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pour M. Girouard et 148 pour M. Laflamme, il était facile de voir qu'une immense fraude avait été commise. La population entoure M. Girouard, lui fait une ovation, et il s’engage à ne rien négliger pour découvrir les imposteurs.
M. Girouard demande la vérification des scrutins. Ce travail est présidé par le juge McKay et ne dure pas moins de quatre jours. M. Cornwallis Morck, fils ainé du juge Monck—avocat brillant trop tôt enlevé à ses amis — représente M. Laflamme et oppose une énergique résistance à toutes les prétentions de son adversaire. Vains efforts, le juge efface cette majorité illusoire de 14 voix, et proclame M. Girouard élu par 2 voix, quand sans l'escamotage de Sainte- Anne, il en avait certainement plus de cent.
La nouvelle se répand comme un éclair.
Les conservateurs qui luttent depuis six ans avec une énergie admirable, sont dans la jubilation. Enfin la victoire flotte sur leur drapeau! Ils organisent une proces-
sion, une procession de plusieurs centaines
de voitures. fanfares en tête, bannières déployées, pour escorter leur député à travers le comté. Le vainqueur que l'on est allé chercher à sa résidence de Dorval est conduit par quatre chevaux blancs. De Lachine il se rend à Saint-Laurent, la paroisse la plus conservatrice du comté, puis à Sainte-Geneviève, puis à Sainte-Anne. C’est une marche triomphale. Chaque paroisse, réunie à la porte de l’église, présente une adresse de félicitations à M. Girouard, par la bouche du maire ou d’un notable, tandis que le beau sexe le couvre de fleurs. Jamais, au dire des assistants, le comté n’avait encore été témoin d’une pareille démonstration.
Seuls les électeurs d'Ottawa ont pu faire plus grand quand,le 18 septembre 1878,ils célébrèrent par une illumination générale et une procession interminable le triomphe du parti conservateur et des cinq députés élus dans la capitale et les comtés avoisinants. M. Girouard dut avoir oublié ce jour-là l'amertume de ses trois défaites. Roses jetées sur un chemin semé de bien de ronces et d'épines !
LE 38m FAUTEUIL
Si M. Girouard est élu, quatre semaines se s'écoulent sans que le mystère de Sainte- Anne s’éclaircisse. C’est en vain que les fins limiers de la police se sont mis en chasse, ils sont revenus bredouille. L'on se perdait en conjectures quand un bon jour un libéral rencontre M. Girouard et lui dit: “Je suis un honnête homme. Or je ne puis vous cacher ce que je sais. Une fraude a eu lieu à Sainte-Anne. [J'ai entendu dire dans un salon par une femme que vous connaissez bien, et qui en faisait des gorges chaudes— un secret tourmente une femme plus qu’une colique, a dit un malin -—que la boîte du scrutin a disparu pendant Îa votation, et que l'on a alors tripoté les bulletins. Interrogez ceux qui vous représentaient au poll, et vous découvrirez le reste.”
Or, ces derniers étaient M. Jérémie Crevier, huissier, et M. Joseph Lumina Daoust, marchand. A la faveur de ce renseignement, M, Girouard leur dit : “Je m'explique tout maintenant. La boîte du scrutin a disparu pendant
votre absence du bureau de votation. Je vous
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