Impôt (lu sel. 4. Impôt égal à la vingtième
3. Droits payés par le serf lorsque partie du revenu, le seigneur mariait ses enfants ou
fixe et plus paisible lui plut : il s'attacha au nouveau joug qui le lui procurait ; il se persuada même que ce joug lui était naturel et nécessaire, qu'il avait besoin de fatigue pour ne pas crever de santé, et que sa bourse ressemblait aux arbres, qui grandissaient quand on les émonde. On se garda bien d'éclater de rire à ces saillies de son imagination ; on les encouragea au contraire ; et c'est quand il s'y livrait pleinement qu'on lui donnait les noms d'homme loyal ^ et d'homme très avisé.
« De ce que c'est pour mon bien que je paie, dit un jour Jacques en lui-même, il suit de là que ceux à qui je paie ont pour premier devoir de faire mon bien, et qu'ils ne sont, à proprement parler, que les intendants de mes affaires. De ce qu'ils sont les intendants de mes affaires, il s'ensuit que j'ai droit de régler leurs comptes et de leur donner mes avis. » Cette suite d'inductions lui parut lumineuse ; il ne douta pas qu'elle ne fît le plus grand honneur à sa sagacité ; il en fit le sujet d'un gros livre qu'il imprima en beaux caractères -. Le livre fut saisi, lacéré et brûlé ; au lieu des louanges que l'auteur espérait, on lui proposa les galères. On s'empara de ses presses : on institua un lazaret où ses pensées devaient séjourner en quarantaine avant de passer à l'impression. Jacques n'imprima plus, mais n'en pensa pas moins.
La lutte de sa pensée contre la force fut longtemps sourde et silencieuse ; longtemps son esprit médita cette grande idée, qu'en droit naturel il était libre et maître chez lui, avant qu'il fît aucune tentative pour la réaliser. L^n jour enfin, qu'un grand embarras d'argent contraignit le pouvoir que Jacques nourrissait de ses deniers à l'appeler en conseil ' pour 'obtenir de lui un subside qu'il n'osait exiger, Jacques se leva, prit un ton fier, et déclara nettement son droit absolu et imprescriptible de propriété et de liberté.
Le pouvoir capitula, puis il se rétracta ; il y eut guerre, et Jacques fut vainqueur, parce que plusieurs amis de ses cidevant maîtres désertèrent pour embrasser sa cause. Il fut cruel dans sa victoire, parce qu'une longue misère l'avait
1. Loyal. Fidèle à ses engage- littérature démocratique, notamments. ment celle du XVIII° siècle.
2. Ce livre symbolise toute la 3. Les Etats généraux de 1789.
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aigri. Il ne sut pas se conduire étant libre, parce qu'il avait encore les mœurs de la servitude. Ceux qu'il prit pour intendants l'asservirent de nouveau en proclamant sa souveraineté absolue. « Hélas ! disait Jacques, j'ai subi deux conquêtes ; on m'a appelé serf, tributaire, roturier, sujet ; jamais on ne m'a fait l'affront de me dire que c'était en vertu de mes droits que j'étais esclave et dépouillé. »
Un de ses officiers, grand homme de guerre S l'entendit se plaindre et murmurer. « Je vois ce qu'il vous faut, lui dit-il, et je prends sur moi de vous le donner. Je mélangerai les traditions des deux conquêtes que vous regrettez à si juste titre ; je vous rendrai les guerriers franks dans la personne de mes soldats : ils seront, comme eux, barons et nobles. Quant à moi, je vous reproduirai le grand César, votre premier maître : je m'appellerai imperator ; vous aurez place dans mes légions ; je vous y promets de l'avancement. » Jacques ouvrait la bouche pour répondre, quand tout à coup les trompettes sonnèrent, les tambours battirent, les aigles furent déployées. Jacques s'était battu autrefois sous les aigles : sa première jeunesse s'était passée à les suivre machinalement : dès qu'il les revit, il ne pensa plus, il marcha...