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seconde délibération du bill, lorsqu'à la séance du 23 février 1882, il vit arriver une requête de 300 des femmes les plus distinguées de Montréal. La rédaction de son bill avait été modifiée de façon à parer les objections qui lui étaient venues de Rome et d’ailleurs. Le premier article rapportait toutes les lois prohibant le mariage d'un homme avec la sœur de la femme défunte. L'ancien bill déc-était que dorénavant un homme pourrait légalement épouser la sœur de sa femme défunte. L’article relatif au frère de la veuve avait été aussi supprimé.
Le bill ne fut même pas discuté tant il était favorablement accueill. Le vote donna comme résultat: pour 137, contre 34. Parmi la minorité l'on comptait 10 dé-
putés français : sir Hector Langevin, sir Adolphe Caron, MM. Geoffrion, Ouimet, Bourbeau, Montplaisir, Vanasse, Olivier, Désaulniers et Fiset. Le Sénat ne fit guère de résistance et adopta par 37 voix contre 12 le bill de M. Girouard. L’honorable M, Pelletier fut le seul sénateur français qui vota
pour ; les honorables MM Bellerose, Armand, Chapais, Girard, Paquet, Pozer et Trudel formaient la majorité de la minorité.
Le bill légalisant les mariages entre beauxfrères et belles-sœurs était devenu loi. M.
Girouard doit compter cetriomphe comme le plus beau qu'il ait remporté au Parlement. Il avait réussi à obtenir l'adhésion du Sénat alors que le prince de Galles, le patron de cette mesure, n'a pu encore convertir la Chambre des lords à ses vues. Il est vrai qu'il lui a manqué seulement quatre voix pour que son bill passât en 1877. L'exemple du Sénat éariadien sera invoqué là-bas pour en assurer le succès définitif. Ce n’est pas la première fois que nous servons d’éclaireurs au Parlement britannique. — Demandez-le aux Juifs que nous avons admis dans nos chambres longtemps avant qu'ils aient pu franchir l'enceinte de Westminister.
Au reste, M. Girouard a toujours donné sa plus sérieuse attention à cette grave question du mariage. Il a écrit dans le Mouveau-
Monde je ne sais combien d'articles sur ce
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sujet. Dès 1868, il publia même une brochure : ‘“Considérations sur les lois civiles du mariage ”, qui fut très favorablement commentée dans la Xevue de Droit International el de Législation Comparée, publiée par plusieurs jurisconsultes éminents à Gand, Belgique. M. Girouard prétendait, en somme :
1° que le mariage, pour être valablement contracté, doit être célébré par le propre prêtre ou ministre des parties, ou avec son autorisation écrite ; 2° que le mariage des prêtres ou religieux morts civilement, même contracté après abjuration, est invalide ; 3° que le mariage, célébré à l'étranger par des personnes domiciliées dans le Bas-Canada, en fraude des lois du Bas-Canada, est invalide dans ce dernier pays ; 4° que le divorce d’un mariage canadien à l'étranger n’est pas valable ; 5° que le code civil du Bas-Canada gardant le silence sur le mariage de ceux qui n'ont pas de religion, il faut en déduire que pour se marier en Bas-Canada, il faut être
chrétien.
Peu de députés ont pris une part aussi ac-
tive, aussi importante, aux mémorables débats qui allaient passionner la Chambre et le pays au sujet des troubles du Nord-Ouest.
Pendant des mois M. Girouard s'enfouit dans les livres bleus, les mémoires, les journaux, pour étudier les causes du soulèvement des Métis, leurs griefs, vrais ou fictifs, et faire la part des responsabilités des deux grands partis qui se disputent la confiance publique.
Ce prodigieux travail nous valut un discours de six heures, qui fut écouté avec un extrême intérêt, malgré sa longueur, tant chacun désirait se renseigner et démêler le vrai du faux dans les flots d'encre et de paroles que cette question faisait couler.
M. Girouard occupa pour la circonstance le 38"° fauteuil, m’ayant confié la tâche de le suivre à travers le vaste champ qu'il allait explorer. M. Blake avait discouru cinq heures et trois quarts sur cette même question.
C'était énorme, vu la rapidité avec laquelle il parle;rapidité qui n’était surpassée que par M. Landry, député de Kent, aujourd’hui l'un des juges du Nouveau-Brunswick. Comme
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M. Girouard avait amassé d'immenses matériaux qu’il importait de mettre au jour, il fut convenu qu'il allait montrer à M. Blake que la droite n'avait rien à lui envier sous le rapport des connaissances et des poumons. Un grain comique se mêle souvent aux choses les plus graves. Lorsqu'il eut parlé à peu près le même temps, M. Girouard me dit tout bas que ses jambes menaçaient de lâcher prise, mais je lui intimai qu'il fallait tenir bon un quart d'heure encore. Je lui passai la fameuse lettre du Père André dans laquelle il dénonçait Riel dont il fit plus tard un martyr, et l'orateur la commenta d’une façon bien sentie. Elle se prêtait à une péroraison. Bref, la victoire était à ce prix. M. Girouard ne termina que lorsqu'il eut un discours de six heures à son crédit. Enfoncé le chef de la gauche!
Ce discours a été mis en brochure et ne couvre pas moins de 80 pages in-8°. Bien des passages mériteraient d’être reproduits, bien des points pourraient être mis en relief. Je n’en veux indiquer qu'un seul. Il porte sur le
vif même de | question.
Pourquoi après tout, Métis et sauvages, écoutant un soi-disant prophète, un illuminé, ont-ils pris les armes? C'est qu'ils avaient faim, que leurs anriens moyens de subsistance leur manquaient, que, vivant de pêche et de chasse, ils ne pouvaient s'improviser cultivateurs. Malgré l'ambition effrénée de Riel, ils ne l'eussent pas suivi à la guerre sans ce changement radical dans leur état de vie.
Le principal auteur de la révolte c’est le bison... .disparu. Naguère, cet animal errait par millions de la mer arctique au golfe du Mexique, les Montagnes Rocheuses lui servant de rempart à l’ouest. La statistique qui se fourre partout, estime qu'en 1815 il y avait bien 10,000,000 de bisons des deux côtés de la frontière canadienne. Les chemins de fer, en introduisant la civilisation dans les pays qu'ils fréquentaient, ont été en même temps leur plus puissant engin de destruction, On calcule que au moins un million de ces bêtes furent tués par nos voisins de 1875 à 1880.
Un entreprenant chasseur du Yellowstone les
massacrait même à coups de canon Gatling.
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Or, le bison jouait un grand rôle dans l’ex-
istence du Métis et du sauvage. Sa chair
leur fournissait la nourriture, la peau leur donnait le vêtement, les couvertures de lits et de cabanes, les nerfs devenaient des cordes pour les arcs, et les cornes servaient d’ornements ou étaient transformées en ustensiles de cuisine. Quand on le vit disparaître aussi rapidement, ceux qui s'intéressent au sort des Métis et des sauvages se demandèrent si les uns et les autres n’allaient pas être menacés de la famine. Ecoutons un missionnaire de la Saskatchewan, qui écrivait au journal le Aé#s, en date du 15 septembre 1875 : ‘“ Il est vraiment inquiétant de voir les bisons diminuer à vue d'œil! Encore quelques années et le gouvernement aura sur les bras ces différentes tribus du Nord-Ouest, qui lui demanderont de quoi les empêcher de mourir de faim.” La même année, les Métis fondèrent même un gouvernement provisoire à Saint-Laurent, dans le but avoué de protéger le bison et d'obtenir une grande réserve pour la chasse. Ce gouvernement avait pour président
Gabriel Dumont, le futur lieutenant de Riel, mais un détachement de la police à cheval mit bientôt fin à son existence. L'année suivante, 120,000 bisons étaient tués. On démontra de toute façon au gouvernement Mackenzie, dans les années 1874, 1875 et 1876, que le bison disparaîtrait bientôt à moins de mesures de protection. À chaque session, le Dr Schultz, député de Lisgar, attirait l’attention publique sur ce point. Il s'appuyait de l'autorité du Révd. P. Lacombe qui déclarait que, sans une loi préventive, il n’y aurait plus de bisons dans dix ans. Cette loi était bien simple: il s'agissait de défendre la chasse du 1 novembre au 1 mai, la période de la gestation, et d'empêcher qu'on ne tuât les veaux. Avec cinq années de ce régime, on aurait pu, suivant le Père Lacombe, repeupler les territoires à chasse.
Malheu:eusement rien ne fut fait, le gouvernement Mackenzie promit sans tenir, et il en résulta que ses successeurs recueillirent le fruit de son incapacité. Quand les conservateurs arrivèrent au pouvoir à la fin de l’année
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1878, le sort du bison était réglé, il n’en restait plus que quelques bandes éparses. Que ceux qui cherchent jes causes de la révolte de la Saskatchewan n'oublient pas celle-là !
Quoique M. Girouard eut énergiquement dénoncé la révolte, il est de ceux qui combattirent ensuite la sentence de mort prononcée contre Louis Riel. Une exécution politique était une fiute à ses yeux, puis l'état mental du condamné laissait de graves outes. Plusieurs des journaux conservateurs, très mal inspirés, avaient aussi convaincu le public que la clémence royale ne serait pas refusée au chef métis. J'étais à cette époque à Paris, le médecin m'ayant enjoint, à la suite de l’interminable session de 1885—elle dura six mois—de : m'éloigner complètement de mes affaires. Les échos de l'agitation arrivaient jusque-là, et l’on aurait pu se croire à Montréal tant la presse française se passionnait à ce sujet. Certains journalistes radicaux qui ne manquent jamais l’occasion de manger de l'anglais s'en donnèrent à belles dents. Henri Rochefort alla même
jusqu’à insulter la Reine, tout comme si elle était pour quelque chose dans nos affaires.
Je signai une rectification dans plusieurs des
grands journaux de Paris. Je partis pour revenir au pays sans savoir si la sentence serait commuée ou non, les rapports du Æ2oaro, du Gaulois et du Matin.étant absolument contradictoires. Je voguais même en pleine mer quand l’échafaud de Régina se dressa le 16 novembre 1885.
Après l'exécution, sir Alexander Campbell, ministre de la justice, publia un mémoire pour justifier la conduite des autorités fédérales. M. Girouard prit la plume pour lui répondre. Sa lettre qui porte la date du 7 décembre 1885, fit le tour de la presse.
Il ne tarda pas cependant à se séparer des auteurs du mouvement rielliste. Les libéraux s'étaient jetés dans la mêlée sous prétexte de fonder un parti national; mais il devint évident que la vengeance de Riel leur importait beaucoup moins que l'anéantissement du parti conservateur.
Ur petit bout d'oreille échappé par malheur Découvrit la fourbe et l'erreur.
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M. Girouard voulut cependant rester logique et quand M. Landry présenta sa motion pour blâmer l'exécution de Riel, il lui donna son adhésion. Au début de son discours, il expliqua les raisons de son attitude sur cette émouvante question. ‘“ Je n'ai pas
l'intention, dit-il, de prolonger le grand débat
qui vient d’avoir lieu. Je désire seulement expliquer le vote que je vais donner contre le gouvernement. J'ai pris cette résolution le 13 de novembre dernier, lorsque je me suis joint à seize amis et partisans du gouvernement dans la province de Québec pour transmettre à l'honorable premier ministre le télégramme suivant : “ Dans les circonstances actuelles, l'exécution de Louis Riel serait un acte de cruauté dont nous repoussons la responsabilité. ”
“ Ayant été élu comme conservateur et étant conservateur de principes, j'ai cru que je ne pouvais pas arriver à cette conclusion sans consulter mes commettants. C'est ce que j'ai fait à la première occasion, le 15 novembre, la veille de l'exécution. Je leur ai
que ion
ce noal
dit que, dans les circonstances, il n'y avait pas de lien de parti assez fort pour me retenir en face de l'exécution de Louis Riel et que j'offrais de leur remettre mon mandat.
Mes électeurs m'ont répondu qu'ils approuvaient unanimement ma conduite, ils ne se sont pas contentés de cela, ils ont télégraphié immédiatement au premier ministre qu'ils approuvaient à l’unanimité la ligne de conduite que j'avais suivie.
‘“ En votant ainsi contre le gouvernement je n’entends pas changer mes opinions politiques. Je suis en faveur de la politique nationale et de la construction du chemin de fer canadien du Pacifique. Pour calmer les inquiétudes de l’honorabie député de Lincoln (M. Rykert), je puis lui dire que je n'ai pas l'intention de retirer aucune des propositions de mon discours de six heures. Si j'étais d'opinion que le gouvernement est la cause première de la rébellion du Nord-Ouest, comme les libéraux de la province de Québec l'ont dit dans leurs assemblées avant l'exé-
cution, je blâmerais le gouvernement non
seulement d’avoir pendu Riel, mais de ne pas lui avoir accordé une amnistie complète. L'on sait que je n'ai jamais été de cette opinion, Je n’ai jamais prétendu que Riel était un héros, je l’ai toujours considéré comme un lunatique, et je blâme le gouvernement de ne pas l'avoir traité comme tel. C'est la raison pour laquelle j'ai pris part à l’agitation qui a eu lieu dans la province de Québec. ”
Si le député de Jacques-Cartier montrait son indépendance en votant contre le gouvernement, d'autre part cette profession de foi conservatrice n'était pas de nature à flatter leslibéraux. Aussi ne tardèrent-ils pas à éclater en imprécations et à le poursuivre de leur vengeance. Et quand survinrent les élections de février 1887, ils entreprirent contre lui une lutte formidable. Un autre
moins aguerri, moins tenace, moins solide-
ment ancré dans la confiance publique, aurait succombé. Mais l’homme qui avait terrassé M. Laflamme après trois luttes homériques, sut encore écraser la coalition rielliste
ne par une majorité de deux cents voix.
m- C’est l’une des plus belles victoires de cette té campagne qui eut pour fâcheux résultat d’afdu faiblir les forces nationales, d'amoindrir notre n- influence dans les sphères fédérales, de provole quer des représailles contre les minorités franne çaises d'Ontario et de l'Ouest, et de partaris ger en deux la province de Québec, autrefois 0- si unie, si attachée au drapeau conservateur. Les devoirs multiples de sa profession it n'ont pas permis à M. Girouard, dans ces u- derniers temps, de prendre une part très acle tive aux débats. Il a accepté cependant la préde sidence du comité des privilèges et élections, à qui est chargé de toutes les matières qui affec- Le tent l'honneur, la dignité et l'indépendance de 6 la Chambre. À la dernière session, il était l’un it des principaux membres de la commission e spéciale qui a amené la retraite du général » Middleton. Le rapport qui a été adopté à it l'unanimité est en partie son œuvre.
é À travers cette vie si remplie, si laborieuse, " M. Girouard a trouvé moyen de faire plusieurs e voyages en Europe et aux Etats-Unis. Peu
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de Canadiens ont des Etats du Sud une idée aussi juste et aussi complète. La Louisiane, qui fut une terre francaise, devait l'intéresser tout spécialement, et, dans une série de lettres adressées au Vouveau-Monde, hiver 1870, il traça un tableau très animé, très couleur locale, mais ‘bien navrant des conséquences de la guerre qui avait ensanglanté la patrie de Beauregard.
M. Girouard fut aussi l'un des premiers parmi les députés de la province à aller étudier les besoins, les ressources et les possibilités des territoires du Nord-Ouest.
Il entreprit ce voyage dans l'été de 1880, alors que le chemin de fer du Pacifique était en pleine voie de construction. De Montréal il se rendit à Sarnia par le Grand-Tronc, puis il s'embarqua à bord du steamer Manitoba, qui franchit en quelques jours le lac Huron et le lac Supérieur.
M. Girouard a raison de vanter les charmes de ce voyage, le plus beau, le plus varié, le plus pittoresque du continent. C'est l’océan sans sa majestueuse monotonie. Sur tout le
dée ine, ser res o, il leur