‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 31 sur 305 · Il faut Favouer, au milieu des de Chateaubriand I · texte numérisé non relu

Il faut Favouer, au milieu des de Chateaubriand I

plus furieuses tempêtes, je n'ai point 3. Çymodocée, dans la prison où

remarqué ce chaos, ces montagnes elle a été enfermée comme chré-

d'eau. ces abimes, ce fracas qu'on tienne, vient de recevoir le vête-

voit dans les orages des poètes... ment des mart>Ts. qu'elle prend

J'ai bien remarqué au contraire ce pour sa rob? nuptiale, silence et cette espèce de régularité

42 LE XIXe SIÈCLE PAR LES TEXTES

moins belle, moins vertueuse) se montra aux yeux du dernier Caton, quand elle le réclama pour époux au milieu des malheurs de Rome, et qu'elle parut à l'autel de l'Hymen avec l'habit d'une veuve éplorée ^ Cymodocée ne sait pas qu'elle porte la robe de la mort ! Elle se regarde dans ce triste appareil, qui la rend cent fois plus touchante ; elle se rappelle le jour où elle se couvrit des ornements des Muses pour aller avec son père remercier la famille de Lasthénès '^.

« Ma robe nuptiale, disait-elle, n'est pas aussi éclatante ; mais elle plaira peut-être davantage à mon époux, parce que c'est une robe chrétienne. »

Le souvenir de son premier bonheur et du doux pays de la Grèce inspira la fille d'Homère ^. Elle s'assit devant la fenêtre de la prison ; et, reposant sur sa main sa tête embelhe du voile des martyres, elle soupira ces paroles harmonieuses :

« Légers vaisseaux de l'Ausonie *, fendez la mer calme et brillante ! Esclave de Neptune, abandonnez la voile au souffle amoureux des vents ! Courbez- vous sur la rame agile. Reportez-moi, sous la garde de mon époux et de mon père, aux rives fortunées du Pamisus ^.

» Volez, oiseaux de Libye, dont le cou flexible se courbe avec grâce, volez au sommet de l'Ithome '^, et dites que la fille d'Homère va revoir les lauriers de la Messénie !

)) Quand retrouverai- je mon lit d'ivoire, la lumière du jour si chère aux mortels, les prairies émaillées de fleurs qu'une eau pure arrose, que la pudeur embellit de son souffle !

» J'étais semblable à la tendre génisse sortie du fond d'une grotte, errante sur les montagnes, et nourrie au son des instruments champêtres. Aujourd'hui dans une prison solitaire, sur la couche indigente de Cérès ' !...

» Mais d'où vient qu'en voulant chanter comme la fauvette, je soupire comme la flûte consacrée aux morts ? Je suis pourtant revêtue de la robe nuptiale ; mon cœur sentira les joies et les inquiétudes maternelles ; je verrai mon fils s'attacher à ma robe, comme l'oiseau timide qui se réfugie

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