à ma sagesse du soin de me conduire et qui se rend ainsi complice de mes erreurs et de mes défaillances. Car que veulent toutes ces prescriptions, sinon nous exciter à nous connaître ? Où est la liberté véritable, sinon dans la connaissance de soi-même ? Il est vrai que nous ne le croyons pas d'abord ; nous goûtons plus les doctrines qui flattent cette autre liberté fausse, qui vient de l'humeur et des sens, et qui nous trompe sur ce que nous sommes...

En même temps qu'il opposait à la poésie contemporaine la raison et le vrai, réintégrés pour ainsi dire dans la langue poétique, d'où la mode les avait bannis, il opposait aux mœurs des poètes un idéal formé de toutes les qualités de l'homme de bien. Le poète, selon Boileau, doit se défendre contre les éloges, et ne jamais dédaigner les critiques, fût-ce

1. Cette rigoureuse démarcation complexe et la concevoir comme

des genres peut être rationnelle ; divisée en je ne sais quelles cases

mais il ne faut pourtant pas mécon- dont chacune rendrait, pour ainsi

naître ce que l'âme humaine a de dire, des chants spéciaux.

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même celles d'un sot, qui peut quelquefois donner un bon avis ; chercher un véritable ami qui l'éclairé sur ses fautes ; faire reluire dans ses vers la pureté de sa vie ; fuir la jalousie et les intrigues ; travailler pour la gloire et non pour le gain ^ Beau type de poète, surtout si l'on songe que Boileau en avait pris les traits dans sa propre vie, et qu'il se donnait lui-même en exemple à des poètes pour lesquels chacun de ces traits était un reproche. C'était trop peu de dire :

Aimez donc la raison ^ ;

ce précepte voulait un corollaire. Boileau le trouva dans sa conscience :

Aimez donc la vertu : nourrissez-en votre âme '.

Voilà l'idéal au complet : car, si la vertu n'est que la raison dans la conduite do la vie, quel poète pourra donner une image plus sensible de la raison, que celui qui, sous le nom de vertu, la prendra pour guide de sa propre vie ?

{Histoire de la Littérature francise: Firmin-Didot, éditeurs.)

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