Li: i) IHKRMIDOU
permit aux ennemis Je Robespierre de se ressaisir. Quand il se rassit sur les hauteurs de la Montagne, il fut accueilli par de violents murmures. Il sembla aux adversaires de Ma.ximilien que cette manifestation suffisait et que maintenant, il fallait l'embrasser pour mieux l'étrangler. Lecointre, l'un des plus mal disposés, le plus hostile la veille, se leva pour demander l'impression du discours. Il considérait la partie comme perdue si l'on n'obligeait pas les Comités à se défendre séance tenante. Bourdon de l'Oise, qui ne comprenait pas sa pensée, s'opposa à la motion. Alors Barère en son nom personnel, appuya Lecointre. Robespierre triomphait pour les tribunes. Un ex-dantoniste ne venait-il pas de s'approcher de lui et de lui baiser les mains. A moins qu'à la sortie, il ne fut frappé d'un coup de couteau par Tallien ou par Bourdon (i), la journée paraissait lui appartenir., Mais l'impression n'était pas celle d'une victoire complète sur laquelle on ne revient pas. Couthon voulut exiger l'envoi du discours dans toutes les communes de P'rance. C'était la capitulation des Comités, c'était la proscription des vaincus. Les Dantonistes entrèrent aussitôt en effervescence. Rovère somma Lecointre de nionter à la tribune et d"\- prononcer le discours que, deux jours auparavant, il avait fait imprimer par Guffroy. Mais Lecointre eut encore un trait d'habileté. 11 se refusa à prononcer un discours qui visait non seulement Robespierre mais d'autres niembres du Comité et c^ui, jeté dans le débat, eût amené un désastre. Mieux valait laisser voter la motion de Couthon, quitte à la démolir aussitôt à la faveur d'un incident de tribune. Aussitôt le vote acquis, la minorité, composée des Gordeliers, des amis de Danton et de tous les mécontents, sortit en foule et siinultanénxent de la salle, en signe
1) bourdon, recevant dans son petit logi>inent de gar^-on delà rue des Saints-Pères son ami Berryer, lui montra, dans une caisse oblongue sous son lit, l'habllqu'il avait porté le jour de la prise de la bastille, son panache criblé par les balles des Vendéens, et un large coutelas dont il entendait à la première occasion frapper Robespierre (Berryer. Soiivriiirs. t. 1, p. 227-"2:2S).
L ESCARMOrCHE I.-'.^
de protestation (i). Deux hommes s'étaient sentis atteints par le discours de Robespierre. C'était Vadier, qui ne pouvait supporter qu'on traitât de farce ridicule son rapport sur Catherine Théot dans lequel il avait mis toute son âme; c'était Cambon dont Robespierre avait attaqué les plans financiers. Ils s'élancèrent en furieux à la tribune. Robespierre allait-il leur asséner une de ces répliques qui cassent les jambes? les renverser connne il avait renversé Bourdon de l'Oise à quelques séances de là? Il n'en fut rien. Robespierre semblait s'être vidé en lisant son discours. Quand il monta à la tribune pour répondre à Cambon, il bafouilla, roula des yeux féroces du côté de la Montagne qui murmurait, sembla implorer l'appui du bureau contre ses contradicteurs, répétant sans relâche : « On me menace, on veut ma mort. » A ce moment, un des secrétaires de quinzaine, André Dumont, dantoniste, 'qui se sait marqué pour la proscription, lui crie : « Tu demandes la mort, scélérat, tu Vas méritée mille fois! » A partir de ce moment, Robespierre ne sait plus où il en est. Il découvre à tous les terreurs qui le tourmentent. Il fuit devant Vadier, il recule devant Panis, il n'ose pas expliquer pourquoi il a attaqué Fouché aux Jacobins. Vainement Billaud-Varenne et même Vadier, qui hésitent à profiter de sa défaite, viennent, en lui ripostant, le couvrir de fleurs, Maximilien n'est plus lui-même et c'est à cet instant que les Dantonistes s'élancent tous à l'attaque. Bentabole, Charlier demandent que le discours soit envoyé avant inipression, à l'examen des Comités.
— Mais je les ai attaqués, repond Robespierre.
— Tu les a attaqués, s'écrie Charlier. Aie donc un peu de courage et nomme ceux que tu accuses.
— Oui, oui, hurle toute la Montagne.
Amar et Thirion défendent les Comités. Fréron demande le rapport du décret qui leur donne le droit d'arrêter les députés. Billaud bondit à la tribune. Il a compris que
l34 LE () THERMIDOR
toutes les tyrannies sont visées. La Convention veut-elle les privilèges d'un Sénat de Venise? On écoute Billaud et on conspue Fréron. Barère vient offrir la paix à la tribune et Bréard propose de rapporter le décret de Couthon. On vote, et l'avantage qu'ont obtenu les Robespierristes une heure avant est perdu. Durant le reste de la séance, la Convention s'endort dans des discussions sans intérêt et à cinq heures, la séance est levée.
Cette escarmouche n'a fait que mettre en goût les combattants. Les Robespierristes sont convaincus qu'ils vont « arranger » les Montagnards. « Je n'ai plus à compter sur la Montagne, dit Robespierre en rentrant chez Duplay. mais la masse de la Convention m'entendra. » Les autres Robespierristes sont tout à la préparation de la fête de Bara et de Viala qu'on doit célébrer le lo Thermidor. Le maire de Paris, Lescot-Fleuriot, que la volonté de Robespierre a tiré du parquet du Tribunal Révolutionnaire pour en faire le maître de la capitale, profite de la circonstance pour concentrer les troupes des sections. Partout on répète dans les milieux jacobins, que les torches triomphales du héros de la Durance vont éclairer le supplice des ennemis de Robespierre. Est-ce un massacre qui est projeté? Les Thermidoriens en sont convaincus. Entre neufet dix heures du soir, Lecointre, le notaire de la rue Meslay, frère du député de Versailles, reçoit l'ordre de se rendre le lendemain, dès sept heures, chez le capitaine de sa section. Il en avise aussitôt son frère qui se rend au Comité de Sûreté générale et. reprenant le conseil donné quelques jours avant par Fouché, vient réclamer l'arrestation immédiate d'Hanriot et de Payan. Il est reçu par La Vicomterie qui, peu soucieux de prendre l'initiative d'une mesure au.ssi grave, s'en tire par une réponse dilatoire. Les Montagnards, après la séance, ont été étonnés de leur propre audace. André Dumont et Bourdon de l'Oise songent à leur testament, mais, Tallien, Mallarmé, Ramel, Cambon, Thuriot, passent la nuit à visiter, à encourager et à exaspérer les chefs des différents groupes qui ont adhéré à la Gonspi-