‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 257 sur 305 · HISTOIRE VÉRITABLE DE JACQUES BONHOMME · texte numérisé non relu

HISTOIRE VÉRITABLE DE JACQUES BONHOMME

Jacques était encore bien jeune, lorsque des étrangers ^, v^enus du midi, envahirent la terre de ses ancêtres : c'était un beau domaine baigné par deux grands lacs, et capable de produire abondamment du blé, du vin et de l'huile. Jacques avait l'esprit vif, mais peu constant ; en grandissant sur sa terre usurpée, il oublia ses aïeux, et les usurpateurs lui plurent. Il apprit leur langue, il s'enchaîna à leur fortune. Cette fortune d'envahissement et de conquêtes fut pendant quelque temps heureuse ; mais un jour la chance devint contraire, et le flot de la guerre amena l'invasion sur les terres des envahi.sseurs. Le domaine de Jacques, sur lequel flottaient leurs enseignes, fut un des premiers menacé. Des troupes d'hommes émigrés du nord ^ l'assiégèrent de toutes parts. Jacques fut triste, mais, sentant qu'il n'y avait plus de remède, il tâcha de prendre cœur de sa fortune *. Il regarda patiemment les voleurs ; et, quand leur chef vint à passer, il le salua du cri de vivat rex '= ! A quoi le chef ne comprit rien ". Les étrangers se distribuaient le butin, s'établissaient dans leurs parts de terre, faisaient la revue de leurs forces, s'exerçaient aux armes, s'assemblaient au conseil, se décrétaient des lois de police et de guerre, sans plus songer à Jacques que si Jacques n'eût pas existé. Pour lui, il se tenait à l'écart, attendant qu'on lui notifiât officiellement sa destinée, et s'exerçant avec beaucoup de peine à prononcer les noms barbares des

1. Personnification de l'iiomme même faire contre mauvaise fortune du peuple. bon cœur.

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