‹ Le 20 juin 1792Chapitre 14 sur 47 · Uoland, ne en avait cinquante-huit aus; Dumou · texte numérisé non relu

Uoland, ne en avait cinquante-huit aus; Dumou

riez, né en 4739, en avait cioquaate-lrois.

après la fortune, l'autre Tavait passée au fond de son cabinet à écrire des mémoires sur des sujets de philosophie et d' économie politique, à s'admirer dans ses œuvres, à s'enivrer de son propre mérite. Ses liaisoûs avec la gauche de T Assemblée législative le firent sortir tout d'un coup de l'obscurité et le trans* plantèrent, d'un pciïL appartement de la rue de la Harpe, dans les salons du ministère de rintérieur« le plus important et le plus difficile de tous les ministères, aux temps de troubles et d'agitations. Il s* y montra rogue, hautain, d'un esprit sans portée et sana initiative, croyant avoir tout fait lorsqu'il avait, comme à l'époque où il était à Amiens ou à Lyon inspecteur des manufactures, écrit un rapport ou élaboré une circulaire; il se drapa continuellement dans sa vertu, mais il ne sut pas s exposer au danger lorsque son devoir le lui commandait, lorsque son ' honneur Texigeait'.

4 . Yoict le portrait qu'a tracé de Roland le girondin Daunou dans un fragment de ses Mémoires, en date d'août 4794 :

a Roland, magistral probe, instruit, couriigoiix, mais auquel on reprochait lo pédantisme de toutes les vertus qu'il avait, ferme et vii^ilant, uiais aii;re et maladroit, trop épineux dans les détails de son adminislraliou pour conserver longtemps un assez grand nombre d'amis. 9

Roland méritait tous les reproches, mais non certes tous les éloges que nous trouvons sous la plume de Daunou , car il ne fut souvent ni' ferme, ni vigilant, ni courageux, si le courage consiste, comme nous le croyons, à se précipiter au milieu du danger plutôt qu'a écrire du fond de son cabinet des piirases plus ou moins [pompeuses.

Le cabiuet gu'ondin c était divisé eu deux parties égales : Servan et Glaviëres, ministres de la gueire et des iiiiaiices, suivaient lloiaad ; Dumouriez était soutenu par les ministres de la justice et de la marine «

Durantlion et Lacoste, lesquels, il est vrai, n'avaieiU aucune influence ; mais la personnalité de Dumouriez était par elle-même assez forte pour faire échec à ses collègues, eussent-ils été réunis contre lui.

Ce ministère, que le roi subissait avec impatience, devait se dissoudre à la première occasion. Le ministre de la guerre, Servan , provoqua la crise»

Le 4 juin, sans en avoir prévenu ni le roi m ses collègues, il vint à l'Assemblée nationale proposer la formation, sous les murs de Paris, d'un camp de vingt mille fédérés.

* La Législative accueillit cette idée avec faveur, et, dès le 6, malgré l'opposition de la droite, qui demandait que l'on répondît par la question préalable à une proposition ministérielle faite d'une manière si insolite, elle vota un décret en sept articles, qui consacrait la formation d'un camp de vingt mille fédérés, recrutés dans toute la France, à raison de cinq hommes par canton, l'envoi immédiat aux frontières de toutes les troupes de ligne qui se trouvaient à ce moment dans la capitale, et la réunion de ces vingt mille volontaires, pour le ià juillet prochain, à l'eifet de lornier une fédération nouvelle et de resserrer ainsi, disait le décret, les liens de fraternité entre les départements et Paris.

...... ^le

La proposition de Servan et le vote approbatif de r Assemblée furent, dans le coDseil des ministres « le signal des récriiiiiiiations les plus vives. La querelle s'échauIEar tellement entre Dumouriez et Servan, qu'ils mirent tous les deux la main sur la garde de leur épée et que , sans la présence du roi , le sang eût coulé.

Cn autre sujet de discussions perpétuelles entre Louis XTI et ses ministres, était la question de savoir si la sanction royale serait donnée aux mesures de rigueur que TAssemblée venait d'édicter contre les prêtres insermentés.

Le serment civique imposé aux prêtres et ses con* séquences légales agitaient la France depuis deux ans et ne contribuaient pas peu à faire dévier la révolution de la marche normale qu'elle avait prise aux beaux jours de 1789. Ce fut la faute capitale de la Constituante, la faute qui pesa sur son œuvre entière et ruina les plus solides espérances des vrais amis de la liberté et de l'égalité. Voulant diminuer l'influence de cette partie du clergé qui n'acceptait pas les réformes politiques et sociales, notre première Assemblée nationale ne s'était d'abord permis que de réglementer certains points de discipline qu'elle croyait pouvoir considérer comme étant de la coiupétence de l'autorité séculière. Mais bientôt, se laissant emporter par l'ardeur et l'éloquence de quelques-uns des membres de son comité ecclésiastique, elle alla beaucoup plus loin qu elle ne l'avait voulu d'abord, et adopta

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des mesures dont elle ne comprit que trop tard la portée : sans le savoir, elle avait alarmé les consciences et semé, parmi les populations des campagnes, des ferments de haine et de discorde, d'où devait naître le plus épouvantable des fléaux, la guerre civile.

Lorsque , six mois après Tadoption de la constitation da clergé, T Assemblée constituante prescrivit à tous les ecclésiastiques remplissant des fonctions publiques d'avoir à prêter le serment constitutionnel, sous peine de se voir destitués et enlevés violemment à leur diocèse Ou à leur paroisse , une scission bien plus profonde se manifesta dans le clergé : tous les évêques qui faisaient partie de l'Assemblée, sauf deux, refusèrent le serment; tous les évêques de France , hormis trois , imitèrent leur exemple.

Loin de chercher à calmer l'irritation produite par la question religieuse , la Législative ne sut qu'exagérer la violence de la Constituante contre le clergé récalcitrant. Elle priva les prêtres qui se refusaient à prêter serment de tout traitement, de toute indemnité, elle les déclara suspects de révolte contre la constitution et de mauvaises intentions contre la patrie; elle prononça contre eux la déportation, non comme une peine, mais comme une mesure de sûreté générale , et donna aux directoires de départements le pouvoir exorbitant de mettre hors la loi commune un certain nombre de Français; enfm, se défiant de la mansuétude des autorités départementales, elle

décréta que la dénonciation de vingt citoyens actifs suflirait pour obliger ces autorités à faire usage de ce droit vraiment draconien.

Depuis plusieurs semaines , le dernier de ces décrets était, chaque jour, placé sur la table du conseil des ministres pour que Louis XVI y apposât sa signature, et chaque jour le monarque y jetait un coup d'œil, puis l'écartait silencieusement.

Une pareille situation ne pouvait durer longtemps, et Roland finît par écrire au roi cette fameuse lettre qui est restée dans Thistoire comme T ultimatum adressé par les Girondins à la royauté.

Louis XVI ne put lire sans colère les conseils, ou plutôt les injonctions de son ministre de l'intérieur. 11 lit appeler Dumouriez; la reine était présente ; ce fut elle qui entama la conversation :

« Croyez-vous, monsieur, que le roi doive supporter plus longtemps les menaces et les insolences de Roland, les fourberies de Servan et de Clavi^res?

— Non, madame, répondit le général, j'en suis indigné; j'admire la patience du roi, et j'ose le supplier de changer entièrement son ministère.

— Je veux que vous restiez, reprit le roi, vous, ainsi que Lacoste et le bonliomme Durantbon ; rendezmoi le service de me débarrasser de ces trois factieux insolents , car ma patience est à bout, n

Dumouriez accepta, mais à la condition que le rot sanctionnerait les deux décrets. Le roi consentit, non sans peine, à promettre de lever le veto qui pesait

sur la fondation du carap des vingt mille; il céda même , à ce que prétend Dumouriez , relativement à

la déportation des prêtres. Mais il est dilïicile de le croire.

Quoi qu'il en soit, le message royal qui retirait le ministère de la guerre à Servan lui fut porté, le i2 juin, par le ministre des affaires étrangères, et, le lendemain matin, Roland et Glavières reçurent leurs démissions.

Les trois ministres renvoyés n'imitèrent pas la conduite que Necker avait tenue dans une circonstance à peu pits semblable. Ils résolurent d'en appeler à l'Assemblée delà mesure, parfaitement constitution* nelle, que venait de prendre le roi.

Servan avait été le premier renvoyé. Ce fut aussi sa lettre qui parvint la première à la Législative. « Au moment, y était-il dit, où, encouragé par mes concitoyens, je commençais à jouir de !a flatteuse espérance de pouvoir être utile à ma patrie, j'ai reçu l'ordre du roi de remettre le portefeuille au ministre des aft'aires étrangères... Ma conscience me dit que je n'en dois pas moins compter sur les bontés de l'As-

semblée pour moi, et j'espère qu'elle voudra bien permettre que j'aille m'acquitter de mes devoirs de soldat, dès que j'aurai déposé mes comptes entre ses mains. » La lecture de cette lettre est couverte des applaudissements réitérés des tribunes etd'une grande partie des députés* « Oui , oui , crie-t-on à gauche ; M. Servan emporte nos justes regrets ! »

Dussaulx propose de rendre un décret qui consacre le vœu de la majorité: à la presque unanimité, il est décrété que Servan, ministre de ia guerre, emporte Vestime et les regrets de la nation.

Le bruit des applaudissements, par lesquels les tribunes saluent ce décret, retentit encore, lorsque le président annonce qu il vient de recevoir une lettre dn roi qui notifie la nomination des trois nouveaux ministres. A peine y fait-on attention , on se hâte de lire les lettres que le président vient de recevoir de Clavières et de Roland. La lettre de ce dernier renfermait la copie de celle qu'il avait écrite au roi trois jours auparavant ^ Dans ce prop^ramme des volontés de la Gironde, on mettait le marché à la main à Louis XVI; on lui déclarait qu'en refusant de sanctionner les décrets rendus récemment par l'Assemblée

4. Roinnd, pn mît-il, ne se résolut qu'au dernier moment à communiquer à l'Assembléo la lettre qu'il avait écrite au roi, car il en envoya an président la minute même. Nous avons eu cette pièce entre les mains et noas avons constaté qu'elle porte des ratures et des additions, destinées à la rendre en tout semblable au texte mémo qui avait été envoyé à Louis XVI.

il suscitait contre lui « les implacables défiances d'un peuple corUristéy qui ne verrait plus dans son roi que l'ami et le complice des conspirateurs. » — « Il n'est , plus temps de reculer, disait Koland, il n'y a même plus moyen de temporiser; la révolution est faite dans les esprits; elle s'achèvera au prix du sang et sera cimentée par le sang, si la sagesse ne prévient pas les malheurs qu'il est encore possible d'éviter. »

La lecture de la lettre de Roland reçoit, à plusieurs reprises , les marques de la plus vive approbation.

Sur ces entrefaites paraît Dumouriez. Des murmures et même des huées l'accueillent, le ministre n'y fait pas attention; il annonce qu'il aune communication à faire à l'Assemblée.

Mais celle-ci tient à le rendre témoin des marques de sympatlûe qu'elle prodigue à ceux qu'il vient de contribuer à faire renvoyer; avant de lui accorder ia parole, on vote successivement les décrets qui associent Roland et Claviëres aux regrets déjà exprimés à roccasion de la Klralte do Servan, et ordonnent l'impression et l'envoi aux quatre-vingt-trois départements de la lettre de Roland au roi.

iiafin, Dumouriez obtient la parole. 11 rend compte d'un engagement d'avant-garde , dans lequel vient de succomber le générai Gouvion qui, deux mois auparavant, comme nous l'avons vu, avait quitté l'Assemblée dans l'iuteution de se faire tuer glorieusement à la première occasion. Il expose ensuite, dans

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un long mémoire , la situation de Tarmée , se plaint de Tétat déplorable dans lequel il la trouve en entrant au ministère , et accnse hautement rimpéritie de ses prédécesseurs, Degrave et bervan.

La gauche interrompt souvent cette lecture, accuse le ministre de trahison et menace d'envoyer Fauteur du mémoire par-devant la haute cour d'Orléans.

Dumouriez signe froidement le manuscrit, le dépose sur le bureau et sort de la salle.

Son départ est le signal de récriuiiiiMtiona nouvelles ; le nom de traître et de calomniateur lui est prodigué, et un décret ordonne à Dumouriez de déposer dans les vingt-quatre heures les pièces justificatives des faits contenus dans son rapport.

La colère de l'Assemblée ne lut rien encore auprès de la violence que déployèrent les Jacobins et la presse. Pendant trois jours, le général fut en butte à toutes les injures, à toutes les menaces, à toutes les fureurs du parti ultra-révolutionnaire.

Quelque hauteur qu'il eût mise» s'il faut Fen croire, à ailronter les colères de ces mêmes Jacobins, dont il avait naguère recherché si avidement les faveurs, il était loin d'être rassuré. Le roi tîendrait-il la promesse moyennant laquelle il avait accepté la succession de ses anciens amis et l'impopularité qui avait été la suite inévitable de sa conduite ? Toute la question était là pour lui.

Aussi s'empressa-t-il de demander au roi de sanctionner les décrets; mais, après deux jours de solli-

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citations extrêmement pressantes, il s'aperçut qu'il était impossible de rien obtenir, et il ofirit sa démission. Peut-être un peu contre son attente, le roi l'accepta sur-le-champ. Dumouriez se vit ainsi renvoyé trois jours après ses collègues, au moment où il croyait avoir consolidé pour longtemps sa position par la preuve éclatante de dévouement qu'il venait de donner à Louis XYI.

Le ministère girondin fut remplacé par un cabinet composé de noms à peu près inconnus. Le jour môme où la formation de ce cabinet était notifiée à l'Assemblée, celle-ci recevait du général La Fayette une lettre qui devait avoir un immense retentissement. Ce n'était rien moins que le manifeste du parti constitutionnel , comme la lettre de Roland avait été le manifeste du parti révolutionnaire.

Dans sa lettre, LaFayette accusait, devant l'Assemblée nationale, devant la France entière, les Jacobins d'être les auteurs de tous les désordres, 11 représentait leur société comme un empire qui avait sa mé* tropole et ses affiliations, comme une corporation distincte au milieu du peuple français dont elle usurpait les pouvoirs et subjuguait les représentants.

Les applaudissements avaient interrompu plusieurs fois la lecture de cette lettre. L'impression est aussitôt ordonnée à une très-grande majorité ; bien plus, on demande l'envoi aux quatre-vingt-trois départements. C'était ap})rouver d'une manière éclatante, absolue, et les opinions et la conduite du général.

Vergniaud s'élance à la tribune : u Lorsqu'un simple citoyen» dit-il, vous adresse une pétition et vous offre un conseil, vous devez l'entendre ; mais lorsqu'un général d'armée veut vous donner des avis, il ne peut le faire que par l'organe des ministres; s'il en était autrement, ce serait fait de la liberté. Que sont les consens d'un chef d'armée, sinon des ordres? Les inlentions du général La Fayette peuvent être pures , mais il faut obéir aux principes , et ce serait les violer que de sembler approuver la conduite du général en envoyant oi&ciellement sa lettre aux quatre-vingt-trois départements. Je demaride Tordre du jour. » La proposition de Vergniaud est mise aux voix et ii'cbL pas adoptée. La gauche redouble alors ses cris, ses interpellations, prétend que la lettre du général La Fayette ne doit pas émaner de lui, puisqu'il y parle, à la date du 16 juin, d'événements qu'il ne pouvait pas connaître encore ; que si elle est revêtue de sa signature, c'est que cette signature a été donnée en blanc sur une lettre fabriquée à Paris. Mais toutes ces objections dilatoires n'empêchent pas la droite d'insôster pour Tenvoi aux départements. Les interpellations les plus violentes s' entre-croisent, le tumulte arrive à son comble, quand Guadet, qui a réussi à s'emparer de la tribune, s'écrie : « Si un général peut nous dicter des lois, nous n'avons plus de Constitution : lorsque Gromwell tenait un pareil langage, la liberté était perdue en Angleterre. Je demande que la lettre du général soit renvoyée à la

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commission des Douze. — M. de La Fayette ne demande qae cela» » lui répond-on à droite.

Le lunvoi est ordoinié à T unanimité, et la coiiimission est ciiargée d'en rendre compte dans quatre jours au plus tard , c'est-à-dire le vendredi 22 juin. Puis l'Assemblée, qui un instant auparavant avait repoussé la motion de Vergniaud, se donne à ellemême un démenti en votant la question préalable sur la proposition d'envoyer la lettre du général aux départements.

L*émption des représentants se communiqua à

riustani dans Paris. Llle eut naturellement son retentissement le soir même au club des Jacobins» qui» directement attaqué dans la lettre du général, sentit que c'était entre eux un duel à mort qui commençait. Tous les coryphées du parti , Robespierre » Camille Desmoulins, Cuiiot-d'lierbois , Danton, Fabre d'Églantine» Chabot» Bazire» s'étaient donné rendezvous dans la salle de la rue Saint-iionoré pour dénoncer le nouveau Monk. a II a levé le masque » s'écriait-on de toutes parts; il faut l'appeler à la barre de l'Assemblée et l'envoyer à la haute cour d'Orléans. »

Le lendemain» le ministre Durantiion vint annoncer officiellement à la Législative que le roi apposait son veto constitutionnel aux deux décrets sur le camp des vingt mille hommes et la déportation des prêtres insermentés.

Lt, 20 JUliN 11112.

Les chefs du parti démagogique saisirent avec empressement le prétexte d'agitation populaire qui leur était iouioi par le refus de sanctiou des déaets et le renvoi du ministère girondin. Depuis longtemps ils rêvaient et organisaient une journée^ non pas encore insurrectionnelle, mais qui préparerait Tinsurrectioû, et les mettrait à même de faire la revue des forces dont ils pourraient disposer à l'heure suprême. La date était prise, c'était l'anniversaire du serment du Jeu de Paume; les rôles distribués, les complicités convenues et acceptées. Le résultat seul restait incertain : il dépendait du degré d'entraînement et d'exaspération auquel on pourrait amener les masses. Quant au programme, les incidents que nous venons de raconter ne firent qu'y apporta quelques modifica* tions.

Depuis plus d'un mois le faubourg Saint-Antoine

était agité par San terre et ses amis, qui, dès le 2 juin, avaient établi dans Téglise des Ënfants- Trouvés une chaire permanente de doctrines démagogiques; cette création avait été favorisée par le maire

Pélion.

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Les conspirateurs tenaient leur conciliabule tantôt dans la maison du brasseur Santerre* laûtôt dans la salle du comité de la section des Quinze-Vingts. On allait prendre le mot d* ordre chez Danton et chez les principaux meneurs, qui, comme toujours, restaient dans r ombre et laissaient agir les enfants perdus du parti. A la téte de ceux-ci se plaçaient Santerre et Alexandre, commandants des bataillons des Enfants- Trouvés etde Saint-*Marcel, qui répondaient, disaientils,de leurs laubuuigs^ Après eux venaient : Thomme des coups de main et des massacres, Fournier, dit rAméricain, quoiqu'il fût Auvergnat, parce qu'il avait longtemps habité Saint-Domingue » où ses instincts féroces avaient pu se développer ; le marquis

4 . Lorsque les événements eurent porté leurs amis att pouvoir, SiinLorrc cl Alexandre ne s'oublièrent point.

Alexandre se 11 1 il louer (septembre 179îj une indemnité de douze mille livres pour les services es»t^iiUeis (ju il avait rendus à la chose publi(|ue avant et après le 4 0 août. Santerre obtint décharge d'une somme de 49,603 livres qu'il devait à la ferme générale, depuis 4789 et 4790, pour les droits qui auraient dû être perçus sur la bière par lui fabriquée. Le rapport du mi-* nistre des finances (47 avril 4793) déclare que cette bière ayant été consommée en très-grande partie dans un but patrie* ticjue, il y a lieu de faire au brasseur républicain remise de sa dette.

Santerre, avant le -èOjuin, avait impioré la protection des ministres de Louis XVI, Ned^er et Delessarl. Plus lard, après la crise révolutionnaire, il implora celle du premier consul Bonaparte. (Voir les lettres de Santerre à la fin du volume.)

Alexandre fut ministre de la guerre pendant cinq minutes '^ ii juin 4793], ei, après être resté commiseflfîre des.guerrei

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de Saint-Hui'uge, perdu de dettes et de débauches, qui, de noble renié par sa caste, s'était fût plébéien iuribond; le futur général Rossignol, alors simple ouvrier bijoutier; le boucher Legendre» type de beaucoup de révolutiouuaires de cette époque , homme à Téloquence abrupte, qui, s'enivrant de ses propres paroles, se laissait aller aux plus effroyables exagérations de langage, passait du dernier paroxysme de la fureur à une véritable et sincère sensibilité, et qui donna l'exemple, tantôt du courage le plus énergique, tantôt de la plus insigne lâcheté; tnùn le Polonais Lazowski, ancien protégé de la cour, qui, après avoir échoué dans ses vues ambitieuses en jouant le geutdliomuie, avait cherché fortune en exagérant le costume et les mœurs de la plus vile canaille, et s'était ainsi acquis la faveur du faubourg Saint-Marcel , où il était capitaine de caûoaniers

fK^ndant huit années, devint membre du Tribunal sous la constîluLion consulaire.

4 . Lazomki avait été^ avant la Révolution, l'anii, le commensal du duc de la Rochefoucauld-Liancourt. Par le crédit de oelui-ci

il avait été nommé inspecteur des manufactures et était devenu le collègue do Roland. Dans le récit de ses Voyages en Franco pendant les années 1787 , 1788 et {789, lo célèbro ai^ronume anglais, Arthur Youni,', parle de sa liaison intime avec un gentleman accompli, M. de l^zowski. C'(>st ce môme individu qui, trois ans plus tard , était à la tête des émeutiers du faubourg Saint-Marcel, se faisait le promoteur de la journée du fO juin et mourait, au commencement de 4793, de débauches et d'excès de tout genre. Il fut presque canonisé comme un

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Ce dernier fut choisi , avec neuf autres citoyens parfaitement obscurs, pour aller à TUôtel de Ville faire connaître la préleiidue intention des faubourgs de se lever en masse, d'aller, armes sur T épaule, planter r arbre de la liberté dans le jardin des Tuileries, et déposer une adresse entre les mains du président de TAssemblée nationale. La requête de ces pétitionnaires sans mandat lut soumise, le 16 juin, au conseil général, qui, malgré tout le désir qu'il avait de leur être agréable, ne pouvait évidemment pas, sous s prétexte de fête ou de pétitionnement, autoriser une pareille démonstration. C'est ce que fit remarquer Tofficier municipal Borie; et, sur sa motion, Lazowski et ses neuf coiijpagiiOiis fureal écoiiduils par un ordre du jour ainsi motivé :

u MUrdCiPALiTÉ D£ PAKiS.

«Du 46 juin 4792.

« MM. Lazowski, capitaine des canonniers du bataillon de Saint-Marcel, Duclos, Pavie, Lebon , Lachapelle, Lejeune, Vasson, citoyens de la section des Quinze-Vingts, Geney, Deliens et Bertrand, citoyens de la section des Gobelins, ont annoncé au conseil général que les citoyens des faubourgs Saint- Autoine et Saint-Marcel avaient résolu de présenter, mercredi 20 du courant , à l'Assemblée nationale et

saint par ses frères et amis jacobins. (Voir les Mémoires de M"'« Roland, j

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LK 20 JUJN 17tt!2.

au roi, des pétitions relatives aux circonstances et de planter l'arbre de la liberté sor la terrasse des Feuillants, en niéiaoire de la séance du Jeu de l- aume.

« Us ont demandé que le conseil général les autorisât à se revêtir des habits qu'ils portaient en 1789, en même temps que de leurs armes.

« Le conseil général, après avoir délibéré sur cette pétition verbale, et le procureur de la commune entendu :

« Considérant que la loi proscrit tout rassemblement armé, s'il ne fait partie de la force publique légalement requise, a arrêté de passer à Tordre du jour.

« Le conseil général a ordonné que le présent arrêté serait envoyé au directoire du département et au département de police , et qu'il en serait donné commmiication au corps municipal.

« Signé : Lebreton, doyen d'âge, président; Roter \ secrétaire. »

En entendant lire cet arrêté, les prétendus délégués des faubourgs entrèrent dans une violente colère et s'écrièrent S dans la salle même du conseil général, que rien ne les empêcherait d'exécuter leur

projet, qu'ils iraient chez le roi et à l'Assemblée en

4. Le secrétaire-greffier-adjoint de la commune était un jeune homme courageux et énergique, qai devait plus tard se * rendre célèbre sous le nom de Royer-Collard.

%, Déclaration de J.-J. Leroux.

dépit de tous les arrêtés. Retournés dans leurs faubourgs, ils y propagèrent Ta^tation. Durant les journées des 17, 18 et 19 juin, chacun put voir grossir un mouyement populaire ' qu'il eût été facile de prévenir en déployant un peu d'énergie dès le début.

Pétîon désirait fort que le peuple exerçât tine pression violente et sur l'Assemblée nationale et sur le monarque ; mais, premier magistrat de la ville de Paris, il était obligé de sauver les apparences, tenant à rester populaire si l'aifaire réussisssdt, et, si elle écliouait, à ne point perdre la mairie.

Ainsi, le 16, lorsque les pétitionnaires des faubourgs se présentèrent à THotel de Ville, le maire avait eu soin de se trouver absent et il put avoir Tair d'ignorer rarrété du conseil général, qui ne lui fut effectivement adressé en double expédition que le 18, par le secrétaire-greffier de la commune.

Outre Texcuse tirée de son ignorance, Pétion en avait une autre toute prête que ses défenseurs ne . manquèrent pas de mettre en avant, lorsque, plus

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