‹ Le 38me fauteuil ou Souvenirs parlementaires [microforme]Chapitre 6 sur 18 · LEA · texte numérisé non relu

LEA

LE 35w FAU TEUIL

tribune. Quelqu'un demandait un jour à Disraéli, alors jeune homme, à quel rôle il se destinait.-— À devenir premier ministre d'An: gleterre, répondit-il. M. Royal dut éprouver la même ambition. Aussi étouffait-il dans cette machine pneumatique qui s'appelle le service civil, et, risquant tout, il ne tarda pas à offrir sa démission pour retourner à ses premières amours. [l redevint journaliste en attendant d'être homme d'Etat.

De Ià Ja naissance du Vouveau- Monde, en l'an de grâce 1867. Le journal était profondément conservateur, mais il était surtout l'organe de ceux qui posaient pour la plus pure orthodoxie. Sa Grandeur Mgr Bourget et une forte partie du clergé du diocèse de Montréal lui accordèrent leur haute protection. Aussi quar.d surgit le mouvement des zouaves en 1868, M. Royal crut de son devoir de figurer au premier rang. Il fut même l’un des secrétaires du comité qui organisa une croisade en faveur du pouvoir temporel du Pape—qui restera comme l'une des

plus belles pages de notre histoire.

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Je nouai connaissance avec M. Royal après qu’il eut fondé le Vouveau-Monde — il est essentiellement fondateur ;—j'étais entré à la Minerve par le poste le plus modeste, celui de traducteur des dépêches de nuit, ce qui ne m'empêcha pas d'être le copain du rédacteur en chef d'alors, ce brillant Provencher, qui était l'ami intime de M. Royal. Si les chambres que nous occupions au No 82, rue Saint- Urbain, pouvaient varler ! Il arrivait pourtant que ces messieurs se portaient de rudes bottes dans leur journal respectif. Heureusement, il n'est guère de gens moins vindicatifs que les journalistes. Ils songent plutôt aux coups du lendemain qu'à ceux de la veille.

Mais gare à ceux quis’y exposent. Napoléon disait qu'il craignait plus sept gazettes que sept mille baïonnettes. Je suis de son avis.

M. Royal fut toujours une bonne fourchette, et je n’ai pas oublié les petits dîners fins chez le père Etienne, un brave Français, qui fut le copiste de l'abbé Faillon quand il écrivit l’Arstoire de la Colonte française en Canada. Là venaient festoyer Mousseau, Sicotte,

les deux David, Olivier et Achille, Royal, Dansereau, Rainville, Montpetit, et maints autres, qui composaient la fine fleur du temps. Il n'était pas de question d'actualité qui ne fut passée au crible. Les incursions dans l’antiquité n'étaient pas rares non plus, leurs souvenirs classiques étant encore tout frais.

M. Chapleau qui déjà faisait parler de lui, présidait |

La plupart de ces messieurs ne discutaient pas seulement à table. ils rompaient des lances à l’Institut Canadien-Français, où ils savaient s'instruire et instruire le public en reprenant les mêmes questions qu'ils avaient effleurées entre la poire et le fromage. Je fais exception pour M. Dansereau qui se préparant à la diplomatie, a toujours cru que le silence était d'or. De bonne heure il s’habitua à écouter! Talent rare.

MM. Royal et Provencher se rencontrèrent ensuite au Manitoba. Le premier se lança dans la politique, et l’autre administra les sauvages. Quand je pris la direction de la Minerve en 1880, M. Provencher, qui avait

quitté le service du gouvernement, devint mon principal collaborateur. Une interversion de rôles. Toujours journaliste, M. Royal créa le Métis (1871) qui a été le précurseur du Manitoba, et l'écho fidèle des droits de nos compatriotes de là-bas. Plus tard il confia la rédaction du journal à mon frère Elie, qui était aussi traducteur à la Chambre et surintendant de l'instruction publique. Pour se tirer d’affaires en ces temps primitifs, il fallait mener plusieurs besognes de front.

De ce jour, M. Royal devint l’homme politique par excellence du Nord-Ouest. Le comté de Saint- François-Xavier s’empressa de l’élire au mois de décembre 1870, puis autant de fois qu'il le fallut. C'était toute une affaire que d’être candidat à cette époque.

Souvent il fallait entreprendre la campagne électorale par des froids rigoureux, pérorer en plein air quand le thermomètre marquait 40 degrés au-dessous de zéro. Par bonheur, M. Royal était solide sur les étriers et capable d’endurer les plus grandes fatigues. Quand les féniens menacèrent d’en-

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vahir Manitoba en 1871, ne s'était-il pas mis à la tête d’un corps de cavaliers ? Et s'ils ne furent pas taillés en pièces, c’est qu'ils furent invisibles. Dispersés sur une vaste étendue, les électeurs s’attendaient à une visite à domicile de la part du candidat, et peut-être aussi à ce qu'il n'eut pas la main vide de présents. Les Métis qui formaient le gros de la population, n'étaient pas très faciles à persuader. D'un caractère mobile et soupçonneux, ils voyaient avec plus ou moins de défiance les nouveaux venus de la province de Québec, qui, suivant beaucoup d’entre eux, prenaient la place de leurs hommes.

Quelle adresse il fallait pour gagner leur confance |

M. Royal passa par tous les honneurs : il fut tour à tour orateur de l’Assemblée législative, secrétaire provincial, ministre des travaux publics et procureur-général. Lui aussi avait été surintendant de l'instruction publique, et quand l'université de Manitoba fut érigée il en devint le vice-chancelier.

La députation manitobaine était peu initiée

s à aux lois et coutumes parlementaires. Mais ne MM. Royal, Girard et Dubuc, tous trois ent arrivés à des postes supérieurs, se trouue, vèrent là pour planter les premiers jalons. do- Nommé premier ministre en 1873, alors que tre l'honorable M. Morris était lieutenant-goure verneur, M. Girard forma même le premier s Ja gouvernement constitutionnel. Il est rare ne qu'on ne trouve pas un nom français à la oùs source de nos libertés. La grande charte de n'a-t-elle pas été rédigée dans notre langue ? dé On doit à M. Royal presque toute la légistre lation fondamentale du Manitoba : la loi des es. jurés, la loi des municipalités de comté, la loi on- de l'administration de la justice, la loi élec-

torale. la loi des élections contestées, et que si d’autres ? On lui doit surtout l'admirable sys- Lx. tème de l'instruction publique (187:)—-une a: | copie perfectionnée de la loi de Québec— jui que des fanatiques, les Greenway, les Martin Du et autres, veulent aujourd'hui détruire pour fut mieux opprimer les catholiques et les Fran-

çais. Il est rare que ce jeu ne finisse pas par iée détruire ceux qui le pratiquent. Ceci tuera

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178 LE 38m lAUTEUIL

cela! Au mois de mai 1877, il était chargé avec le juge en chef Wood—l'ancien ‘“ Big Thunderer ” de la Chambre des communes —de préparer la refonte des statuts de la province.

M. Royal fut ministre de 1872 à 1870.

Quoiqu'il ne fut pas le chef du cabinet, il ne cessa d’en être l'âme dirigeante. À la Chambre, c'était lui qui supportait le gros de la lutte, maniant avec une égale facilité la langue anglaise et la langue française. Il excellait à dominer une difficulté, à soulever un point d'ordre, à invoquer un précédent, à ajourner

une question embarrassante, à dérouter les

adversaires. La pratique parlementaire est un merveilleux outil pour les initiés. Tout cela demande du tact, de l'étude, beaucoup d'étude... et combien en ont ? art nantes Peu ont autant contribué que lui à détruire le fameux Clarke, à la carrière accidentée.

Cartier qui avait pourtant la main assez heureuse dans le choix des hommes, fit un mauvais présent à Manitoba le jour où il la dota de ce procureur-général. Clarke ne man-

é quait pas de faconde, mais il ne connut guère

g l'honneur. C'était un homme double, toujours >S prêt à trahir. Démasqué pour ses tripotages, a il s'empressa un bon jour de mettre la frontière

entre lui et la justice. Le fléau des saute- ). relles semble avoir disparu en même temps. Le M. Royal s'appliqua avec un tact cone, somimé à tenir unie la députation française, e, afin de lui donner la balance du pouvoir.

1e C'était la répétition du jeu de Cartier. Malà heureusement il se fit un jour une trouée at Ë dans les rangs, et l'influence française n'est er que l'ombre de ce qu'elle était. Le cabies net provincial ne compte même plus un seul n | ministre français après en avoir eu deux. C'est la une période d'arrêt seulement. Nous n'avons

é- ] pas dit notre dernier mot là-bas.

Pendant plusieurs années, il fut le collègue

e de feu l'honorable M. Norquay, un Métis 6. | écossais d’une grande habileté, d'une éloeZ quence remarquable, d'une stature imposante. n Tous deux excellaient à venir demander des a better terms au gouvernement fédéral, et, ce

qui vaut mieux, à les obtenir. — Vous nous avez

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LE 38m

enlevé nos terres, s'écriaient-ils —c'est le gouvernement fédéral qui en a la possession tandis qu'elles appartiennent ailleurs aux anciennes provinces, —eh bien, donnez-nous des compensations ! Le budget est là .pour attester qu'ils ne criaient pas dans le désert.

Les deux alliés se brouillèrent toutefois au commencement de la session de 1879, en mai. M. Royal ayant donné sa démission, profita de la première vacance causée par la nomination de l'honorable Joseph Dubuc, comme juge de la Cour du Banc de la Reine à Manitoba, pour poser sa candidature à Provencher. Plutôt épris de la politique que de la magistrature, il avait décliné le grand honneur que M. Dubuc venait d’accepter. M. Dubuc est un de mes anciens compagnons d'armes de la Minerve. Il y faisait de la traduction en même temps que M.

Alderic Ouimet. Coup de la fortune, nous fûmes tous trois élus, le 17 septembre 1878, pour trois provinces différentes : Québec, Ontario et Manitoba. M. Royal gagna son élection d'emblée au mois de décembre

1879, puis fut réélu par acclamation en 1882. Aux Communes, le nouveau député se fit remarquer par son affabilité, son esprit de travail, ses vues larges, et ses connaissances étendues, notamment sur le Nord-Ouest. La députation du Manitoba le traita bientôt coinme son chef, tant sa supériorité s'imposait. Feuilletez les Débats, et vous trouverez qu'il a eu son mot à dire sur la plupart des questions qui concernent un pays où tout était à créer.

La baie d'Hudson est-elle navigable ou non pour les fins commerciales ? Le problème n’est pas encore résolu. Mais la question ayant passionné les Manitobains qui voyaient là un nouveau débouché pour leurs produits et un contre-poids au monopole du chemin de fer du Pacifique, M. Royal ne fut pas lent à proposer la nomination d'un comité chargé d'en faire l'étude. Le discours que le député de Provencher prononça en cette occasion, mériterait d'être cité intégralement; j'en citerai

quelques passages :

“ La Chambre n'est pas sans connaître le

mouvement qui se fait depuis quelque temps dans la province de Manitoba et qui a pour objet la navigation de la baie d'Hudson.

Commencée en octobre dernier, alors que les cultivateurs de Manitoba voyaient leur blé déjà endommagé par des gelées hâtives, subir une nouvelle et plus cruelle dépréciation par la ligue des meuniers, cette agitation ne s’est pas arrêtée à la surface du mal. Le pays s'est couvert de réunions populaires dans lesquelles on a étudié les origines du désastre qui frappait l’agriculture et menaçait d'en arrêter à jamais l'élan, la prospérité. Ligue de marchands de grain, association de meuniers, tarifs exhorbitants de transport de Winnipeg aux ports de l'Atlantique, monopole de l’unique voie ferrée du Pacifique canadien, privation d'un débouché facile, et peu coûteux et toujours sûr de toute l’immense superficie arable de l’ouest américain et canadien, telles furent les questions soulevées et discutées dans la presse et sur les #usfines. À une situation si pleine de menaces il fallait une

solution énergique ; à un si grand mal il fal-

lait un non moins grand remède, On discutait l'avenir de nos magnifiques possessions de l'Ouest : que dis-je? c'était l'avenir même du Canada qui se trouvait mis en jeu.—D'un commun accord, le peuple se prononça pour la construction d’une voie ferrée qui reliât Winnipeg à la baie d'Hudson et raccourcit de 1500 milles le transport des blés et des bestiaux de l'Ouest sur les marchés de la vieille Europe.

‘“ Ce mouvement a gagné le sud de nos frontières. Les cultivateurs du Dakota, du Minnesota et de l’'Iowa souffrent du même mal qui menace leurs collègues du Manitoba ; ils se sont assemblés dernièrement à la Grande Fourche (aujourd'hui Grand Forks), et ont adopté le principe au milieu de l'enthousiasme général. “ Construisez cette voie, “ ont dit à nos compatriotes les orateurs amé- “ ricains, et non seulement vous vous emparez “ du mouvement de la récolte de votre “ immense pays, mais vous forcez le culti-

“ vateur du nord du Minnesota et du Mon:

“ tana à vous confier le transport de ses ‘“ grains et de ses bestiaux.”

“Il s'agit de déterminer la longueur de la période durant laquelle les eaux du détroit et de la baie d'Hudson sont navigables pour les grands transatlantiques du commerce. Les uns affirment une chose, les autres une autre ; la plus grande divergence d'opinions règne sur ce point. Beaucoup sont d'avis que les immenses coulées des glaces qui descendent à la suite de l'hiver vers l'Atlantique, aussi bien que le caractère des marées, seront à jamais

un obstacle aux communications régulières

entre la baie d'Hudson et les ports de l'océan.

Un certain nombre affirment d’un autre côté

que, depuis 1610, époque de la découverte de

la baie, les navires n'ont pas cessé de fré-

quenter ces eaux chaque année, et nous avons

à cet égard le témoignage des employés de

la Compagnie d'Hudson. Quoiqu'il en soit, il

ressort de ces différentes assertions qu'il existe

un certain temps de l’année pendant lequel la

navigation y est aussi sûre que dans le golfe

Saint-Laurent. Qui ne sait qu'avant le perfec-

tionnement de notre système de navigation du Saint-Laurent, avant l'établissement des phares, des signaux d’alarme, avant les cartes marines, avant l’'admirable

et coûteux système de télégraphie côtière

dû aux efforts patriotiques de l’'éminent député de Gaspé (Dr Fortin), la navigation du golfe Saint-Laurent était regardée pour le moins comme aussi difficile et aussi dangereuse que l’est aujourd'hui celle de la baie d'Hudson ?

“ La cause de l'agitation qui règne à l'heure qu'il est dans l'Ouest provient du fait que ces vastes contrées, qui sont essentiellement agricoles, sont situées à des distances énormes des débouchés maritimes. Elles occupent le centre de l'Amérique septentrionale et forment l'immense et riche bassin compris entre les Laurentides et les Montagnes Rocheuses. Arrêtées par ces deux formidables barrières au levant et au couchant, les eaux de ce bassin, aussi grand que l'Europe, vont se jeter au nord dans la baie d'Hudson ; —au sud, elles courent se joindre

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au Mississipi qui coule vers le golfe du Mexique. La nature qui ne se trompe pas, semble avoir par là même indiqué à l’homme la route à prendre pour communiquer avec le reste du globe. Atteindre les marchés d'Europe avec le plus de rapidité et aux moindres frais possibles, tel est le problème du jour pour le colon de l'Ouest ; —et si l’on arrive à établir que la navigation de la baie et du détroit d'Hudson est libre pendant une saison de trois à quatre mois, ce grave problème aura été résolu, et le Canada aura ajouté une immense attraction de plus à la colonisation de ses millions d’acres de plaines fertiles.”

La proposition de M. Royal provoqua plusieurs intéressants discours de la part de MM. Dawson député d'Algoma, Watson, député de Marquette, Casey, député d'Elgin- Guest, Orton, député de Wellington, sir John Macdonald, l'honorable M. Blake. Le comité chargé de cette étude se composa de MM. Scott, Ross, Watson, Dawson, Abbott, White (Cardwell), Woodworth, Foster, Paint, Brecken, Casey, Macmaster.Riopel et Royal. Les quatre

députés de Manitoba (le chiffre est maintenant de cinq) se trouvaient à en former partie.

M. Dawson s’est beaucoup occupé de tout ce qui regarde l'Ouest et le Nord-Ouest.

Aussi modeste que savant, il est l’un des membres les plus instruits de la Chambre.

11 lui manque de la voix pour imposer l'attention. Ses discours gagnent à la lecture. Ingénieur de grand mérite, &n lui doit la construction de la route Dawson, la première route à travers les bois que suivirent ceux qui émigrèrent à Manitoba, en passant par Port- Arthur. C’est aussi la route que prirent les

troupes du général Wolseley quand elles se frayèrent un chemin à la Rivière-Rouge pour

mettre fin au régime Riel. Elles n'atteignirent

leur destination qu'après une marche pénible de quatre-vingt-dix jours à travers les forêts, les lacs et les prairies. Le chemin de fer nous transporte aujourd’hui du lac Supérieur à Winnipeg en moins de deux jours. Quel progrès |

L'opinion de M. Dawson a donc grand poids. Selon lui, la baie d'Hudson est libre

toute l’année, sauf sur un certain espace, le long du rivage où elle est gelée l'hiver. Ce qui entrave la navigation c’est le détroit, qui, d’après les rapports des marins et des pécheurs, est complètement bloqué par la glace durant certaines années. Cette route serait non seulement un débouché pour le commerce, mais toutes les rivières qui affluent dans ia baie regorgent de saumon et de poisson blanc, tandis que l'on a trouvé de la morue en abondance dans le détroit. Et que d'autres éléments de richesse peuvent y exister! Telles furent les idées développées par M. Dawson, qui termina son discours en appelant la baie d'Hudson, cette grande mer intérieure, ‘“ la Méditerranée du Norü.”

Depuis, cette question a fait du progrès.

À la suite du rapport du comité, la Chambre vota un crédit de $200,000 pour faire des expériences quant à la navigabilité du détroit. Pendant deux années consécutives, 1885-86, le gouvernement organisa une expédition commandée par le capitaine Gordon, qui alla

visiter ces parages à bord du steamer A/ert.

Des postes d'observation furent établis en conséquence sur le détroit.

D'autre part, les promoteurs du chemin de fer projeté de Winnipeg à Churchill ont obtenu une subvention considérable du gouvernement. L'âme du mouvement est M:

Hugh Sutherland, ancien député de Selkirk.

Il ya mis toute son énergie et toute son temps. Bien des fois, il m'a causé de son projet avec une ardeur de croyant qui n'admet pas le doute. J'ai appris cependant à me défier un peu des croyants depuis le jour où M. Ferdinand de Lesseps. *‘ le grand Français,” me disait à Paris, au mois de septembre 1885, que le canal de Panama serait certainement achevé deux ou trois ans plus tard. M.

Sutherland réussira-t-il à intéresser le capital anglais, ce capital qui a bâti les deux tiers des chemins de fer des Etats-Unis et des vaisseaux qui sillonnent les mers ? Cela se peut, est probable même. Je suis de ceux qui pensent que le mot impossible n’est ni français ni anglais.

Attendons-nous donc, avant la fin du siècle,

je l'espère, à aller pêcher la baleine äans la

baie d'Hudson tout aussi facilement que l'on va prendre aujourd’hui le ouiananiche au lac Saint-Jean. Le jour où nous nous rendrons là-bas en chemin de fer avec tout le confort et le luxe du wagon-palais, les mânes d'Iberville, de Troyes, de Sainte-Hélène, de Maricourt, et de leurs vaillants compagnons, qui franchirent cette distance à la raquette, voilà deux-cent-cinq ans, devront tressaillir ! Nous ne traversero: . rivières, montagnes et précipices, que pour en admirer les sauvages grandeurs.

Je n'ai pas l'intention d’'exhumer ou de disséquer tous les discours que prononça M. Royal à mes côtés, mais le beau sexe aimera peut-être à savoir s'il est de ces novateurs qui désirent que le cotillon figure dans

le tourbillon de la politique.

Le croirait-on ? Le chef des conservateurs, sir John Macdonald, se prononça, à la session de 1885, en faveur du suffrage des femmes.

S'est-il inspiré des sentiments de lord Palmerston et de lord Beaconsfeld ? Il voulait

conférer d’abord le droit de vote aux veuves et aux femmes non mariées, en attendant l'application du principe général. Le premier ministre ne trouverait pas grâce aux yeux de madame Jacob Bright qui prétend que l'exception pratiquée aux dépens des femmes mariées est une tache au mariage.

Je ne fus pas de l'avis de sir John non plus que M. Royal. Les femmes sont trop l'ornement obligé de nos foyers, pour que je puisse les voir sortir sans alarmes de leur rôle de mères et d'épouses. Et si la femme intrigue contre le candidat de son mari, malgré l'injonction de celui-ci, que devient la promesse d'obéissance qu'elle a faite ?

Cette question souleva un gros débat et enfanta trente à quarante discours. Les femmes qui veulent voter, c'est je crois la très grande minorité, trouvèrent de nombreux et galants défenseurs. Pour nous gagner à leur cause, ceux-ci citèrent les territoires du Dakota, du Wyoming et de Washington, où les femmes prennent part à tous les droits et à toutes les charges du citoyen. Ils sou-

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tinrent même que les choses allaient là mieux qu'ailleurs.

Les femmes les plus illustres furent aussi invoquées comme preuve de la valeur du noble sexe auquel elles appartiennent : Sémiramis, Zénobie, Jeanne d'Arc, la libératrice de la France, la reine Elisabeth, Catherine de Russie, mère de trois empereurs, la reine Victoria, notre illustre souveraine. La princesse Louise avec qui j'en causais un soir, n'était pas du tout de cet avis, malgré l’art consommé avec lequel gouverne sa royale mère.

Dans la petite ville où je demeure, dit M.

McMullen, un des oracles de la gauche, nous avons eu la première expérience de femmes jouissant du droit de suffraÿe. Il y avait là cette année environ 54 veuves ou filles majeures, ayant le droit de voter pour les conseillers municipaux, et toutes sont allées au

poll. L'opération s'est faite sans le inoindre

inconvénient. On a dit que si le suffrage était

accordé aux femmes, des troubles sérieux pourraient éclater entre le mari et la femme.

Ceux qui sont mariés et qui connaissent la

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finesse et la ruse des femmes, savent qu'il y a plus d'hommes de joués par les femmes qu’il n'y a de femmes jouées par les hommes ; si vous procurez aux femmes l'avantage de voter, je suis convaincu que, profitant du scrutin secret, elles seront assez fines pour

convaincre leurs maris qu'elles voteront en

faveur de Thomas Jones, bien qu’elles soient.

décidées de faire triompher Jim Brown.

M. Royal ne craignit pas de donner la réplique à sir John, ce qui prouve une fois de plus que les conservateurs savent au besoin différer d'avis avec leur chef.

“Je regrette beaucoup, dit-il, d'entendre de tels arguments tomber de la bouche du premier ministre. Il a dû faire violence à ses principes, il a dû un moment s’aventurer hors des lignes du camp conservateur pour se passer la dangereuse fantaisie de faire du nouveau. Son projet de loi renferme à lui seul autant de démocratie qu'il nous en faut pour vingt ans à venir. Je crois de mon devoir de refuser de le suivre dans cette voie. Je reste où je suis.

‘“ L'honorable ministre proclame les bienfaisants résultats qu'aurait le vote de la femme dans les affaires de paroisse et dans les affaires municipales. Mais ce vote, pour être intelligent, suppose une profonde connaissance des questions à décider : la femme s’y est-elle préparée ? Où trouvera-t-elle les loisirs nécessaires pour le faire? Nos femmes canadiennes, Dieu merci! reçoivent une forte éducation religieuse et pratique dans leur jeunesse ; mais on ne leur parle ni de nolitique, ni de constructions d'église ou de presbytère, ni de questions de voierie, de cotisations ou d’assèchement de marais. Sans doute, la mère de famille, restée veuve à la tête d’une exploitation agricole, peut hériter des droits qu'avait son mari, et je comprends que l'Etat lui reconnaisse celui de voter sur ce qui touche aux questions d’école, par exemple. Il n’y a ici rien qui choque, rien qui renverse l’ordre de choses établi par la Providence dans toute société humaine civilisée. D'ailleurs cette sorte de suffrage existe dans notre pays depuis longtemps, bien qu’il soit une lettre

morte, Mais c'est du vote politique de la femme dont il s'agit en ce moment et que l'honorable ministre veut établir par son projet de loi.

“ Donner aux femmes le droit de suffrage parlementaire implique nécessairement l'introduction d’un nouvel élément d’études dans leur.éducation. Que dis-je ? Ne faudra-t-il pas remanier de fond en comble le programme d'enseignement de toutes nos institutions où nous avions pris la vieille et douce habitude d'envoyer nos jeunes filles se former aux leçons et à la pratique des vertus de leur sexe? Ce ne sont plus de douces et angéliques jeunes filles, ce ne sont plus des sœurs de charité, ce ne sont plus des mères de famille dont nous aurons dorénavant besoin, mais ce sont des femmes politiques que nous irons leur demander. Je préfère pour les femmes, et pour nous leurs maris, l'économie domestique à l'économie ‘politique. C'est là leur domaine ; elles y trônent avec mille

grâces et avantages sérieux, et elles y ont

assez à faire sans qu'on les charge encore du

soin troublant de diriger les affaires de l'Etat. Toute autre est la mission de la femme. Vouloir la changer c'est faire acte de socialisme. Vous parlez d'émancipation de la femme, vous voulez laffranchir des doux et graves devoirs qui ont formé jusqu'à ce jour son royaume incontesté, vous voulez la jeter dans l'arène où leurs maris se débattent tant bien que mal; eh bien, je le déclare, si pareille chose se faisait, il n’y aurait plus qu'à prononcer l'émancipation de l’homme.

“ Cette question a eu ses apôtres et ses disciples dans la république voisine aussi bien qu'en Angleterre, et sur le continent ; des femmes y ont pris part, femmes non mariées, femmes cherchant à partagér leur trésor non épanché d’affections entre leurs chats et la politique. On connait le résultat à peu près nul de ce mouvement. Nous convient-il à nous de le reprendre ? L'empire de la femme est déjà considérable ; leur autorité est quasi absolue en beaucoup de choses :

qu'adviendra-t-il si vous leur ouvrez le champ de la politique? Nous aurons tout bonne-

ment, en galants hommes, à leur céder la place.

“ Le très honorable premier ministre, emporté sans doute par son grand cœur, a donné la main en cette circonstance à un député de la gauche (M. Charlton), plus célèbre par le nombre de ses projets de loi sur la séduction que par les succès qui l'ont accueilli. Il a versé à gauche. Le principe de son bill est bon. Ce principe a des allures conservatrices qui doivent, ce me semble, plaire à la droite; mais on y sacrifie trop à la gauche dans les détails. Il appartient donc au parti conservateur de se déclarer opposé à l’introduction du suffrage politique de la femme dans nos institutions. Mais, dit-on, n'est-il pas raisonnable en Angleterre, par exemple, qu’une dame haute, riche et puissante, s'objecte à ce que son sommelier puisse déclarer par son vote si Sa Très-Gracieuse Majesté doit avoir à la tête de son cabinet M. Gladstone ou M. Disraéli, et qu'elle-même ne puisse jouir du même droit ? Que voulez-vous ? La première est une femme, et le second est un

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198 LE 38v FAUTEUIL

homme. Je ne viens pas nier ni le nombre, ni le mérite, ni le génie des femmes qui ont écrit leur nom dans l'Histoire : néanmoins, j'aimerais assez à savoir combien de membres de ce comité voudraient être ou avoir été les maris de pareilles femmes. Je connais peu d'hommes qui se résignent tout simplement à passer pour le mari de madame unetelle. On ne change pas impunément une condition de l'ordre social établie sur la nature même des choses. On dit encore : mais ce serait un bon point pour cette législature de rendre à la femme un hommage aussi solennel ; nous ne sommes pas ici pour faire acte de galanterie. Mes honorables collègues s’y occupent en dehors de cette enceinte de façon à éloigner tout reproche qu'on serait tenté oc leur adresser sur ce point. Non, ce n’est p:s mésestimer la femme que refuser de l'attirer dans nos luttes politiques ; j’en appelle à nos femmes canadiennes qui mettent tout leur orgueil à passer pour bonnes mères de famille.

‘“ Ainsi donc, prenons garde de jeter dans

ns

notre monde un nouvel élément de discorde ; gardons la femme sur le piédestal où l'ont placée ses vertus et notre affection ; que la paix du foyer ne soit pas violée par le tumulte assourdissant de la politique ; laissons à nos maisons d'éducation de continuer leur rôle sublime d'élever des mères de famille, et que l'on sache que cette Chambre professe pour les femmes une admiration d'autant plus grande qu'elies sont plus éloignées des fonctions publiques.”

Le vœu du député de Provencher fut exaucé. Il ne se trouva pas un seul député français pour préconiser le suffrage des femmes. Ceux d’entre eux qui prirent la parole se prononcèrent contre cette innovation avec beaucoup d'énergie. ‘ Je partage entièrement l'opinion du député de Provencher, dit M. Casgrain : la place de la femme est au foyer domestique, et moins elle se mêle aux luttes du monde, mieux c'est pour elle et pour sa famille ; si elle prend part à la politique ce sera au détriment «e son

intérieur. Je ne vois pas d'objection à ce

200 LE 38m FAUTEUIL

que les femmes votent à l'élection des marguilliers ou des commissaires d'école ; je ne leur enlèverais pas ce droit qui se rattache à l'éducation de la famille. Mais ne dépassons pas cette borne. ”

Le discours de M. Dawson eut du succès.

Le député d’Algoma est un célibataire endurci, et rien ne fait prévoir qu'une lune de miel doive se lever à son horizon. Il exprima des vues tirés originales. On a cu tort, dit il, de prétendre que la province d'Ontario est favorable au suffrage des femmes, sil est vrai que Québec y soit opposée. J'étais membre de la législature d'Ontario quand cette question fut décidée, et la majorité des

députés se prononcèrent contre. Si l'on ac-

corde le droit de suffrage aux femmes, je

voudrais qu'on leur donne un parlement à

te .

elles seules. Je doute, en effet, qu’elles aime-

raient à venir siéger ici. Pourquoi ne pas

faire comme chez les sauvages ? A l'épo-

que de l'occupation française, les sauvages

avaient deux parlements, le parlement des

chefs et des principaux hommes, et le parle-

ne

ment des femmes. Les femmes se réunissaient entre elles, discutaient leurs intérêts généraux et souvent elles faisaient prévaloir leur opinion. Après avoir plaisanté quelque temps sur ce ton, M. Dawson résuma sa manière de voir par la réflexion suivante : “ La femme devrait rester dans sa sphère propre et laisser aux hommes ce qu'il appartient aux hommes de faire, ”

Bravo, M. Dawson! La ‘sagesse même parlait par votre bouche, La Chambre fut tellement de son avis, que la question du suffrage des femmes fut renvoyée aux calendes grecques.

Avec quel plaisir Arnolphe aurait proclamé son triomphe :

Du côté de la barbe est la toute puissance !

Une terrible nouvelle allait faire aile le 38" fauteuil. Qui pouvait-elle plus intéresser que le chef des Français du Nord- Ouest ? Le 27 mars 1885, la Chambre apprenait que le Nord-Ouest était en feu, que

Louis Riel venait d'allumer la torche de la

guerre civile surles bords de la Saskatchewan, qu'elle menaçait de s'étendre avec la rapidité des feux de prairies, que les sauvages déterraient la hache de guerre, sous la conduite de Faiseur d'Etang et de Gros Ours, que le sang avait déjà coulé et que l’on pouvait s'attendre à toutes les horreurs d'une guerre indienne.

Sir John Macdonald déclara, en effet, que la veille 200 Métis avaient surpris le major Crozier, de la police à cheval, avec une troupe de cent hommes, au lac des Canards, et que ceux-ci avaient dû retraiter après avoir perdu douze des leurs outre onze blessés. C'était le premier coup de feu de la seconde insurrection montée par Louis Riel, un homme intelligent, remuant, mal équilibré, épris de gloire, capable de tou !

Ce n’est pas ici le lieu de raconter le soulèvement des Métis, leur résistance héroïque, leur défaite glorieuse, la fuite de leurs chefs, la prise de Riel, son procès, sa mort sur l'échafaud, Cette révolte mériterait un volume. Ce n'est pas non plus le lieu de dire: avec

quelle ardeur les volontaires canadiens se

sk

précipitèrent au combat pour rétablir l'ordre et la paix. Leur élan ne fut ralenti que par le regret d'avoir à combattre des frères. Si les troupes du général Middleton étaient arrivées cinq jours plus tard, me disait Mer T'aché, tout le Nord-Ouest aurait été mis à feu et à sang. Plusieurs des commandants étaient des membres de la Chambre, et chacun se rappelle le voile de deuil qui se répandit quand nous apprîimes la triste fin du colonel Williams, l'un des wips les plus aimés du parti conservateur. Chacun sait aussi que cette levée d'armes eut un retentissement profond dans tout le pays, aux Etats-Unis, jusqu'au delà des mers. Toutes les gazettes en parlèrent, même celles de Hollande !

Comme les chefs de parti aiment à faire flèche de tout bois, M. Blake s'évertua à rendre le gouvernement responsable de la rébellion. Il parla plus de cinq heures et demie, formulant un réquisitoire formidable, entassant toutes les accusations que pareille crise suggérait. Le pouvoir pouvait être

l'enjeu de cette crise ! Il n'était pas homme

204 LE 38m FAUTEUIL

à négliger une pareille chance. Sa harangue fut suivie de la motion suivante : ‘“ Résolu que dans l'administration des affaires du Nord-Ouest par le cabinet actuel, il s'est présenté des cas de négligence, de délai et de mal administration d'une nature grave dans les matières affectant la paix, le bienêtre et le bon gouvernement du pays.”

Un gros débat s’engagea sur cette motion.

Sir John Macdonald donna la réplique à M.

Blake, puis M. Laurier, M. Girouard, M.

Cameron (Huron), M. Mackintosh, M. Mills se jetèrent tour à tour dans la mêlée. Si les orateurs ne furent pas nombreux, ils furent terriblement longs. Le sujet s'y prêtait.

M. Royal termina le débat à une heure avancée de la nuit par un discours de quatre heures, que ses adversaires auraient bien voulu pouvoir raccourcir. C'était une voix autorisée qui s'élevait, la plus autorisée en la

matière. On ne pouvait mettre en doute ses

sympathies pour la cause métisse ; elles lui

étaient acquises depuis de longues années.

Quand Ambroise Lépine, l'un des chefs du

soulèvement de 1869-70, subit son procès sous l'accusation d'avoir tué Thomas Scott, c'est M. Royal qui l'avait défendu gratuitement en même temps que M. Chapleau, le plus grand criminaliste d'alors. Bien des gens paraissent avoir oublié cet acte de dévouement.

Comme on devait s'y attendre, le député de Provencher parla d'une façon très indépendante, remonta aux sources mêmes des troubles, tint compte de la difficulté que présentait le gouvernement du Nord-Ouest à une pareille distance et avec des communications aussi imparfaites, distribua le blâme sur les différentes administrations, trop souvent servies par des employés incapables ou prévaricateurs, tout en attribuant aux libéraux un rôle qui les fit trépigner de colère. A la fin de ce discours, plus d'un fut convaincu que les vrais coupables n'étaient pas tant les conservateurs que les libéraux ; seulement les ministres avaient récolté le vent de la tempête semé par leurs devanciers. Voici les conclusions auxquelles M. Royal s'arrêta :

‘“ Si dans les considérations que je viens de

présenter à la Chambre, j'ai réussi à donner une idée exacte des origines des premiers colons du Nord-Ouest, de leurs traits caractéristiques, du haut degré de prospérité et de bonheur qu'ils avaient atteint, de leur condition religieuse et politique ; si j'ai réussi à convaincre la Chambre que le peuple métis n'est pas une agglomération d'individus à demi sauvages, mais qui se distingue par sa grande humanité, sa rare hospitalité, son courage, son intelligence et sa moralité, j'aurai accompliune partie essentielle de ma tâche.

“ J'ai essayé de démontrer les causes éloignées et immédiates des troubles. La cause immédiate, c'est la conduite, c'est le langage, ce sont les actes de l'opposition.

Loin de moi d'accuser ce parti de déloyauté ; Je suis prêt à reconnaître ce qu'a fait l'administration Mackenzie pour le Nord-Ouest de 1873 à 1878, et j'admire l'organisation territoriale qui y fut introduite de même que le principe des écoles séparées : mais je m'arrête là. J'aiété membre du Conseil du gouver-

nement du Nord-Ouest, et je me souviens

que chaque fois que nous insistions sur la nécessité de quelque législation importante, telle que la reglémentation de la chasse du buffalo, les mesures à prendre au sujet de la petite vérole qui décimait les pauvres sauvages, et d’autres du même genre, Son Honneur le lieutenant-gouverneur Morris, qui présidait, nous faisait invariablemant la même réponse : “ Il n'y a pas de fonds !”

‘“ Hélas ! c'était l'ère des déficits, et le ministère de ces messieurs n'avait pas un sou à consacrer à de pareilles misères !-—II en fut de même pour la question des arpentages.

L'honorable premier ministre déclarait ici, l'autre jour, que de 1873 à 1878 le soin des intérêts du Nord-Ouest avait complètement disparu du programme du gouvernement de M. Mackenzie. Je ne suis pas entièrement de cet avis, car j'affirme que, dès le commencement, ce gouvernement refusa de reconnaître aux Métis des droits acquis, une existence à part, des priviléges distincts et importants. L'honorable chef de l'opposition

s'est ‘abstenu d'exprimer son opinion sur le

208 LE 38m FAUTEUIL

mérite des réclamations du peuple métis du Nord-Ouest ; le premier-ministre le lui a reproché avec raison : comment d’ailleurs aurait-il pu le faire ? S'il reconnaît des droits aux Métis, il admet par là même qu'ils ont de justes griefs; et alors qu'a fait le cabinet dont il fut membre pendant quelque temps pour apaiser ces réclamations ? Là où il n'y a pas de droit il n’y a pas de grief. Or, en 1873, Sa Grandeur Mgr Grandin écrivait au gouvernement Mackenzie pour lui signaler les griefs des Métis ; l’année suivante, en 1874, l'illustre évêque missionnaire adressait de nouvelles suppliques au même gouvernement sur la même question ; en 1875, le saint prélat, ne se rebutant pas, renouvelait ses démarches et parlait du malaise qui régnait dans les esprits des Métis ; en 1876, le major Walsh informait le gouvernement des réclamations des Métis au sujet des terres dans Prince-Albert et Saint-Laurent ; en 1877, Son

Honneur le lieutenant-gouverneur Laird re-

venait à la charge : certes, l'administration

Mackenzie ne saurait plaider ignorance. En

1878, rien ne se fait ; la réserve demandée pour les paroisses métisses reste dans les cartons du ministère comme auparavant, Le 16 mars, l'honorable M. Mills, ministre de l'intérieur, écrit : — “ Inutile de rechercher “les individus qui peuvent avoir des récla- “mations à faire valoir contre l'Etat : qu'ils se “ présentent et qu’ils établissent leurs droits.”

“À rapprocher de ce fait brutal la déclaration faite par le même ministre, que, dans son administration des terres publiques du Nord-Ouest, il ne reconnaîtrait de distinctions à faire qu'entre les blancs et les sauvages. Et la distinction reconnue par l’'Acte constitutionel de Manitoba en faveur, non des blancs ou des sauvages, mais des

Métis, M. Mills la biffait d'un trait de plume. J'ai donc raison d'affirmer que le gouvernement des messieurs de la gauche a systématiquement méconnu les Métis comme groupe distinct de population. Des réserves de terres

ces messieurs en faisaient à tout instant : en

1874, ils retiraient de la vente toute unelisière

de 24 milles de chaque côté des lignes télé-

210 LE 38m FAUTEUIL

graphiques ; en 1877,on remettait ces mêmes terres en vente mais au chiffre d'une piastre de l'acre. La même année, l'honorable ministre de l’intérieur, M. Mills, introduisait son fameux bill de chemins de fer de colonisation, d’après lequel tout individu désireux de construire un chemin de fer obtenait une subvention de 10,000 acres par mille, De réserves en faveur des Métis pour éteindre leurs droits et satisfaire à la justice, il n’en pouvait être question.

“ Voter pour la proposition de l'honorable chef de la gauche serait renier sciemment des faits authentiques ; ce serait fermer volontairement les yeux sur l’histoire des vingt-cinq dernières années ; ce serait commettre une immense injustice envers tout un peuple; et, certes, de telles considérations devront faire hésiter n'importe quel député avant de proclamer que les Métis n'avaient aucun droits à faire valoir.

‘“ Que voyons-nous au contraire depuis que le gouvernement du jour a repris les rènes du pouvoir? J'ai dit que le lendemain deson

installation, le cabinet s’est empressé de reconnaître, dans une loi solennelle, les droits distincts des Métis ; j'ai dit que ce principe une fois admis, le reste était devenu affaire d'administratitr et de règlement ; qu'on avait fait beaucoup, non sans fautes graves peut-être, mais que le règlement de la question était en voie. Durant les huit dernières années, l'administration actuelle a accompli dans le Nord-Ouest un travail tel que l’histoire en offre peu d'exemples. Acquisition au moyen de traités d’un pays plus grand que les Etats-Unis, organisation d'un gouvernement à rouages simples mais bien entendus, construction d’une voie ferrée transcontinentale qui met ces lointaines et riches contrées à quelques heures du reste du Canada, et con-

solidation d'un régime politique par toute la

Confédération qui a résisté victorieusement À une crise lamentable qui n’a fait qu'en éprouver la permanence et la solidité : telle à été l'œuvre, telle est l'œuvre du gouvernement actuel dont la proposition de l'honorable chef de l'opposition veut le renversement.”

212 LE 38m FAUTEUIL

M. Royal n'avait pas trop présumé du sentiment de la Chambre. Le vote qui fut pris peu après donna le résultat suivant sur la motion Blake :49 voix contre 105. Soit une majorité pour le gouv ernemen. de 56 voix. C'était la première escarmouche d'une campagne qui allait remuer le pays de fond en comble.

Ce débat qui avait pourtant passionné la Chambre, n’est rien, en effet, comparé à la surexcitation que produisit l’année suivante la fameuse motion Landry : “ Que cette Chambre pense qu'il est de sont ir d’ex-

primer son profond regret de ce que la

sentence de mort prononcée contre Louis Riel,

convaincu de haute trahison, ait été mise

à exécution.” Le pays était encore en feu. La

tourmente sortie de l’échafaud de Régina,

n'avait pas cessé de gronder. Tout un parti

en escomptait les fureurs pour arriver au

pouvoir. Aussi avec quelle ardeur il attisait le

brasier populaire.

On a beaucoup parlé des harangues enflam-

mées du Champ de Mars, de Montréal, alors

que plus de trente mille personnes se pres-

saient autour de quatre tribunes — spectacle unique ! — pour entendre les Démosthènes qui dénonçaient simultanément l'exécution de Riel. Certains discours prononcés à la Chambre, dans ce mémorable débat qui dura du 11 au 29 mars 1886, sont cependant tout aussi violents. La tête des ministres y était

demandée avec la même frénésie. On y pré-

parait l'appel au peuple. Orle peuple ne se mène pas par des phrases incolores, mais par des mots incendi: res, qui vont droit à son cœur, à ses passions. Ceux-ci ne manquèrent pas.

Par la liste suivante on peut juger de l’intérêt du débat et du nombre des orateurs qui y prirent part : M. Landry, sir Hector Langevin, M. Amyot, M. Royal, M. Gigault, M.

Wallace (Vork), M. Cameron (Huron), M.

Curran, M. Coursol, M. Wood {Brockville), M. Langelier (Québec-Centre), M. Rykert, M, Béchard, M. Laurier, sir Adolphe Caron, M. Desjardins, M. Landry (Kent), M. Guay, M. Mackintosh, M. Blake, sir John Thompson, M. Mills, M. Orton, M. Casgrain, M.

7 a prit ARE br

eee ne

tetes

214 LE 38m FAUTEUIL

Costigan, M. Casey, M. Kaulbach, M.

Sproule, M. Girouard, M. Désaulniers (Maskinongé), M. Masse, M. Burns, M. Chapleau, M. Bergeron, M. Tassé, M. Mitchell, M. Labrosse, M. McMuilen. M. Lister, M. Cameron (Middlesex). Soit quarante.

Les débats sur le tarif et les franchises électorales sont probablement les seuls qui depuis 1878 aient fait jaillir autant de lave oratoire. M. Laurier remporta un succès d’éloquence tel que plusieurs de ses plus ardents adversaires l'en félicitèrent publiquement. Il lui valut d’être baptisé l'orateur à la bouche d'argent.

M. Blake était en Angleterre lors de l’exécution de Riel. À son retour, il avait prononcé à London, un discours, dans lequel 1l déclarait qu'il ne ferait pas de ce rialheureux événement une question de parti. Il pouvait d'autant mieux s'abstenir qu'il avait fait offrir $5000 pour la tête de Riel, quand il était premier ministre d'Ontario. L'on se rappelle ses paroles solennelles : “ Je ne veux

pas engager une lutte de parti sur la tragédie

de Rég'ina ; je ne me propose pas de bâtir une plate-forme politique sur l’échafaud de Régina, d'en créer ou d'en cimenter les pièces avec le sang du condamné. Pour répéter une citation que j'ai faite ailleurs, je ne veux pas essayer d'ouviir les portes de l'avenir avec la clef rouillée du passé teinte de sang. (70 attempt the Futures portals with the past Glood-rusted key)”

Le chef libéral ne sut pas résister à la tentation, et j'admets qu'elle était grande : loin d'apaiser la tempête il souffla dessus. L'homme de parti l'emportait sur l'homme d'Etat. Æe gave up to party whatwas neant for mankind !

Son plaidoyer dura plusieurs heures, et, comme tout ce qui sort de sa bouche, fit honneur à son éloquence. Mais il ne tarda pas à être mis en pièces quand sir John Thompson, ministre de la justice, lui servit la réplique. Autant d'heures durant, celui-ci disséqua les arguments de M. Blake un par un, les retournant contre lui avec un art accompli et une logique inexorable. Chacun se

dit que M. Blake venait de trouver son

216 LE 38m FAUTEUIL

maître. Ce discours suffirait pour la gloire de sir John Thompson. Il fut toute une révélation. S'il ne manquait aucune maille dans l'argumentation, chacun pouvait admirer le trait sanglant, le trait qui reste dans les flancs de l'adversaire. On eût dit un chirurgien promenant froidement son scalpel dans une chair malade, au risque d’arracher des cris d'une profonde douleur. Et tout cela débité lentement, sur un ton modeste, sans malice apparente. J'ai rarement vu le sarcasme allié à une dialectique irréprochable, porté à un aussi haut dégré. Ce discours n’a été égalé depuis que par l’incomparable défense que sir John Thompson a faite de l’Acte des Jésuites. Ce jour-là, M. Blake, qui ne se dérangeait guère pour ses adversaires, traversa la Chambre pour aller féliciter son rival qui, au reste, pensait comme lui sur cette difficile question.

M. Royal avait été l’un des premiers à porter la parole. Il se prononça carrément contre la motion Landry, disant qu’elle aurait simplement pour effet d’aggraver la situation,

; d'éloigner les conservateurs de leur pro- - gramme, de leurs principes et de les jeter S dans les bras d’un parti avec lequel ils n'ont e rien de commun. Pas plus que dans son diss | cours de la session précédente, il ne se mon- D) tra tendre pour les libéraux. M. Landerkin e lui ayant demandé combien il y avait eu de is révoltes dans le Nord-Ouest sous le régime É | conservateur.

6 | —Si les Métis, répliqua le député de Pro- 1é vencher, se sont révoltés, c’est le G/obe, votre in organe, qui le leur a appris, ainsi que la Ligue 2 des Fermiers de Manitoba. Au cours du proe cès de Régina, ajouta-t-il, on a prouvé que es les instigateurs de l'insurrection des Métis de se la Saskatchewan étaient surtout des Canaa- | diens venus d'Ontario qui comptaient pêcher on | en eau trouble. Car, lorsqu’en juillet 1884 te les Métis appelèrent Riel à leur aide, il fut parfaitement entendu que l'agitation devait br-- | rester dans les bornes constitutionnelles. re | Aux grits qui posaient pour les défenseurs - | de Riel, M. Royal n'eut pas de peine à )n, | établir par les articles du G/obe, du 30 mars

au 5 août 1885, que, si la tête du chef métis a roulé sur l'échafaud, ils en sont responsables plus que tous autres. Ce sont eux qui par leurs appels incendiaires ont empêché toute clémence, toute intervention de l'exécutif. Ils menacèrent de briser la Confédération si Riel échappait à la potence. La note du 14 juillet donne une idée du reste : “ Le public, disait le Globe, croit que Riel et ses associés sont coupables du plus grand crime que la loi condamne ; et le public serait indigné s’il en échappait un seul.”

Dans la tribune des sénateurs, on pouvait remarquer un homme vêtu d’une soutane violette, à la taille imposante, au front large et pensif, à la figure sympathique et mobile, aux manières distinguées, qui suivait toutes les phases du débat avec une singulière attention. Presque à tour de rôle, les députés français allaient lui présenter leurs devoirs, conférer des choses graves qui se passaient, le consulter ce qu'il y avait de mieux à faire dans l'intérêt de son peuple. Chacun devine que cet homme était Sa Grandeur Mgr Taché,

a archevêque de Saint-Boniface. L'éminent s prélat n'aurait eu qu'un mot à dire pour emt barrasser sinon faire battre le gouvernement, e | mais il comprit que sa chute serait un événe- | ment d’une extrême gravité. Elle entraînerait 2] un appel au peuple, soit une commotion, un at débordement des mauvaises passions, une it guerre de races, dont personne ne pouvait at prévoir les conséquences. Il refusa de prendre oi cette responsabilité et conseilla aux minisn tériels, tous ceux qui le pouvaient, d'appuyer le gouvernement. Mgr Taché intervint plus

Lit solennellement dans la lutte, quand l'électorat e | fut consulté au mois de février 1887. Je crois

e qu'il nous a sauvés d’un grand danger.

e, C'est dans la nuit du 24 mars que le vote es fut pris. Toutes les tribunes, malgré l'heure re avancée, regorgeaient de spectateurs, et £s | beaucoup de dames surmontant les fatigues s, d'une longue séance, voulurent assister au

t, dénouement du débat. La motion de M.

e Landry fut rejetée par 52 voix contre 146, e soit une majorité de 94 voix pour le gou-

é vernement.

220 LE 38m FAUTEUIL

Guère n’est besoin de dire que M. Royal fut violemment attaqué par l'ennemi tout comme les autres députés français qui appuyèrent le cabinet. Pendard ! est l’épithète favorite qu'on hurlait pour l’occasion. Il était profondément injuste de mettre en doute leur patriotisme, quand ils se trouvaient en si bonne compagnie, et qu'ils pouvaient invoquer les raisons les plus fortes pour se justifier. Sans discuter les mobiles des uns et des autres, n’avaient-ils pas risqué plus que leurs éontradicteurs pour le triomphe de leurs opinions ? Ceux-ci suivaient le courant ou plutôt le torrent populaire : eux cherchaient à l'endiguer au risque d’être écrasés, balayés. Les électeurs de Provencher ne furent pas de l'avis de ceux qui vilipendaient leur député, car lorsqu'il leur rendit compte de sa conduite ils le réélirent par une forte majorité. Dit Milton dans le Paradis perdu :

Unshaken, unseduced, unterrified,

His loyalty he kept, his love, his zeal

Nor number nor example with him wrought

To swerve from truth, or change his constant mind Through simple.

Comme M. Dewdney, lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest, arrivait à l'expiration de son pouvoir, l’on se demanda qui allait le remplacer. Ce n'était pas une succession facile à recueillir au lendemain des troubles, quand les esprits étaient encore

en fermentation. De plus, les territoires

atteignaient une période de transformation e

extrêmement difficile. Dans les anciennes provinces, les lieutenants-gouverneurs ont un rôle bien effacé, plutôt social que politique, à moins que, comme M. Letellier, ils ne veuillent se mettre au-dessus du Parlement :

fantaisie dangereuse, qui lui ayant coûté la tête, na pas trouvé d'imitateurs. Mais au Nord-Ouest, tout autre est le rôle du premier dignitaire de l'Etat.

Sous l'administration Mackenzie, la province de Manitoba eut un gouverneur français dans la personne de l'honorable Joseph Cauchon, un ancien de la politique et du journalisme. Chacun se disait que M. Royal serait bien l’homme de la circonstance, mais le cabinet d'Ottawa aurait-il le courage de nommer

là-bas un gouverneur de notre origine, quand nous, Français, n’étions qu'une faible minorité, et que les esprits étaient chauffés à blanc sur la question des races ? Eh bien, le cabinet eut ce courage, et je dois l’en féliciter.

Sir John Macdonald, qui est bon juge, s'est dit qu'il fallait un homme exceptionnel pour une situation exceptionnelle. Cet homme s'appelait l'honorable Joseph Royal, il n'alla pas chercher ailleurs. Son nom pourrait soulever des préjugés, mais ne les ferait-il pas disparaître par son tact, sa souplesse, ses façons de gentilhomme, sa connaissance du cœur humain, son esprit de air play.

Son expérience de la politique fédérale, ses longues années de services publics au Manitoba, ne lui seraient-elles pas aussi extrêmement utiles pour guider les législateurs improvisés du Nord-Ouest et gouverner des populations disparates, mais coulées à peu

près dans le même moule ?

Songez qu'il y a là-bas des anglais, des

écossais, des irlandais, des français, des alle-

mands, des belges, des hollandais, des russes,

des polonais, des italiens, des chinois, des métis, des sauvages, jusqu'à des mormons, bref que presque toutes les races de la création y sont représentées. Il fallait donc une intelligence supérieure pour travailler à leur assimilation politique et les attacher à nos institutions.

Sir John a eu raison. Tout ne marche pas dans les territoires comme sur des roulettes, pour bien des raisons : la première, que l’Assemblée législative, l'unique Chambre, a des pouvoirs très restreints, qu'elle distribue seulement les deniers prélevés à même les revenus des territoires, quand le gros lot vient de la caisse fédérale, que le système responsable ne préside pas à son action, et que les aviseurs du lieutenant-gouverneur peuvent rester en charge suivant sa convenance,que l’Assemblée le veuille ou non. Le lieutenant-gouverneur a tous les pouvoirs que la législature n’a pas. La tempérance est la loi du pays, mais il a le droit d'accorder des permis pour l'admis-

sion des vins, bière et spiritueux, ce qui fait

crier les prohibitionnistes. C'est-à-dire qu'il

224 LE 38m FAUTEUIL

est omnipotent, qu'il est le Deus ex machina, qu'il pourrait être satrape s'il n'était un profond politique.

La situation est provisoire, le système responsable en sera la conséquence inévitable, mais encore faut-il, en attendant le développement des territoires, tirer le meilleur parti de cet état de choses. Peu auraient réussi mieux que M. Royal. Quoiqu'il n'y ait pas un seul Français parmi les vingt-deux députés, il est bien vu de tous, il tâche de faire oublier les imperfections du régime actuel, et, si la Chambre a des coups à porter, des griefs à formuler, elle sait bien qu'il lui faut se plaindre de la loi et non pas de celui qui a juré de la mettre à exécution. La Chambre sait aussi que M. Royal ne sera pas un obstacle à l'établissement du gouvernement responsable le jour où il sera possible de le proclamer, qu'il l'appelle au contraire de tous ses vœux. Mais encore faut-il que le Nord-Ouest compte une population moins clair-semée, plus capable de supporter les charges publiques. Alors, ce n’est plus une

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