‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 85 sur 305 · A ZURBARAN · texte numérisé non relu

A ZURBARAN

Moines de Zurbaran, blancs chartreux qui, dans l'ombre, Glissez silencieux sur les dalles des morts, Murmurant des Pater et des Ave sans nombre,

Quel crime expiez- vous par de si grands remords ? Fantômes tonsurés, bourreaux à face blême, Pour le traiter ainsi, qu'a donc fait votre corps ?

Votre corps, modelé par le doigt de Dieu même, Que Jésus-Christ, son fils, a daigné revêtir. Vous n'avez pas le droit de lui dire : Anathème !

Je conçois les tourments et la foi du martyr,

Les jets du plomb fondu, les bains de poix liquide,

La gueule des lions prête à vous engloutir.

Sur un rouet de fer les boyaux qu'on dévide. Toutes les cruautés des empereurs romains ; Mais je ne comprends pas ce morne suicide !

Pourquoi donc, chaque nuit, pour vous seuls inhumains, Déchirer votre épaule à coups de discipUne, Jusqu'à ce que le sang ruisselle sur vos reins ?

Pourquoi ceindre toujours la couronne d'épine. Que Jésus sur son front ne mit que pour mourir. Et frapper à plein poing votre maigre poitrine ?

Croyez- vous donc que Dieu s'amuse à voir souffrir, Et que ce meurtre lent, cette froide agonie, Fasse pour vous le ciel plus facile à s'ouvrir ?

Cette tête de mort entre vos doigts jaunie.

Pour ne plus en sortir, qu'elle rentre au charnier ;

Que votre fosse soit par un autre finie.

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