Il s'agit des journées de 1830, • les trois glorieuses
Paris n'est maintenant qu'une sentine impure,
Un égout sordide et boueux, Où mille noirs courants de limon et d'ordure
Viennent traîner leurs flots honteux ; Un taudis regorgeant de faquins sans courage,
D'effrontés coureurs de salons, Qui vont de porte en porte et d'étage en étage
Gueusant quelque bout de galons ; Une halle cynique aux clameurs insolentes.
Où chacun cherche à déchirer Un misérable coin de guenilles sanglantes
Du pouvoir qui vient d'expirer.
Ainsi, quand dans sa bauge aride et solitaire,
Le sanglier, frappé de mort.
Est là, tout palpitant, étendu sur la terre,
Et sous le soleil qui le mord ; Lorsque, blanchi de bave et la langue tirée.
Ne bougeant plus en ses liens, Il meurt, et que la trompe a sonné la curée,
A toute la meute des chiens.
Toute la meute, alors, comme une vague immense,
Bondit ; alors chaque mâtin Hurle en signe de joie, et prépare d'avance
Ses larges crocs pour le festin ; Et puis vient la cohue, et les abois féroces
Roulent de vallons en vallons ; Chiens courants et limiers, et dogues, et molosses,
Tout se lance, et tout crie : « Allons ! Quand le sanglier tombe et roule sur l'arène,
Allons ! allons ! les chiens sont rois ! Le cadavre est à nous ; payons- nous notre peine,
Nos coups de dents et nos abois.
Allons ! nous n'avons plus de valet qui nous fouaille
Et qui se pende à notre cou :
Du sang chaud, de la cliair^i allons, faisons ripaille,
Et gorgeons-nous tout notre soûl ! »
ACCUSTE BAR HIER 1:«
Et tous, comme ouvriers que l'on met à la tâche,
Fouillent ces flancs à plein museau, Et de l'ongle et des dents travaillent sans relâche,
Car chacun en veut un morceau ; (^ar il faut au chenil que chacun d'eux revienne
Avec un os demi-rongé, Et (jue, trouvant au seuil son orgueilleuse chienne.
Jalouse et le poil allongé.
Il lui montre sa gueule encor rouge, et qui grogne,
Son os dans les dents arrêté, Et lui crie, en jetant son quartier de charogne :
« Voici ma part de royauté ! » '
{ïambes : Lemerre, éditeur.)