‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 13 sur 22 · lllUMIDOR · texte numérisé non relu

lllUMIDOR

L'ntraver le trioinpliL' des modérés qui semblait dans l'air au craintif Barère. Billaud ne parut pas entendre. La perfidie de Saint-Just avait exacerbé ses colères. Sa voix de verjus s'efforça de convaincre les Conventionnels qu'une faiblesse d'un instant les perdrait. Un Jacobin s'agitait dans les couloirs au milieu d'une bande et menaçait les bancs de la Montagne. Billaud réclama son arrestation et le fit enlever.

Lebas courait vainement vers la tribune, réclamant la parole. Collot d'Herbois qui présidait, la maintint avec énergie à Billaud. Lebas insiste et menace. « A l'ordre! crie Delmas. — En prison! A l'abbaye! » hurla la Montagne. Lebas va se placer prés de Robespierre. C'est le second échec des triumvirs. Des orateurs que compte leur parti, Lebas était le seul que les tempêtes de la tribune n'effrayassent point. Ses infirmités empêchaient Couthon de se livrer à tout acte d'énergie imposant du mouvement, et les poumons de Saint-Just étaient insuffisants. Quant à Augustin, comme la plupart des hommes qui ont le courage des champs de bataille, il était nul dans les luttes parlementaires.

Billaud, cependant, avait apporté son tempérament à la tribune. Le crime qu'il reprochait surtout à Robespierre, c'était son modérantisme, c'était de n'être pas assc- révolutionnaire. Tallien craint qu'une semblable position de la question n'effarouche le Marais. Il a d'ailleurs tant tremblé, depuis quelques semaines, pour la femme qu'il aime, qu'il a appris, dans les inquiétudes et les larmes, les secrets de la pitié. L'homme, qui solda jadis les factures des travailleurs de septembre, ne veut plus d'échafauds, il ne veut plus de prisons. Pour atteindre ce but, il veut l'union. C'est la seule façon d'obtenir la tête de Robespierre. Ce médiocre se surpasse. Ce jouisseur devient un orateur de premier ordre. Il est énergique, il est puissant. Tous ses discours du 9 sont conduits avec une habileté, un flair, une sûreté qui confine au-génie. Robespierre se sent atteint dans ses œuvres vives. Déjà, aux derniers mots qu"a prononcés

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BillauJ, il a tontL- d'escalader la tribune. Alors presque tout entière, la Montagne s'est levée, elle ne crie pas, elle hurle « A bas le tyran! A bas le tyran 1 » D'ailleurs, sur les escaliers de la tribune, Robespierre s'est trouvé arrêté. Trois, quatre Conx'entionnels. qui ont demandé la parole

l'orlrait de Hainf-Jnst.

Diaprés un pastel du Musée Carnavalet.

avant lui. protègent de leurs corps Tallien. Il y a la Barere qui tremble, Vouland qui tremble encore plus que Barère. Delmas, que Robespierre a noté comme ex-noble cl intrigant tare, Delmas qui fut l'ami des Girondins, l'intime de Lacroix, le seul député qui essaya vraiment de sauver Danton (i). Vainement Robespierre gesticule. UTcnace, crie.

\\j Note de Hobcsjiioiie. I{a/>jwil Couiluis.

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hurle. Il doit subir jusqu'au bout l'éloquence vengeresse de TalUen. Celui-ci l'appelle Verres, Catilina, lui prodigue les insultes de la rhétorique révolutionnaire, mais, en dépit de cette phraséologie toujours un peu creuse, il est lumineux, il est précis, il est énergique. C'est sur sa proposition que la Convention décrétera la permanence de ses séances. Or, la permanence de la Convention, c'est le pouvoir momentanément repris aux Comités, ce sont les membres des Comités obligés de suivre le mouvement que dirige Tallien. Billaud se voit débordé. Il demande l'arrestation de Boulanger, de Dufraisse, celle de Dumas. Delmas réclame celle d'Hanriot. Tallien, qui n'a pas quitté la tribune, veut qu'on arrête aussi tout l'État-Major, les adjudants et les aides de camp. Les arrestations sont votées. Aymard est nommé commandant provisoire de Paris. C'est un ancien marchand drapier qui liquidait difficilement ses affaires en lyyi. Depuis qu'il a choisi la carrière militaire, il a payé toutes ses dettes. A l'élection du début de 1794, il a brigué le grade de colonel en chef de la gendarmerie. On disait que son ambition était démesurée et beaucoup le traitaient en suspect (i). Il était parent de Thuriot qui garantissait son loyalisme à la Convention (2). Sans relâche, Robespierre demandait la parole et le chœur : « A bas le tyran! » lui répondait. Les Montagnards robespierristes, sauf Lebas et Robespierre jeune, n'osaient manifester leur sympathie. La Plaine continuait à garder l'attitude froide d'un juge de combat. Les tribunes, houleuses au début du discours de Billaud, s'étaient vidées peu à peu des meneurs robespierristes, qui s'étaient portés vers la Commune, les Comités révolutionnaires et les clubs qui devenaient les quartiers généraux du parti. Au pied de la tribune, Saint-Just demeurait inerte, près du fauteuil de Couthon. Quand Tallien cessa de parler, des cris appelèrent Barère à la tribune.

(1) Archives Nationales, F', 477438. Dénonciations de Godard, 10 thermidor. *

{'l) D'Héricault. La Révolution de Thermidor, p. 433.

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Son chapeau à la main, Robespierre incliné vers l'Assenxblée demandait la parole, quêtant déjà la faveur des hommes du centre (i). « Non, à bas le tyran! A bas le tvran! Barère, Barère, à la tribune! » crient les Conventionnels. Alors Barère, qui avait à peu près pris sa détermination, vint mollement attaquer Robespierre. Il fit décréter une proclamation assez habile, mais où Robespierre n'était pas nommé. Après lui, Vadier vint recommencer ses commérages, bafouillant tantôt sur sa vertu et tantôt sur l'affaire Théot. C'était comme une parade grotesque qui risquait de distraire l'attention de la Convention de la bataille engagée. Les propos ineptes de Vadier menaçaient de désarmer les colères, d'empêcher d'aboutir {2). Tallien en sentit l'inconvénient. « Ramenons la discussion à son vrai point, » s"écria-t-il, en demandant la parole. « Je saurai l'y ramener, » riposte Robespierre. Mais, de nouveau, l'Assemblée lui rappelle qu'il n'a pas la parole, qu'elle appartient à Tallien. Et cette fois, Tallien, dans un mouvevement oratoire que d'autres ont employé avant lui, menace Robespierre d'un poignard (3). Mais ce n'est pas un poignard de réthorique, c'est un vrai poignard qu'il a sorti de son sein et Robespierre, qui n'a pas le courage physique, redescend une marche de la tribune, tandis que Tallien lui reproche sa lâcheté au 10 août. Les accusations s'accumulent. Tallien se répand en paroles. Peu importe ce qu'il dit. On le sent, ce qui importe, c'est que Robespierre ne puisse parler. Mais Collot d'Herbois est las de diriger le débat. C'est le montagnard Thuriot qui lui succède. Alors Robespierre s'exaspère, il use sa voi.\ à réclamer la parole. Thuriot sonne à tour de bras. « Tu n'as pas la parole! tu n'as pas la parole! » répète-t-il avec rage. La Montagne vocifère. Quelques-uns de ses membres sont aux prises. Les enthousiastes et les courtisans de Robespierre se collettent

(1) Barère. Mémoires, II. 223.

(2) Toulongeon. Histoire de France. II, 50fi. (.3) Turquand. La Citoyenne Tallien, p. 153.

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avec les Dantonistos. Lecointre voudrait qu'on laissât parler Robespierre. Une demi-heure lui permettrait de révéler les crimes de Billaud, de Barère et des autres, pense-t-il, et déjà il se pourléche les lèvres. « Oui, répond un autre, mais alors, il pourra entraîner la majorité. » Le triumvir impuissant les menace du poing. « Lâches!» leur crie-t-il. Alors il se tourne vers la Plaine. Il a hésité jusque là, à faire appel à ces alliés dont il est sur. Il a attendu jusqu'au dernier moment, pour démasquer la batterie où il a mis son suprême espoir. « Députés du côté droit, implore-t-il, hommes probes, hommes vertueux, donne--moi la parole que ces brigands me refusent. » A cet appel, la Plaine frissonne. Il y a dans ses rangs cette oscillation, ce flottement que produit le vent dans les blés prêts pour la moisson, mais pas un mot, pas un mouvement ne trahissent les sentiments qui l'agitent. Alors, Robespierre pâlit. La sueur perle sur son visage. Ce silence solennel et effrayant, c'est sa défaite et sa condamnation. Mais aussitôt, la colère le ranime, le sang afflue à ses joues et à ses tempes. Ses yeux parcourent les rangs des Conventionnels comme pour y chercher ceu.v qui l'applaudissaient tant la veille. Un flot d'injures monte seul à ses lèvres. « Président des assassins, jette-t-il d'une voix rauque au visage de Thuriot, dont la ■^^ ^ ^ - ^^upe chacun de ses mots, une dernière fois, je te I .a'oiv;. V .\[jvs (jc^rnier de l'Aube lui crie : « 1 u ne peu.x plus parler. Le sang de Danton t'étouffe. — Ahl brigands, riposte Robespierre. C'est donc Dan- Ion 1... » De nouveau la sonnette de Thuriot coupe sa phrase. « Lâches, murmure-t-il, pourquoi ne l'avec-vous pas défendu: » Alors il recule. Comme affolé, il va chercher asile sur les bancs de la droite. « N'avance pas, lui crie Féraud. ne sais-tu pas que c'est ici que s'asseyaient Condorcet et Vergniaud. » Robespierre rebrousse chemin vers la tribune. Il n'a plus de voix. La sonnette l'a vaincu. ■-' r- (, ■ chot, Loiseau. Cliarles Duval proposent le décret ^v ..^^uoCxaoïi. Billaud dentande l'arrestation immédiate. Robespierre veut parler. « Tu n'as pas la parole, » répète

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