Ephraïm, Manassé, puis Juda la mer Morte
ALFRED DE VIGXY 87
Il voit tout Chanaan, et la Terre promise *, Où sa tombe, il le sait, ne sera iwint admise. Il voit, sur les Hébreux étend sa grande main, Puis vers le haut du mont il reprend son chemin.
Or, des champs de Moab couvrant la vaste enceinte,
Pressés au large pied de la montagne sainte,
Les enfants d'Israël s'agitaient au vallon
Comme les blés épais qu'agite l'aquilon.
Dès l'heure où la rosée humecte l'or des sables
Et balance sa perle au sommet des érables.
Prophète centenaire, environné d'honneur.
Moïse était parti pour trouver le Seigneur.',, '
On le suivait des yeux aux flammes de sa iét€ * ;
Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,
Lorsque son front perça le nuage de Dieu
Qui couronnait d'éclairs la cime du haut lieu.
L'encens brûla partout sur les autels de pierre,
Et six cent mille Hébreux, courbés dans la poussière,
A l'ombre du parfum par le soleil doré.
Chantèrent d'une voix le cantique sacré ;
Et les fils de Lévi,"s'élevant sur la foule,
Tels qu'un bois de cyprès sur le sable qui roule.
Du peuple avec la liarpe accompagnant les voix.
Dirigeaient vers le ciel l'hymne du Roi des rois '.
Et, debout devant Dieu, Moïse ayant pris place, Dans le nuage obscur lui parlait face à face. Il disait au Seigneur : « Ne finirai-je pas ? Où voulez- vous encor que je porte mes pas l Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ? Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. — Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ? J'ai conduit votre peuple où vous avez voulu. Voilà que son pied touche à la terre promise. De vous à lui qu'un autre accepte l'entremise,
1. En réalité, le pays de Chanaan Moïso descend du Sinal, « parce qu'il et la Terre promise ne font qu'un. avait parlé avec l'Etemel •.
2. « La peau de son visage rayon- 3. I.'hunme du Roi des rois. nait " lit-on dans l'tlxodr. quand F/hymne chantée en son honneur.
Au coursier d'Israël qu'il attache le frein ; Je lui lègue mon livre ^ et la verge d'airain ^.
» Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances ^, Ne pas me laisser homme avec mes ignorances, Puisque, du mont Horeb * jusques au mont Nébo \ Je n'ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau ® ? Hélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages ! Mon doigt du peuple errant a guidé les passages ; J'ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois ' ; L'avenir à genoux adorera mes lois ; Des tombes des humains j'ouvre la plus antique ^ ; La mort trouve à ma voix une voix prophétique " ; Je suis très grand ; mes pieds sont sur les nations, Ma main fait et défait les générations. — Hélas ! je suis, Seigneur, puissant et solitaire ; Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !
» Hélas ! je sais aussi tous les secrets des cieux, Et vous m'avez prêté la force de vos yeux. Je commande à la nuit de déchirer ses voiles ; Ma bouche par leur nom a compté les étoiles. Et, dès qu'au firmament mon geste l'appela. Chacune s'est hâtée en disant : « Me voilà. » J'impose mes deux mains sur le front des nuages Pour tarir dans leurs flancs la source des orages ^° ;