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parcouts,un panorama d’un grandiose ravis-
sant. À la tête du lac Huron, on se croirait dans les Mille Iles, avec la différence que la plupart sont couronnées de montagnes. Les deux lacs sont séparés par les rapides du sault Sainte-Marie que j'ai sautés en 1884 en très aimable compagnie, pendant que les canotiers chantaient gaiement £x roulant ma boule. Le lac Supérieur est une véritable mer ; toute la Grande-Bretagne pourrait y prendre un bain. Les côtes que l’on perd souvent de vue présentent de sauvages beautés. A l'extrémité nord s'élève l’étonnante baie du Tonnerre,ct à côté la petite ville de Port Arthur, qui s'échelonne sur des hauteurs. En 1880,le Pacifique ne transportait pas encore les voyageurs, de cet endroit à Winnipeg :
aussi M. Girouard dut aller prendre le Northern Pacific, puis le Saint-Paul, Minneapolis & Manitoba, qui faisait la correspondance à Pembina avec le chemin du Pacifique.
Tout ce pays impressionna favorablement le député de Jacques-Cartier. Les prairies lui arrachèrent des cris d’admiration et le ren-
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dirent presque poétique, lui pourtant si positif. Elles ont pu être décrites plus brillamment mais pas d’une façon plus correcte. Recueillons son hommage à ce grand œuvre du Créateur :
“Aussi loin que l'œil peut porter,vous voyez des champs fertiles couverts de verdure, et à plusieurs endroits de riches moissons. Vous diriez que vous êtes au milieu d'un vaste océan terrestre et les rares habitations qui apparaissent par ci par là semblent comme des vaisseaux en pleine mer. Presque pas d’arbres dans toute cette région, si ce n’est une légère lisière le long des rivières et ruisseaux. Il semblerait que le Créateur n'a voulu rien de petit au Nord-Ouest. Il a taillé les lacs grands comme des mers. Le panorama des côtes de ces lacs est peut-être ce qu'il y a de plus imposant en ce genre dans l'univers. Et puis enfin, lorsque vous arrivez audelà, vous trouvez un monde nouveau, qui ne parait pas avoir été fait comme le reste du globe. Vous voyez que la population y manque, et cependant vous pouvez à peine
croire qu'elle ne s'y trouve pas. Vous vous imaginez facilement que cette vasie région, embrassant plus de trois cent millions d'acres de terre, vous vous imaginez, dis-je, que tout cet immense pays » été un jour couvert d'une immense populatiur, qu'un déluge ou un incendie aurait fait disparaître, ne laissant derrière que le sol prêt à recevoir la charrue du laboureur. Cette population viendra : elle a commencé à s’y rendre ; elle arrive tous les Jours,et,sans être prophète;il est facile de prévoir que dans un avenir plus ou moins rapproché, les prairies de l'Ouest et du N ord-Ouest, seront plus peuplées et le plus riches que n'importe quelle autre partie de la terre.”
M. Girouard passe la belle saison dans sa superbe résidence de “ Quatre-Vents ” À Dorval. C'est là qu'il vient retremper ses forces, chercher un repos salutaire. La villa se compose d'une vaste construction en pierres aux galeries spacieuses. Elle porte bien son nom, car elle se dresse sur les bords enchanteurs du lac Saint-Louis qui lui apporte ses
brises rafraîchissantes. En face, surgissent,
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comme autant de corbeilles de verdure, les trois îles Dorval, qui étaient connues du temps des Français sous le nom d'îles Courcelles.
C'est là qu'habitait I: fameux gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, sir George Simpson, dont le nom vivra tant que le Nord-Ouest existera. À l’entour, un parc, des bosquets et des jardins magnifiques. C'est bien là la v2//a urbana des Romains.
“Quatre Vents” a été témoin de plus d'une fête, de plus d’une réunion charmante. Mais l'année 1884 est probablement celle qui a le plus réjoui ses échos. Le 1° juillet, la fanfare de Lachine a pour habitude d'aller fêter le député du comté. Cette fois les musiciens accompagnaient toute une députation d’électeurs, qui venaient présenter de superbes cadeaux, comme preuve d’une inaltérable confiance : une canne à pommeau d’or pour M.
Girouard et un jonc en diamant pour sa digne femme, Le Dr Paré se fit l'interprète des électeurs français, et M. C. P. Davidson, aujourd'hui juge de la Cour supérieure, parla au
nom des électeurs anglais. Cette démons-
les tration fut le signal de bien d'autres. M. Gi-
ps rouard visita ensuite chacune des paroisses
du comté, et partout il fut reçu par les
de conservateurs et beaucoup de libéraux avec ge un enthousiasme auquel il dut étre extrêmele ment sensible. N'est-ce pas là la meilleure rc, récompense de l’homme public ?
est Le 2 juillet, les élèves survivants du cours de 1850 du collège de Montréal et leurs ne anciens professeurs, au nombre de quatorze, , ais se réunissaient sous le même toit hospitalier, le sur l'invitation de M. Girouard, pour resserire rer leurs anciens liens et parler des choses le du passé. Quelques-uns même ne s'étaient ns Pas revus depuis vingt-cinq à vingt-neuf ans. eC- La fête fut charmante et se termina par un ca- grand dîner, M. Girouard nolisa un yacht à n- Vapeur qui conduisit ensuite ses hôtes chez M. M. l'abbé Jasmin, curé de Beauharnois, l’un ne des leurs. C’est dire que la fête se continua les sous les auspices de cet excellent prêtre que iu- la mort nous a ravi depuis, au Comme il est rare que de bonnes idées ns-
n'éclosent pas en pareille occasion, le 4 juillet
suivant,ces messieurs adressèrent une lettre à M. l'abbé Colin, éminent supérieur du séminaire de Montréal, dans laquelle ils lui suggéraient de convoquer un conventum de tous les anciens élèves de cette grande maison, qui a été une véritable pépinière d’archevêques, d'évêques, de prêtres, d’hommes d'Etat, de littérateurs, d'avocats, de mé. «ins et de notaires distingués. Acceptée avec enthousiasme, l’idée fut mise à exécution l’année suivante, et ceux qui ont été témoins de cette fête incomparable n’en
oublieront jamais le souvenir.
Forsam et hœc olim meminisse juvabit.
Le deuil côtoie la joie. Les derniers
échos des fêtes de ‘“ Quatre Vents ” avaient * «ne retenti, qu'un terrible incendie ü : at une partie de la ville
de Lachine. 1. Girouard avait accepté de ses électeurs un “banquet public qui devait lui être offert le 30 juillet, à Saint-Laurent, mais à la nouvelle du désastre, il n’hésita pas à renoncer à ce témoignage d'estime pour
prier le comité d'organisation de consacrer le montant de la souscription aux victimes de l'incendie.
M. Girouard a un culte pour tout ce pays dont il connait l’histoire Jusque dans ses plus petits détails. Le célèbre Cavelier de la Salle est le véritable fondateur de Lachine : c’est de ce poste qu'il partit pour les découvertes qui devaient l'immortaliser.
Ce seul titre suffisait pour lui mériter son attention. Où se trouvait la maison qu'il avait construite en 1666 avant de partir pour ses voyages ? M. John Fraser a maintes fois prétendu dan; les journaux qu’elle était située sur la propriété qu'il occupe présentement.
Il vient même d'écrire un livre à cet effet.
M. Girouard soutient le contraire d’une façon qui paraît concluante.
En 1880, les citoyens de Lachine résolurent de commémorer le centenaire du terrible massacre du 5 août 1689, alors que 1500
[roquois, voulant venger une odieuse trahison du marquis de Donneville, gouverneur de la
colonie, traversèrent le fleuve à la faveur
d'une nuit orageuse, et exterminèrent plus de deux cents personnes après avoir commis les plus atroces cruautés. M. Girouard fut choisi comme l’un des orateurs du jour, ce qui nous a valu une étude pleine de renseignements nouveaux et curieux, puisés aux sources les plus authentiques. “ Le vieux Lachine et le massacre du 5 août 1680, ” tel est son titre. Plusieurs gravures représentent Cavelier de la Salle, le fort Rémi (1671), les maisons de quelques-uns des premiers habitants, Jacques Le Ber, Charles LeMoyne de Longueuil, des Cuillerier, la vieille église bâtie en 1701. En outre, une liste des habitants en 1680, des victimes du massacre, une carte de la côte de Lachine, du fief Lasalle en 1689, etc. Cette étude a valu à M. Girouard des éloges flatteurs de la part de Parkman et Sulte. Si tous ceux qui s'occupent de raconter les choses du passé mettaient autant de soin à préparer leur travail, Joseph de Maistre n'aurait pas écrit que l’histoire est une immense conspiration contre la vérité,
M. Girouard a été ainsi amené à fouiller
les archives de la Juridiction Royale de Montréal, qui couvrent 57 gros volumes de plus de 1000 feuillets chacun, soit la période de 1720 à 1759. Frappé de leur importance, de leur richesse, du peu de soin que l'on apporte à leur conservation, M. Girouard écrivit une longue lettre à l'honorable M. Taillon, alors procureur général de la province, pour engager le gouvernement à protéger ces reliques du passé contre tout danger de destruction dont elles peuvent être menacées par vétusté ou par le feu. “ Vous ne pouvez, disait-il, vous former une idée de l'importance de ces archives, au point de vue de l'histoire politique et judiciaire de notre province. Vous y trouvez tout le vieux monde français du Canada, les écrits et la signature de presque tous les habitants qui pouvaient écrire ou signer, depuis le plus illustre représentant du roi jusqu'à son plus humble sujet, les gouverneurs du Canada, les
gouverneurs des Trois-Rivières et de Mont-
réal, les membres du Conseil Supérieur, l'évé-
que de Québec, les officiers de l'armée, les
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intendants, les lieutenants civils et criminels, les messieurs de Saint-Sulpice, les greffers, notaires et huissiers royaux, les chefs de communautés religieuses de femmes et d'hommes, les seigneurs, les négociants, enfin tous les notables du temps et grand nombre de simples colons dont les descendants forment la
population canadienne-française de nos jours.
‘“ J'ai regretté que cette partie importante de nos archives nationales fût abandonnée dans nos voûtes, où l'humidité a déjà détruit plusieurs manuscrits et finira par détruire le reste. Vous savez d'ailleurs ce que valent ces voûtes, lorsqu'elles sont chauffées par un grand incendie. Quand je songe qu’un grand nombre des archives et registres de Québec sont brulés et que le même accident peut arriver aux Trois-Rivières et à Montréal, je ne puis m'expliquer que nous n'ayons encore
rien fait pour en assurer un dépouille-
ment intelligent, ce qui pourrait être accom-
pli en deux ou trois ans par un commissaire
familier avec l'histoire et les lois du pays, as-
sisté d'un ou deux copistes habitués aux écritures anciennes.”
Cette lettre à paru intégralement dans le rapport du secrétaire d'Etat de la province
pour l'exercice de 1886-87, et a reçu sa pleine
approbation. Sauvons nos archives ! C’est un trésor inestimable, l’un de nos plus beaux titres de gloire. Il ne faut pas seulement le dire ou l'écrire, mais agir en conséquence.
Sur. ce point le devoir des autorités est tout tracé.
M. Girouard porte l’un des noms les plus anciens et les plus respectés du pays. Chacun connait par réputation le patriote de Saint- Benoit et le fondateur du séminaire de Saint- Hyacinthe. Ce nom ne paraît pas destiné à s'éteindre de sitôt, car l'on vit vieux dans la famille Girouard qui compte je ne sais combien d'octogénaires. Notre héros en a même dressé tout l'arbre généalogique avec pièces justificatives.
Le fondateur de la famille, Antoine Girouard, émigra de France au Canada en 1606, et remplit pendant quelque temps à Mont-
réal les fonctions de secrétaire de M. de Ramezay, gouverneur de la colonie. Sa signature dont j'ai vu un fac-simile ressemble à s'y méprendre à celle du député de Jacques- Cartier. Il eut 8 enfants, son fils Henry 13, son petit-fils Julien 18, et son arrière petit-fils Jérémie, père de notre héros, 8.
M. Désiré Girouard s'est montré digne d'une pareille lignée. Marié trois fois, il a eu 9 enfants, dont trois fils : l'aîné, Emile, réside à Paris depuis plusieurs années, le second, Percy, élève du collége militaire de Kingston, occupe un poste important dans le service impérial à l'arsenal de Woolwich, et Désiré, qui fait actuellement ses études de droit, sera bientôt l'associé de son père.
J'ai parlé des causes importantes auxquelles le nom de M. Girouard a été mêlé.
Journaliste, je ne saurais oublier qu'il a pris part à maints procès où les journaux se trouvaient en jeu, notamment le procès de l'honorable M. Laflamme vs le #az/, le procès de feu le sénateur Trudel contre le Monde, et que d'autres ? Il vient de gagner
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un procès retentissant : celui de la Compagnie d'Imprimerie de la Minerve vs le fermier du journal. L’ayant vu de près dans.
cette cause qui a passionné le public pendant des semaines entières,je puis attester de son savoir, de sa clairvoyance, de son dévouement.
Je prédis que le jour où M. Girouard quittera le trente-huitième fauteuil, ce sera pour remplir l'une des plus hautes charges auxquelles puisse aspirer l'avocat. Bien des clients le regretteront ce jour-là, mais les La Fontaine, les Morin et les Caron, qui acceptèrent la magis trature après de longues années de service public, auront trouvé un successeur digne d'eux.