‹ Le 19e Dix-neuvième siècle par les textes; morceaux choisisChapitre 95 sur 305 · LA CURÉE · texte numérisé non relu

LA CURÉE

Oh ! lorsqu'un lourd soleil chauffait les grandes dalles

Des ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaient, que la grêle des balles

Sifflait et pleuvait par les airs \ <

Que dans Paris entier, comme la mer qui monte,

Le peuple soulevé grondait.

Et qu'au lugubre accent des vieux canons de fonte

La Marseillaise répondait, Certe, on ne voyait pas, comme au jour où nous sommes,

Tant d'uniformes à la fois ; C'était sous des haillons que battaient les cœurs d'hommes ;

C'étaient alors de sales doigts Qui chargeaient les mousquets et renvoyaient la foudre ;

C'était la bouche aux vils jurons Qui mâchait la cartouche, et qui, noire de poudre,

Criait aux citoyens . « Mourons ! »

Mais, ô honte ! Paris, si beau dans sa colère,

Paris, si plein de majesté Dans ce jour de tempête où le vent populaire

Déracina la royauté, Paris, si magnifique avec ses funérailles.

Ses débris d'hommes, ses tombeaux, Ses chemins dépavés, et ses pans de murailles

Troués comme de vieux drapeaux, Paris, cette cité de lauriers toute ceinte,

Dont le monde entier est jaloux ; Que les peuples énms appellent tous la sainte,

Et qu'ils ne nomment qu'à genoux,

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