‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 6 sur 305 · Auteur des Saisons, 1716- ?. Cf. p. 2, n · texte numérisé non relu

Auteur des Saisons, 1716- ?. Cf. p. 2, n

1803. 3. Cf. ibid., n. 4.

leures pièces, le Jour des Morts dans une campagne. Pourquoi donc désavouerions-nous le mérite des ouvrages que nos bons auteurs ont souvent imités ?

Sans doute, je n'ai cessé de le répéter dans ce livre, aucune beauté littéraire n'est durable, si elle n'est soumise au goût le plus parfait. J'ai employé la première un mot nouveau, la vulgarité ^ trouvant qu'il n'existait pas encore assez de ternies ])0ur proscrire à jamais toutes les formes qui supposent peu d'élégance dans les images et peu de délicatesse dans l'expression.

Mais le talent consiste à savoir respecter les vrais préceptes du goût en introduisant dans notre littérature tout ce qu'il y a de beau, de sublime, de touchant dans la nature sombre que les écrivains du Nord ont su peindre ; et, si c'est ignorer l'art que de vouloir faire adopter en France toutes les incohérences des tragiques anglais et allemands, il faut être insensible au génie de l'éloquence, il faut être à jamais privé du talent d'émouvoir fortement les âmes, pour ne pas admirer ce qu'il y a de passionné dans les affections, ce qu'il y a de profond dans les pensées que ces habitants du Nord savent éprouver et transmettre.

Il est impossible d'être un bon littérateur sans avoir étudié les auteurs anciens, sans connaître parfaitement les auteurs classiques de Louis XIV. Mais l'on renoncerait à posséder désormais en France de grands hommes dans la carrière de la littérature, si l'on blâmait d'avance tout ce qui peut conduire à un nouveau genre, ouvrir une route nouvelle à l'esprit humain, offrir enfin un avenir à la pensée ; elle perdrait bientôt toute émulation, si on lui présentait toujours le siècle de Louis XIV comme un modèle de perfection audelà duquel un écrivain éloquent ni penseur ne pourra jamais s'élever.

J'ai distingué avec soin, dans mon ouvrage, ce qui appartient aux arts d'imagination de ce qui a rapport à la philosophie ; j'ai dit que ces arts n'étaient point susceptibles d'une perfection ^ indéfinie, tandis qu'on ne pouvait prévoir

1. Vulgarité. On rencontre ce mot mais il était depuis longtemps dans nos écrivains du moyen âge ; tombé en désuétude. 2. Perfection. Au sens de perfectionnement.

le terme où s'arrêterait la pensée. L'on m'a reproché de n'avoir pas rendu un juste hommage aux anciens. J'ai répété néanmoins de diverses manières que la plupart des inventions poétiques nous venaient des Grecs, que la poésie des Grecs n'avait été ni surpassée, ni même égalée par les modernes ; mais je n'ai pas dit, il est vrai, que, depuis près de trois mille ans, les hommes n'avaient pas acquis une pensée de plus ; et c'est un grand tort dans l'esprit de ceux qui condamnent l'espèce humaine au supplice de Sisyphe, à retomber toujours après s'être élevée.

D'où vient donc que ce système de la perfectibilité de l'espèce humaine déchaîne maintenant toutes les passions pohtiques ? Quel rapport peut-il avoir avec elles ?....

Ce que je crois, c'est que les détracteurs du système de la perfectibilité de l'espèce humaine n'ont pas médité sur les véritables bases de cette opinion. En effet, ils conviennent que les sciences font des progrès continuels, et ils veulent que la raison n'en fasse pas. Mais les sciences ont une connexion intime avec toutes les idées dont se compose l'état moral et politique des nations. En découvrant la boussole, on a découvert le Nouveau-Monde, et l'Europe morale et politique a, depuis ce temps, éprouvé des changements considérables. L'imprimerie est une découverte des sciences. Si l'on dirigeait un jour la navigation aérienne, combien les rapports de la société ne seraient-ils pas différents !...

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