‹ Le 38me fauteuil ou Souvenirs parlementaires [microforme]Chapitre 5 sur 18 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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ont fait une faute en défendant avec énergie les intérêts qui leur sont confiés, c'est une faute qui leur sera facilement pardonnée ; c’est une faute heureuse, et je voudrais que mon honorable ami, le député de Québec-Est, eût la conscience chargée de fautes de ce genre.”

Cette agitation du No 8 valut à Québec $5,000,000 que Je gouvernement fédéral lui paie sous forme d’une rente annuelle, à cinq pour cent, de 250,000. Nous devons nous féliciter de ce que ce capital ne puisse être entamé. Les dissipateurs qui gouvernent la province l’auraient vite englouti.

Je soupçonne que les ministres gardèrent rancune au No 8 deses allures indépendantes.

Sous prétexte que l'espace manquait, ils résolurent, après les élections de 1887, que les conservateurs, au lieu üe se diviser par sections, n'auraient plus désormais qu'une seule salle pour tenir leurs réunions particulières. Le No 8 se trouva donc effacé, mais chacun de ses membres garde bonne mémoire des

scènes agitées dont il fut témoin.

Un jour, je perdis mon ami M. Coursol.

Les conservateurs étaient tellement nombreux, qu'il nous fallait entamer la gauche pour loger nos compagnons d'armes. Certains de nos amis se trouvaient même au cœur de l'ennemi : contact désagréable aux uns et aux autres. Les partis ont mille et un secrets qu'ils ne désirent même pas laisser soupçonner.

Or, sur la première rangée des banquettes de la gauche, siégeait un vétéran du journalisme, un législateur expérimenté, une gloire canadienne, l'honorable M. Royal. Comme les grandeurs même ont leurs inconvénients, M. Royal avait pour voisin un grit de la plus belle eau, un brave homme, mais frondeur.

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colère, envahisseur, le Dr Landerkin. Jamais ils ne purent faire bon ménage. Le docteur avait la manie de placer son chapeau, ses écritures, ses livres bleus sur le bureau contigu, ce qui agaçait fort le futur gouverneur du Nord-Ouest. De guerre lasse, M. Royal ouvrait parfois son pupitre, renversant bonnet et papiers. Le député de Grey-Sud se sentant coupable d'avoir empiété sur la propriété d'autrui, ne disait mot. Il ramassait patiemment ces objets épars, au grand amusement du voisinage. Le érespass est une grosse offense aux yeux de tout Anglais !

M. Royal m'ayant raconté ses ennuis, je cherchai une solution. Je m'en ouvris à M.

Coursol, et je lui proposai héroïquement de changer de fauteuil avec le député de Provencher. Il me ferait peine de ne plus lui frotter les coudes, mais il aurait un siége beaucoup plus en vue, plus digne de son âge, de sa haute position, etc. En second lieu, il était homme à dompter le Dr Landerkin.

Ne m'avait-il pas cité le mot de son ami, l'élo-

quent Édouard Rodier, qui, le 6 novembre 1837, s'écriait, à une grande assemblée de la rue Saint-Jacques, lorsque les membres du Doric Club attaquèrent les Fils de la Liberté :—“ On nous attaque, c’est bien, bientôt on ne nous appellera pas seulement les fils de la liberté, mais les fils de la victoire.” —M. Coursol n'hésita pas, et le déménagement s'effectua. Mes pronostics se réalisèrent. Le député de Montréal-Est ne permit jamais à son voisin d'empiéter sur sa propriété, et chaque usurpation fut punie séance tenante.

Que de fois le feutre du docteur alla rouler sur le tapis vert qui sépare la droite de la gauche, en compagnie de la prose romanesque des livres bleus!

C'est là que M. Coursol acheva sa carrière parlementaire. Depuis quelques années, il habitait Saint-Thomas, comté de Montmagny, ce qui n’empêcha pas ses fidèles de Montréal-Est de le réélire par acclamation aux élections de 1887. La mort nous l'enlevait l’année suivante, le 4 août: il l'avait

bravée trop de fois pour ne pas la voir arri-

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ver avec calme et courage. Tout Montréal l'accompagna à sa dernière demeure.

Gloire à ceux que rien icin’épouvante !

Quand le lâche meurt, il se croit puni,

Mais la mort du brave est un deuil qu'on chante,

Plantons sur sa tombe un rameau béni!

M. Royal était pour moi une vieille connaissance, un ami dont le plus petit nuage ne m'a jamais séparé. Quand je sortis du collége Bourget en 1865, c'était l’un des écrivains que J'avais lus avec le plus d'intérêt, qui faisait le mieux vibrer la fibre canadienne, qui excitait le plus ma curiosité : il en valait bien la peine. C'était aussi l’un des conférenciers à la mode. On allait l'applaudir à l’Institut Canadien-Français, au Cercle Littéraire et à l'Union Catholique. Physique superbe, tenue correcte, voix sympathique, diction facile, langage élevé, il avait ce qu'il faut pour charmer un auditoire distingué, ami des lettres et de la philosophie. L'année précédente, il s'était fait admettre au barreau, mais la politique et le journalisme eurent toujours plus d’attrait pour lui que

al Thémis. Ce n'est que plus tard qu'il sacrifiera au droit, quand la profession d'avocat lui sera indispensable pour se tenir à flot dans la politique.

y M. Royal avait donné ses premiers coups de plume dans la Minerve (1857). Il venait de

n- terminer ses études au collége Sainte-Marie 1e après les avoir brillamment commencées à re l'école des Frères, et poursuivies au collége 1s de Montréal. C'était un esprit précoce, mûr ui avant le temps. Style concis, clair comme e, l’eau de roche, brillant à ses heures, il trouva it du coup un public friand de le lire. Ce début i- était une bonne note à mes yeux, car j'ai touu- jours eu un faible pour la gazette fondée par le Ludger Duvernay et Auguste Norbert Morin.

1e De la Minerve il passa à l'Ordre, dont il €, fut le fondateur et le principal rédacteur avec il ce pauvre Cyrille Boucher, l'un des météores é, de notre ciel politique. Cartier était alors pren- mier ministre et M. Royal ne se gênait pas

de traiter son gouvernement avec une extrême Le | indépendance. Tant qu'il fut journaliste il ne

1e put s’astreindre au frein des partis ; il lui fallut

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tâter du Parlement pour sentir la nécessité de la discipline. Aussi, je crois qu'il referait certaines appréciations, notamment sur le choix d'Ottawa comme capitale, s’il en avait l’occasion. Cela se passait en 1859-60. La presse payait encore moins qu'aujourd'hui, et il fallait voir M. Royal tour à tour administrateur, typographe, pressier, plieur, pour comprendre le feu sacré qui le dominait. Onne naît pas journaliste impunément !

En 1864, il porta ses aspirations plus haut, et fonda 2vec MM. Bourassa, de Bellefeuille, Provencher, L. H. Senécal et autres la Æevue Canadienne, qui mérita pendant quelques années d’être comparée aux bonnes revues françaises. Les premiers volumes nous valurent deux romans : Une de perdue deux de trouvées et ÿacques et Marie, deux perles qui brilleront toujours dans notre écrin littéraire. Comme toutes nos revues, hélas ! elle n’a pas tardé à péricliter.

J'avais été particulièrement frappé des études de M. Royal sur la grande évolution

qui allait transformer notre pays, et qu'il

publia sous la rubrique : Considérations sur les nouveaux changements constitutionnels de l'Amérique Britannique du Nord. Un esprit supérieur et absoiument politique pouvait seul inspirer ces pages que plus d’un publiciste de renom n'hésiterait pas à signer. Lisez le dernier chapitre, vous y trouvez les prétentions des annexionnistes refutées, une par une, avec une clarté et une logique irrésistible. Quelles belles pages aussi que celles qu'il a écrites sur la vie de sir Louis Hypolite La Fontaine, et sur les grands faits auxquels elle se rattache !

M. Royal était à cette époque traducteur à la Chambre des communes. Plus d’un homme de valeur a appris là le génie des langues officielles du pays, la portée véritable de chaque mot, la précision du langage. Je me suis toujours félicité d’avoir passé par cette filière. M. Royal employait ses loisirs à des œuvres sérieuses,utiles. Le droit constitutionnel, l’économie politique et l'éconoinie sociale étaient ses études favorites. Il forgeait de nouvelles

armes pour les combats de la presse et de la

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