‹ Le 38me fauteuil ou Souvenirs parlementaires [microforme]Chapitre 11 sur 18 · LA · texte numérisé non relu

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dent que les prix n'ont guère baissé. Il était entendu que les candidats tenaieut table ouverte, que les libres et indépendants électeurs mangeaient et buvaient à leurs dépens. Des centaines sinon des milliers de piastres passaient dans ces gogailles. Aux principaux cabaleurs, il fallait donner beaucoup d'argent, seulement le menu fretin se plaignait qu'il leur collait aux doigts. M. Girouard aime à citer un phénomène, un homme excepticnnel, qui mériterait d'avoir le prix de vertu s'il n'avait pas été inventé pour les femmes. Il avait remis à M. Louis Cousineau, cultivateur de Saint-Laurent, une somme de cinquante piastres pour des fins électorales, et celui-ci, n'ayant pu réussir à tout dépenser honnêtement, lui en rapporta une partie. Tant de probité devait être récompensé, et M.

Girouard qui le savait grand priseur, lui présenta une superbe tabatière en argent massif avec une inscription commémorative. Ce brave électeur est le père de notre estimable concitoyen, M. Ludger Cousineau.

Aux élections de 1876, M. Girouard rédui-

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sait la majorité de M. Laflamme à 28 voix.

Sa troisième lutte en 1878, est incontestablement la plus fameuse. On s’en souviendra tant qu'il restera un électeur dans la province. Les deux concurrents se battirent comme des lions. Ils sentaient qu'une lutte suprême s'engageait, que celui qui tomberait sur le carreau y resterait. (C'est ce qui arriva. Le vaincu ne se releva pas de sa chute.

Au mois de juin, M. Laflamme convoque une grande assemblée de comté à la Pointe- Claire, qui était son château-fort, et invite M.Girouard à aller l'y rencontrer. M. Girouard était bien trop chevaleresque pour éviter un pareil tournoi. Il nolise même un vapeur pour y transporter ses amis. Le public s'attendait à une prise homérique, titanesque, aussi étaitil accouru de toutes parts. Il y avait là au moins cinq à six mille personnes rangées en deux camps tout comme en un jour de bataille. M. Pierre Charles Valois, un libéral écarlate, fut appelé à la présidence ; il était aussi le président de l'élection, mais la mort

devait l'enlever peu après. Ceux qui pré-

voyaient une grosse tempête pour ce jour-là, avaient été bons prophètes. Deux heures se passèrent avant que les candidats purent s’entendre sur l’ordredes discours.—“ M. Girouard doit parler le premier, disait M. Laflamme.

Il est venu ici pour nous mettre en accusation, je suis prêt à l'entendre.” —" Pardon, ripostait M. Girouard, vous avez convoqué cette assemblée, et dites-nous pourquoi; vous êtes le député du comté, rendez compte de votre conduite, et je parlerai ensuite.”—Et la foule qui prenait parti pour l'un ou l'autre, suivant l'homme de son choix, hurlait à qui mieux mieux. Profitant d’une accalmie, M. Laflamme s'écria :—“ J'en appelle au président !” Et les rouges d’applaudir. Ce n'était pas malin, puisque le président était un de ses fanatiques. M. Valois décida que M. Girouard devait parler le premier, mais celui-ci qui ne voulait pas céder, répondit fièrement :—“ J'en appelle au peuple !” Le mot était adroit. Et les bleus d'acclamer à leur tour. De la tribune la poudre enflamma la multitude, à tel point

que l'on put craindre, à maintes reprises, que

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l'on ne passât des vociférations aux coups.

C'est à peine heureusement s'il y eût des

égratignures. Finalement, M. Laflamme dut

céder et prendre la parole. M. Girouard riposta vigoureusement, puis quelques-uns des bons lutteurs des deux partis continuèrent le combat. La brunante seule mit fin à ce débordement d’éloquence.

M. Girouard ne se contenta pas de haranguer les électeurs. Il se mit aussitôt à l'œuvre et prépara un terrible réquisitoire contre le gouvernement libéral et W. Laflamme en particulier. ‘“ Quelques faits pour les électeurs du comté de Jacques-Cartier,” tel en est le titre. Ce travail répandu par milliers d'exempiaires, eut du retentissement dans toute la province. Il ne se compose pas d’imprécations, mais d'actes d'accusation puisés aux sources officielles, et que chacun pouvait vérifier. L'auteur semble avoir eu le pressentiment de ce qui allait arriver, car il mettait les électeurs en garde contre la falsification des scrutins.

Le 17 septembre 1878, avait été le Sédan

du parti libéral. Les candidats de M. Mackenzie furent balayés aux quatre vents depuis Charlottetown jusqu'à Vancouver. A la nouvelle de cette incomparable victoire, bien des gens se demandèrent comment le comté de Jacques-Cartier avait voté. M. Laflamme, ministre de la justice, serait-il plus épargné par les électeurs que M. Blake lui-même ?

Ce fut donc un grand désappointement quand nous apprimes que M. Girouard avait contre lui une majorité de 14 voix. Chacunse disait qu'il méritait d’être à l'honneur après avoir été tant de fois à la peine.

M. Girouard prenait philosophiquement son parti de son échec, quandile lendemain, il reçoit un message d'un de ses partisans de Sainte-Anne de Bellevue, lui disant qu'il est

véritablement l'élu du comté, qu'on lui a tout

simplement volé son élection. M. Girouard

se rend sur les lieux en toute hâte, et là 44 électeurs déclarent sous serment qu'ils ont voté pour lui au poll No 2. Ce nombre fut porté à 58 au cours du procès qui s'ensuivit.

Comme l'on n'avait compté que 14 bulletins

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