Gonchon est un de ces types qui méritent de nous arrêter
Ainsi se termina le premier acte de la comédie
préparée par les Jacobins. La séance de T Assemblée fut levée aussitôt après le défilé. Dans la soirée , les Suisses furent promenés dans tout Paris par GoUot-
quelques instants. C'était un très -habile oavrier dessinateur pour les articles de soieries, qiu, i^agnanl largement sa vie, consacrait par semaine deux journées à l'entrotien do sa famille, et les autres au service de la Kevolution, comme il le disait luimême, plus tard, dans une de ses lettres au Comité de sûreté générale. Il fut un instant caressé, adulé par les plus hauts pepsonnages du parti girondin. Gondorcet lui dédiait un mémoire philosophique sur l'art de rendre les peuples heureux {Moniteur du 94 décembre 4792); Roland lui confiait des missions payées sur les fonds secrets mis à sa disposition : ce fut ainsi que Gonchon parcourut, sous 1 li.ibil d un colporteur, toute la province de Liège, au moment de son annexion éphémère (h !a fin de 4792), et qu'il fit plusieurs voyages à Lyon et en Savoie (//i.stoire secrète de la Révolution, par Camille DesmouHns, p. 55).
Après le 34 mai, (îonchon devint suspect aux Jacobins, mais on n'osa pas d*abord Tarrèter, % raison de la popularité dont il jouissait dans le faubourg Saint- Antoine. Pendant quelque temps il fut à moitié libre sous la garde d'un gendarme qui le suivait comme son ombre à travers Paris; mais, dénoncé nominativement au club des Jacobins, le 24 septembre 4793, il fut arrùic par ordre de Robespierre; relâché un instant après le 9 thermidor, repris de nouveau sur la déooncialion de Dubois4^rancé, il ne sortit définitivement de prison qu*en vendémiaire an III, après une captivité de onze mois.Gonchon rentra dès lors pour toujours dans Tobscurité, d^oik son désir de se poser en public comme le modèle des sans- culottes, Torateur du faubourg Saint-Antoine, le délégué perpétuel des ouvriers parisiens, l'avait fait sortir un instant. Pendant sa captivité, sa femme et ses enfants étaient sans pnin, s;iiis ro-^oiirco. et passaient les nuits à la porte du Comité de sûreté générale à solliciter la mise en liberté de leur unique soutien.
d*Herbois, leur inséparable patron, et présentés particulièrement aux citoyens du faubourg Saint- Antoine, line centaine d*homaies les suivaient, dont une partie vêtus en gardes nationaux, criant sans
cesse : a Vive Ghâteauvieux! Pendez La Fayette et BaiUy!* »
4 . Lettre de Dupont de Nemours à Pétîon. — Il faut lire dans YHistoire parlemenUdre de Bûchez et Roux cette lettre si remarquable où Ton trouve cette belle définition du peuple:
ff Vous dites, mon>ieiir, que celle fête est donnée par le peuple. Qu'appelt'z-vous le peuple? Avez-vous ipcréé par votre nutorité les ordres que In Consliiution a f]étruit'> pour jamais ? Y a-t-il en Franco un autre peuple que la collection des bons citoyens? Â-t-il une autre manière d'exprimer sa volonté que par Torgane de ses représentanls? Peut-il, dans un gouyemement représentatif, retenir l'autorité qu'il leur a confiée? Hors de l'Assemblée nationale, il n*y a que des indi» vidus qui n'ont le droit de s'exprimer que par des pétitions- Le peuple est, souverain qu.md il élit; il jouit de sa souveraineté quand ?ps r(^presenlanls décrètent. »
Il faut aussi lire à la suite de cette lettre de Dupont de Nemours la réponse que Pétion publia après révénement (Histoire parlementaire, U XIY, p. 90 à 402). Ce morceau donne une idée parfaite de ce personnage, qui s'encensait tui-môme avec une fatuité ingénue, qui se déclarait à chacune de ses phrases un magistrat modèle, un administrateur habile, prévoyant et disert. On ne saurait trop étudier ce type de l'avocat do province, enivré de ses succès au présidial de Chartres, de ses triomphes dans les salons et dans les boudoirs de sa petite ville, et qui, transplanté tout d'un coup sur un plus grand théâtre, se croit destiné à jouer tout à la fois le rôle de LauzuUf de Sully et de Guise. Mais , ce qui peut le mieux donner une Idée exacte de son incroyable outrecuidance, c'est le récit qu'il a laissé du retour de Yarenues, l'une des pièces les plus ca-
Lf? 20 JUIN 1792,
L'arrivée des Suisses à Paiis détermina la muûici* palité à faire de nouvelles démarches auprès du département, qui ne lui avait point encore permis de publier son arrêté relatif à la fête. Pour vaincre les dernières résistances de l'autorité départementale, les meneurs adoptèrent la motion incidemment faite au club des Jacobins par Tallien, et reprise par Collot-d'Herbois. En fixant la date de la cérémonie au dimanche 15 avril, on déclara qu'elle aurait pour objet principal la liberté, et non plus les Suisses libérés des galères. D'autre part, afin de contrebalancer rinfluence des protestations qui arrivaient de toutes parts, Pétîon écrivit de nouveau au directoire « qu'il Y aurait mille fois plus de danger à empêcher la fête qu'on préparait qu'à la laisser aller à son cours naturel et paisible. »
ri(3u>os quo nos recherchos nou^ aient fait rencontrer; nous la donn-ins à la fin de ce volume. vaniîoux ol ridicuio officier municipal insinue que cette sainte, que l'on appelait madame Ëlisaboih, a voulu le séduire et jouer avec lui le rôle deCircé; il parle de cette femme si pure et si chaste en des termes que ron croirait empruntés aux pass^t^es les plus érotiques de la Nouvelle ttéloise.
LL iU JUIN 17U^i.
Le département céda de guerre lasse. Par son arrêté du 12 avril, il chargea la municipalité de Paris de continuer de veiller avec la plus p^rande attention à ce que, à Toccaston du rassemblement projeté pour le 15 de ce mois, il ne se passât rien qui pût blesser le respect dû aux lois, aux autorités constituées, à la dicrnité et à la sûreté des citoyens ^
5aiis plus tarder, la municipalité envoya aux soixante bataillons et aux quarante-huit sections un arrêté signé PàtioUy maire, et Dvjoly^ secrétairegreffier, par lequel étaient réglées les mesures d'ordre nécessitées par la léte. Elle se contentait d'interdire toute exhibition d*armes dans « cette belle journée, » où le peuple, comme elle disait, ne devrait se réunir que pour « se livrer aux sentiments de la joie et de l'alléc^resse. »
Les journaux anarchistes en étaient donc arrivés à leurs fins; ils devaient naturellement célébrer leur victoire par un redoublement de violence, li s' agissait pour eux de servir aux passions populaires, fortement excitées par l'ardente polémique des dernières semaines, un breuvage d'une phis âcre saveur que de coutume. Ils ne s'en firent fruité. Voici quelques-unes des pages que l'auteur du Père Duchcsnc consacra à célébrer ti ioniplie des Suisses de Cbàteauvieux. Par cette seule citation, on pourra
4. Àrrèlé signé : La Rochefoucauld, prêi»idont; BIondeK secrétaire. — Cilé in extenso dans y Histoire parlementaire , t. XIV, p. 403-nO.
jager à quel paroxysme de fureur et de dévergondage en étaient déjà arrivés à cette époque les gazetiers ultra-révolutionnaires.
(( Malgré Veto, nous avons brisé leurs fers; à sa barbe et à son nez, les soldats de Gh&teauvieux vont être conduits en triomphe. Je ci ois rapcrccvolr à travers sa jalousie comme le jour de la fête de Voltaire ; c'est alors qu'elle rugira comme un tigre encbainé, de ne pouvoir s'abreuver de notre sang.
« Les voilà, s'écriera-t-elle, ces victimes échappées à ma rage. En vain mon fidèle Blondinets d'accord avec son cousin Bouillé, aiu*a-t>il manigancé le mas- ^ sacre de Nancy, en vain m'aura-t-il promis de faire expirer sur la roue tous ces Suisses rebelles à mes volontés, et qui refusèrent de massacrer le peuple de Paris, ce peuple que j'abhorre et dont j'ai tant de fois juré inutilement la perte.
u Voilà, f..., n'en doutez pas, les gentillesses qui sortiront de la g de M"* Veto quand elle contemplera la fête que nous préparons aux Suisses de Ghâteauvieux ; mais pour la faire crever de dépit, il faut nous surpasser dans cette journée, f.». I Dans l'ancien régime, quand il naissait un petit louveteau, c'était un remue-ménage de b... dans Paris. Ce n'étaient que fontaines de vinaigre, que cervelas de cheval. La famille Veto, qui faisait alors son jouet du peuple, quoiqu'il fût son maître, son sou-