‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 67 sur 305 · LA MORT DU LOUP · texte numérisé non relu

LA MORT DU LOUP

Le loup vient et s'assied, les deux jambes dressées.

Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.

Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,

Sa retraite coupée et tous ses chemins pris - ;

Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,

Du chien le plus hardi la gorge pantelante.

Et n'a pas desserré sa mâchoire de fer.

Malgré nos coups de feu ({ui traversaient sa chair,

Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles.

Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles.

Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé.

Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.

Le loup le quitte alors, et puis il nous regarde.

Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,

Le clouaient au gazon tout baigné de son sang ;

Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.

Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,

Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,

Et, sans daigner savoir comment il a péri.

Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri...

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'hommes, Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !

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