‹ Le 20 juin 1792Chapitre 10 sur 47 · Il paraît que Clootz voulut renouveler celte même parade · texte numérisé non relu

Il paraît que Clootz voulut renouveler celte même parade

devant rAssemblée lé^rislaiive. Nous avons trouvé la lettre suivante, qui peint admirablement le personnage et démontre sa folie. Cet homme tut cependant pris au sérieux par la France d'alors, puisque deux départements ( Saône-et-Loire et Oise) le nommèrent,» quelques mois plus tard , leur repré* sentant à la Convention nationale.

« AU CHBP-LIEU DU GLOBE, LB 2i AVRIL DE L'AN IV.

c Législateurs,

cr n s*agit de la liberté du ^nre humain, permettez à son

« orateur de se présenter devani vous : je serai laconique^ car « le temps est venu de parler,

« Anaghaesis CiiOotz, orateur du genre humain* »

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cadrés dans deux files de gardes nationaux sans armes, msus qui, conformément au programme, tenaient à îa malu an épi de blé. Ces épis n'étaient pas plus mûrs pour la moisson que ceux qui les portaient n'étaient mûrs pour la véritable liberté. La fête dont ils étaient les acteurs n'était en effet que le prologue de Tanarcbie. Les hommes de bon sens s'en aperçurent tout de suite; trop tard le reconnurent bon nombre de ceux qui battaient des mains au défilé de toutes ces idylles en action , inventées et préconisées par les Hébert, les Collot et les Robespierre.

Puis Tenaient le Livre de la Comiitutiofiy la Table

de la dérluration des droits^ portés entre deux rangées de soldats-citoyens. Par cet étalage de la légalité matérielle, on mettait à couvert la responsabilité des magistrats municipaux qui suivaient Timage du pacte fondamental sous la conduite du maire de Paris. Sans doute, ces magistrats, auxquels s étaient mêlés quelques députés, n'étaient point revêtus de leurs insignes, mais leur présence seule montrait en quel mépris la loi , qu'on proclamait inviolable, était déjà tombée. Les représentants des sociétés patriotiques, des Jacobins, des Cordeliers, les précédaient, les entouraient et paraissaient les absorber, ce qui n'était pas encore absolument vrai, mais ce qui allait bientôt l'être.

Cette longue file d'autorités légales et illégales était suivie de l'objet principalement offert à l'admi-

ration du peuple : une galère. Car, dans cette fureur d'abatUe tout ce qui avait été houoré jusque-là et de réhabiliter tout ce qui avait été méprisé, on avait résolu de donner la place d'honneur au signe de Tinfamie.

Âutoui* de cette galère s'enroulaient, « comme une couronne de fleurs» » suivant les expressions du poétique Tallien, « les quarante vierges » qu'il avait choisies. Les soldats de Ghâteauvieux les suivaient. Us étaient mêlés à dessein avec des ci-devant gardesfrançaises qui, pour exciter de plus chaleureuses démonstrations , avaient endossé leur ancien uniforme, et portaient le drapeau, les clefs et des pierres de la Bastille.

La marche était fermée par un char que traînaient vingt-quatre chevaux blancs et cpii se terminait en forme de proue (toujours pour rappeler la galère). Une statue colossale de la Liberté y était assise sur une chaise curule. Devant elle, comme devant les idoles antiques, Fencens fumait. De la main droite elle monUail au peuple le bonnet louge ; de Taiitre, que tenait-elle? un bouquet d'épis de blé? Tépée de la loi? non ; une masmet N'était-ce point assez sîgnihcatif? Sous ses pieds, selon la coutume, un joug était brisé. Au-dessus d*elle planait la Rçnommée annonçant au monde : La France est libre l

Le cortège s'arrêta au Champ de Mars; la foule des spectateurs qui s'y était accumulée ne manqua pas d'exprimer, par de chaleureux applaudissements.

LE 2U JUIN 179i,

combien sa curiosité s'estimait satisfaite. La Table de la déclaration fut posée sur Tautel de la Patrie; auprès d'elle oa rangea les divers drapeaux et emblèmes; le char de la Liberté fut traîné au son de la musique autour de Tautel. Kniin, l'ordre de la marche fut rompu, et les citoyens et les citoyeanes exécu* tërent les danses et les farandoles les plus patriotiques.

Marie-Joseph Chénier était Fauteur des devises et

des inscriptions offertes aux regards de la foule; il avait versifié les chœurs patriotiques qui avaient été chantés aux diverses stations de cette procession d*un nouveau genre, destinée à* inaugurer un nouveau culte, celui de la licence. Au même moment, son frère, André Chénier, dénonçait Tanéantissement des lois dans des ïambes où Tironie la plus sanglante se mêle à la poésie la plus sublime. La fête soi-disant patriotique ne dura que quelques heures, les ïambes sont restés immortels et vengeront amplement, dans les siècles futurs, la morale, la raison et la justice si indignement outragées ce jour-là par Gollot-d'Herbois et ses acolytes. Aux yeux des littérateurs et des

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poètes, ils rappellent les chefs-d'œuvre dont Archiloque et Juvénal ont enrichi Tantiquité; aux yeux de l'historien , ils sont un admirable résumé de la situation que subissaient, en 1792« les vrais amis de la liberté. C'est le dernier cri de douleur d'une ftme libre qui voit s'évanouir ses illusions , à la lueur de l'incendie allumé par Tégale fureur des deux partis extrêmes qu'elle s* est épuisée à combattre.

Hélas! pourquoi faut-il se rappeler que ces vers jiiagnifiques coûtèrent la vie à leur auteur, et que les modernes tyrans se vengèrent, comme les tyrans de l'antiquité, en envoyant à la mort le poëte qui les avait bafoués I

Salut, divin triomphe I entre dans nos murailles,

Rends-nous eus guerriers illustrés Par le sang de Desille et par les funérailles

De tant de Français massacrés.

Jamais rien de grand n'embellit ton entrée :

Ni quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la >foùte sacrée

Où la gloire donne un tombeau ; Ni quand Voltaire mort et sa cendre baaiiie

Rentrèrent aux murs de Paris, Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie

Prosternés devant ses écrits.

Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,

£t ce beau jour luira bientôt :

Cest quand tu conduiras Jourdan ^ à notre année

4* Il s'agît ici de Jourdan Goiipe-(étd, le chef des assassins

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