‹ Le 20 juin 1792Chapitre 16 sur 47 · I. Exposé de la conduite tenue par le maire Pétion · texte numérisé non relu

I. Exposé de la conduite tenue par le maire Pétion

compte de la situation de la capitale et des mesurés qu'ils avaient prises ou étaient disposés à prendre. La conférence eut lieu, le 19 juin, entre deux et trois iieures de raprès-midi ; elle fut longue, animée, pleine de reproches et de récriminations. Enfin, le directoire insistant, le maire écrivit, sur le bureau même du président, au commandant général de la garde nationale afin (ju'il eût à « tenir les postes au complet, doubler ceux des Tuileries et de TAssemblée nationale, avoir des réserves d'infanterie et de cavalerie, prendre toutes les dispositions analogues aux circonstances et propres au maintien de la tianquillité publique. » La lettre finissait ainsi : « Si vous avez besoin de troupes de ligne, vous pouvez, en vertu de mon autorisation générale, en faire la réquisition, n

Le directoire, en présence de Pétion, prit un arrêté dont il lui fut tout de suite remis une ampliation et dont une autre copie fut adressée sans retard au ministre de T intérieur» pour être transmise à l'Assemblée nationale.

Dans cet arrêté, le directoire déclarait : qu'il était instruit par des rapports multipliés que des malveillants, nonobstantrarrété du conseil général de la commune, avaient l'intention de former des rassemblements armés, sousprétexte deprésenter des pétitions ; qu'il croyait devoir rappeler la loi générale qui interdit aux citoyens de se réunir en armes sans réquisition préalable, ainsi que la loi municipale qui.

tout en leur permettant de se réunir paisiblement et sans armes pour rédiger des pétitions, ne les autorise néanmoins qu'à députer vingt citoyens seulement pour présenter ces pétitions ; qu'afin d'éviter un outrage au conseil général, qui avait rejeté la demande des faubourgs, et aussi afin que la tranquillité de Paris ne fût pas troublée par des rassemblements illégaux, ni la majesté des représentants du peuple outragée, il ordonnait au maire, à la municipalité et au commandant général de prendre sans délai les mesures indispensables pour empêcher tout rassemblement qui pourrait blesser la loi, pour contenir et réprimer les perturbateurs du repos public, etc.

L'Assemblée nationale tenait sa séance du soir, lorsqu'elle reçut l'arrêté du directoire du département de Paris. Une députation de citoyens de Marseille était à la barre et y lisait une pétition des plus violentes :

c( Législateurs, la liberté française est en péril, les hommes du Midi se sont tous levés pour la défendre.

jour de la colère du peuple est arrivé. Le peuple, qu'on a toujours voulu égorger et enchaîner, las de parer les coups, à son tour est près d'en porter; las de déjouer les conspirations, il a jeté tm regard terrible sur les conspirateurs,,. Le lion généreux, mais aujourd'hui trop courroucé^ va sortir de son repos pour s élaaœr contre la meule de ses ennemis. Représentants du peuple, la force popu*

laîre fait toute votre force. Vous Tavez en main,

einpioyez-la.,. Uue lutte entre le despotisme et la liberté ne peut être qu'un combat à mort... Repré* sentants, le peuple veut absolument finir une révolutiony qm est son salut et sa gloire, qui est l'honneur de Tesprit humain; il veut se sauver et vous sauver. Devez-vom empêcher ce mouvement sublime? Le pouvez -vous, législateurs?... »

C'était le 10 août annoncé la veille du 20 juin.

Un pareil appel fait à la force brutale soulève naturellement à gauche des transports d'enthousiasme, à droite des transports de colère, a L'impression et l'envoi aux départements 1 » crie-t-on d'un côté. « Cette adi*esse est incendiaire et inconstitution* nelle, » réplique-t-on des bancs opposés. Lecointe- Puyraveau rejette la violence du style des Marseillais sur (( leur ciel brûlant » et n'en demande pas moins l'impression de leur adresse patriotique ; après une épreuve contestée, la gauciie, sur la vive iosistance de l'Assemblée, finit par décréter l'impression et l'envoi des menaces marseillaises aux quatre-vingttrois départements ^

L'émotion soulevée par cette lecture et par ce vote n'était pas encore apaisée, quand le président annonce qu'il vient de recevoir l'arrêté départemental. « Qu'on ne le lise pas, s'écrie Saiadin, nous n'avons pas de

4. Séance du 49 juin; Moniteur et Journal des Débais et Décrets.

temps à perdre. » Mais la majorité décide que lecture

de l'arrêté du directoire sera faite; elle l'écoute en silence et passe à Tordre du jour. Était-ce une approbation tacite , une indifférence calculée , un blâme déguisé? Chacun put interpréter à sa guise cette décision. Les chefs du mouvement projeté y virent la preuve évidente que l'Assemblée n'était pas déterminée à suivre le département dans sa ligne de conduite énergique et courageuse; ils agirent en conséquence.

Cependant Tagitation augmentait dans les fau*

bourgs.

Les meneurs y représentaient la journée du lendemain comme une fête : « Il n'y a rien à craindre en se mêlant aux rassemblements^ disaient-ils; Pétion

sera avec nous! » Ils excitaient la curiosité populaire, dépeignant d'avance à la foule le plaisir qu'elle éprouverait à visiter les Tuileries, qui lui étaient inconnues, avoir chez eux monsieur et madame Veto ^ .

1. C'est ainsi que les jouriiaux démagogiques désignaient habiluellement le roi et la reine.

Si quelques individus timorés manifestaient certaines appréhensioiis, on leur montrait les canons des ba^ taillons révolutionnaires, et Santerre disait tout haut qu'en dépit de l'arrêté départemental la garde nationale n'aurait pas d'ordres.

Les sections des Quinze-Vingts, de Popincourt, des Gobelins et plusieurs autres encore siégèrent toute la nuit; la fièvre démagogique y fut entretenue par l'envoi et la réception des députations fraternelles» qu'elles échangeaient entre elles à chaque instant.

Pétion avait cru devoir convoquer à la mairie , à neuf heures du soir, les chefs de la garde nationale des fauboui'gs agités, pour, disait la lettre de convocation, tt traiter avec lui d'un objet important. » Les quatre administrateurs de police, Panis, Sergent, Vigner, Perron, étaient présents à cette conférence

Interrogé sur Fétat des esprits dans son quartier, le chef du bataillon des Enfants-Trouvés, Santerre, assure que rien ne pounaiL empêcher les citoyens et les gardes nationaux d'exécuter la promenade en armes décidée pour le lendemain.

Alexandre, chel du bataillon de baint-Marcel, déclare que les dispositions de son quartier sont les mêmes que celles du faubourg Saint-Antoine; qu'il y aurait peut-être un grand danger à vouloir opposer la force à l'exécution de ce qui est fermement résolu.

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