Voir les numéros 4110 et \n du Fêre Duekeme, M* Louis
LE 20 JUIN 1 70ti.
A propos de cette fête on avait, depuis un mois, tant parié dans les clubs et sur les places publiques, on avait couvert les murailles de tant de placards, on avait sur tous les tons, dans les vingt journaux jacobins qui se partageaient la faveur des ultrarévolutionnaires, si bien chanté les louanges des Suisses de Gbâteauvieux, que tout le monde vouldt voir ce qui avait été Tobjet d'un si formidable tapage.
Les ordonnateurs de la fête axaient naturellement choisi un dimanche; ce jour-là, et surtout dans les premiers beaux jours du ])rinteinps, les masses désœuvrées sont toujours très-avides d'un spectacle qui ne doit rien leur coûter, et dont le récit et les incidents feront le sujet de toutes les conversations pendant la semaine. Le programme, tel que nous Favons donné plus haut, était complètement changé.
Blanc donne fl »ns son Ifi^fnire de la Rf'volulion (t. VT, p. 314) un oxtrait d(» cos nitMiios aiticips, ot flôtrit à cctto occasion ff rignobl^ Hi'»horl et son journal ordurier, qu il faut bien citer quelquefois, dit-il, pour être juste et malgré le dégoût qu*OD éprouve. »
Il n*y avait plus ces tableaux vivants qui d*avaTice avaient si fort scandalisé les aniis de la décence publique; ils ne furent écartés cette fois que pour reparaître plus brillants et plus nombreux « lorsque le triompbe de Tanarchie fut complètement assuré. En revanche, et pour que le public n'y perdit rien, les quarante hommes qui devaient porter les chaînes des galériens étaient remplacés par « quarante vierges, » lisait-on dans le nouveau programme.
Au jour indiqué, amis et ennemis des Jacobins, oisifs et curieux, obser\'ateurs silencieux et désolés, démagogies avinés, braillards et turbulents de toute espèce, s'étaient donné rendez-vous dans les rues que devaient parcourir ces triomphateurs destinés à retomber le lendemain dans la plus complète obscurité.
Le cortège se trouva réuni vers midi à la Bastille. Ses stations principales furent : F Hôtel de Ville, où il recueillit le maire et un grand nombre d'ofticiers municipaux ; TOpéra, qui occupait alors la salle de la Porte-Saint-Marlin, et dont Torchestre, placé sur une estrade, exécuta le chœur de la Liberté et la ronde nationale; la place Louis XV, où quelques députés se mirent dans les rangs, et entin le Champ de Mars, terrain choisi pour la cérémonie principale et les réjouissances populaires.
La marche était ouverte par un groupe portant les bustes de Voltaire, de Rousseau, de Franklin et de Sidney» II éXsii formé, prétendait-on, d'Américains
et d'Anglais, sans doute les mêmes qui avaient servi
de comparses à Anachaisis Clootz dans la ridicule eihibition qu'il avait faite à la barre de FAssemblée constituante ^
Ensuite paraissaient deux sarcophages réunis Tun à l'autre au moyen d'une banderole sur laquelle étaient inscrits ces mots : « Bouillé et ses complices sont mih eoupahles! » Sur ces sarcophages on lisait les noms des gardes nationaux ou Suisses qui avaient péri à l'affaire de Nancy.
Une bande de quatre-vingt-trois sans-culottes suivait, faisant flotter des bannières, sur chacune desquelles on lisait le nom de l'un des départements qui, de la sorte représentés, donnaient à la cérémonie jacobine le caractère d'une fête nationale. Derrière ces sans-culottes se pressait une multitude de citoyens et de citoyennes des diverses sections , en-