SANTKHRE GÉNÉRAL ET BRASSEUR
(( Voir page 74. )
Après le 10 août, Saoterre se fit délivrer un brevet de général employé dans Tarmée ; maïs il n*en continua pas moius son commerce de brasseur. Seulement il eut soin de se faire remettre par la république les dettes qu*îl avait contractées sous la royauté; nous n'en voulons pour preuve que la pièce suivante :
Extrait des registres du conseil exécutif provisoire, sèoiice du 6 avril 1793.
« Le ministre des contributions a exposé au conseil les réclamations du citoyen Santerre, maréchal de camp et commandant général de la garde nationale parisienne.
« Le citoyen Santerre est débiteur à la nation du droit sur les bières fabriquées dans ses brasseries pendant les années 1789 et 1790 et les trois premiers mois de 1791,
époque à laquelle le droit a été supprimé
« Le débet du citoyen Santerre s'élève à 69,603 îiv. 16 s. 6 d. 11 ne le conteste pas; mais il prétend qu'il doit en être déchargé parce que le peuple a consommé la plus grande partie de ces bières à Toccasion des mouvements auxquels la révolution a donné lieu; qu*it n*en a retiré aucun argent et qu'il n'est pas juste qu il paye des droits sur une boisson qu'il n'a pas vendue.
« En elîet, les pièces justilicatives que le citoyen Santerre produit, les enquêtes qui ont été faites à sa réquisition et le témoignage rendu par la voix publique, ne permettent pas de douter de la vérité des motifs qu'il allègue pour obtenir sa libération
« Le ministre des contributions publiques propose donc au conseil d'arrêter que, sur la demande du citoyen Santerre, aux Fins d'être déchargé des droits répétés contre lui par les commissaires liquidateurs de la ferme générale, pour raison des quantités de bières fabriquées par le citoyen Santerre, dans les années 1789 et 1790 et les trois premiers mois de Tannée 1791, et, vu la consommation des dites bières faites par le peuple et dans les corps de garde, sans que le citoyen Santerre en ait retiré aucun payement, il demeure bien et valablement déchargé desdits droits; laquelle décharge tiendra lieu audit citoyen Santerre de toutes les répétitions qu'il a faites ou pourrait faire pour raison des autres dépenses que son dévouement pour la révolution lui a occasionnées pendant les suî-diles années.
« Le conseil a adopté les propositions faites par le
LE 20 JUIN i79S.
ministre des contributions et Ta autorisé à prendre les
mesures nécessaires pour en assurer l'exécution.
(( Signé : Clavière, Lebrun, Garât, Gohier, Grouvellb, secrétaire. r>
Santerre fut employé pendant quelques mois dans la guerre de Vendée; mais tous les récits du temps s'accordent à dire qu'il y joua un rôle très-peu brillant. Durant les derniers mois de la Terreur, Santerre ne se trouvait plus à la hauteur des principes; il fut arrêté quelque temps avant le 9 thermidor. Relâché après la mort de Robespierre, mais dégoûté des honneurs militaires qui avaient failli lui coûter la vie, il donna sa démission le 13 thermidor an n, à sa sortie de prison.
Rentré dans la vie privée, il reprit son commerce ; mais les jours de sa gloire et de sa popularité étaient passés : il vit péricliter ses affaires, et de nouveau sollicita les faveurs de l'État. Santerre s'adressa au ministre de Tintérieurpour obtenir un prêt de 25,000 francs, lui exposant « qu'ayant été Tagent de la loi dans les temps orageux, cela lui a retiré toutes ses connaissances riches et ôté toute ressource. »
Plus tard il écrivit au premier consul la lettre suivante, où l'on voit que l'eiHïommandant général de la force armée, au 21 janvier 1793, savait, comme bien d'autres de ses pareils, se plier aux circonstances, et parler, quand il le jugeait utile, le langage de la flatterie. (Nous avons religieusement respecté l'orthographe du brasseur devenu général.)
« Santerre, général divisUmmire, au, gènértU Bonaparte,
premier comul de la République*
a J'ai 6u l'honneur de vous demander ^akr à Tarmée
de réserve partager vos dangers; vous avez eu la bonté de renvoyer ma demande au général Berthier, alors ministre; son départ précipité m*a privé de cet avanlagc.
a J'ai demandé au ministre actuel à être employé; sans votre ordre il n*a put probablement le faire, il s'est cependant trouvé des places dans les directoires près les hôpitaux uiiliLairL's ei dans les villes fortes.
a Je vous ai offert, en vendémiaire an iv, mes ser* vices ; vous ne les dédaignâtes pas.
a J'ai presque tout perdu au service de la république, je ne puis maintenant me passer de vous demander une place. L'on m'a offert le traitement de réforme. J'avais alors de la fortune, je n'ai pas cm devoir être payé sans servir. Depuis Ton m'a interdit politiquement mon habitation au faubourg Antoine, ce qui m'a 6té mes resowrces commerciales. Conséquemment, si le gouvernement ne m'emploie pas, malgré mon désir de servir, ayant déjà servi avec succès au 14 jujllet, au 10 août et dans plusieurs batailles que j'ai commandées en la Vendée, Je vous demande le traitement de réforme, sans pour cela cesser d'être au service de notre patrie.
u Salut, respect et admiration,
« Sam L HUE, « £actoB du Temple, à Paris, ce 16 meaûdor an vin.
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« P. S. Je ae joius à cette lettre aucun compliment ni éloge, je ne pourrais rien ajouter à celui de dire ; Bonaparte était à Marengo l »
Ou conçoit sans peine que le général Bonaparte se soucia peu d'employer activement le général Santerre. Il avait mieux que lui SOus la main. Mais il eut pitié de sa misère; fit réintégrer Santerre dans son grade et l'admit
au traitement de réforme par un arrêté ainsi conçu :
HÉPUBLIQUE FRANÇAISE.
Liberté. Égalité»
DÉPARTEMENT DE hh GUERRE.
u Au nom du peuple français.
« Du 9 thermidor, Tan vm'^ de la République une et indivisible.
« Bonaparte, premier consul de la République, sur la
proposition du ministre de la guerre, arrête : « La démission offerte par le général de division San^
terre des fonctions de son grade, et acceptée le 11 thermidor an H par le comité de salut public, est annulée ; ce général est réintégré et adaus à jouir du traitement de réforme affecté à son grade.
« Le ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé.
u Signé : Bonaparte.
« Par le premier consul, le secrétaire d'État,
m Signé: Hugues Margt. »
Santerre mourut le 6 février 1806, laissant après lui un
3à0 Lt 20 JUIN 1792.
nom entouré d une effrayante renommée,, que très-probablement au fond il ne méritait pas. Il avait peut-être rêvé le rôle d'Arteveld , et il ne fut qu'un instrument docile entre les mains de Danton et de quelques autres
meneurs habiles.
ASSASSliNAT DU DUC DE LAUOCHEKU L CAL LD.
( voir page 18a. )