LA NUIT DE MAI
LA MUSE
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser ; ,
La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;
Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser.
LE POÈTE
Est-ce toi dont la voix m'appelle, 0 ma pauvre Muse, est-ce toi ?
0 ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle Où vive encor l'amour de moi !
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde.
C'est toi, ma maîtresse et ma sœur !
Et je sens dans la nuit profonde.
De ta robe d'or qui m'inonde Les rayons gUsser dans mon cœur.
LA MUSE
Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle, Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux. Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle. Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux. Viens ; tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire Te ronge ; quelque chose a gémi dans ton cœur ; Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre, Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur.