‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 281 sur 305 · Souverain de Syrie. - de Jérusalem · texte numérisé non relu

Souverain de Syrie. - de Jérusalem

C'est là le premier, le principal effet des croisades, un grand pas vers l'affranchissement de l'esprit, un grand progrès vers des idées plus étendues, plus libres. Commencées au nom et sous l'influence des croyances religieuses, les croisades ont enlevé aux idées religieuses, je ne dirai pas leur part légitime d'influence, mais la possession exclusive et despotique de l'esprit humain. Ce résultat, bien imprévu sans doute, est né de plusieurs causes. La première, c'est évidemment la nouveauté, l'étendue, la variété du spectacle qui s'est offert aux yeux des croisés. Il leur est arrivé ce qui arrive aux voyageurs. C'est un lieu commun que de dire que l'esprit des voyageurs s'affranchit, que l'habitude d'observer des peuples divers, des mœurs, des opinions différentes, étend les idées, dégage le jugement des anciens préjugés. Le même fait s'est accompli chez ces peuples voyageurs qu'on a appelés les croisés ; leur esprit s'est ouvert et élevé par cela seul qu'ils ont vu une multitude de choses différentes, qu'ils ont connu d'autres mœurs que les leurs. Ils se sont trouvés d'ailleurs en relation avec deux civilisations, non seulement différentes, mais plus avancées : la société grecque d'une part, la société musulmane de l'autre. Nul doute que la société grecque, quoique sa civilisation fût énervée, pervertie, mourante, ne fît sur les croisés l'effet d'une société plus avancée, plus polie, plus éclairée que la leur. La société musulmane leur fut un spectacle de même nature. Il est curieux de voir dans les chroniques l'impression que produisirent les croisés sur les Musulmans ; ceux-ci les regardèrent au premier abord comme des barbares, comme les hommes les plus grossiers, les plus féroces, les plus stupides qu'ils eussent jamais vus. Les croisés de leur côté, furent frappés de ce qu'il y avait de richesse, d'élégance de mœurs chez les Musulmans. A cette première impression succédèrent bientôt entre les deux peuples de fréquentes relations. Elles s'étendirent et devinrent beaucoup plus importantes qu'on ne le croit communément. Non seulement les chrétiens d'Orient avaient avec les Musulmans des rapports habituels, mais l'Occident et l'Orient se connurent, se visitèrent, se mêlèrent.

(Histoire de la Civilisation en France; Perrin et C'^, éditsurs.)

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CONDAMNATIOX DE STRAFFORD «

Ce n'est pas tout qu'une condamnation soit juste -, il faut être juste envers le condamné. Il monte sur l'échafaud. il y meurt, justement, je le veux. Est-ce fini ? Non : l'histoire est là qui a aussi à le juger, et la justice de l'échafaud n'est pas celle de l'histoire. Incurable paresse de l'esprit humain, qui veut toujours se croire au terme et s'y reposer ! Il écrit des lois pour prévoir et punir les crimes, et, quand il les a écrites, il s'y confie, il promet de s'y assujettir. Un coupable .survient dont les crimes ont échappé à la prévoyance et ne tombent point sous l'atteinte des lois. La conscience humaine s'étonne, hésite ; puis enfin elle fait un effort ; elle va reconnaître et saisir le crime hors de la sphère légale ^. Là elle s'arrête, elle triomphe, elle est fière de son audace ; et parce qu'elle a su s'élever au-dessus de ce qu'elle avait écrit, parce qu'elle a considéré et jugé une action en elle-même, indéjiendamment des définitions de la .science *, elle .se tient pour satisfaite et en pos.session de la vérité ; elle se hâte d'appliquer à l'homme tout entier le jugement qu'elle a porté sur l'action ; et, déjà lasse d'un travail inattendu, elle ne veut voir en lui que l'auteur du crime qu'elle a eu tant de peine à saisir.

Vaine prétention ! Rien n'est dit, rien n'est jugé ; il faut recommencer ; il faut aller au delà du crime comme il a fallu aller au delà de la loi ; il faut étudier l'homme lui-même, tout l'homme ; il est bien plus vaste, bien plus complexe que son action ; en lui se rencontrent je ne sais combien de dispositions, de facultés, d'idées, de sentiments dont elle ne donne pas la clef, qui n'en font pas moins partie de sa nature morale, et qu'il faut bien connaître, dont il faut bien tenir compte si on veut le juger d'après ce qu'il est réellement, et prononcer sur son caractère, sur sa i>ersonne, sur lui-même enfin avec équité. Il est vrai, Straflford, qui n'était pas coupable de trahison selon la loi, en était coupable selon la morale ; et pourtant Strafïord était bien autre chose qu'un

1. Ministre du roi d'Angleterre signalé pendant son ministère le <'.harles 1»'. Le Parlement le mit en règne de Charles I". accusation, et Charles I""' le laissa 3. C'est en vertu d'une , loi exécuter. d'exception que StrafTord avait été

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