ÉTAT-MAJOR^GÉNÉRAL
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Ilanriot : Lettre à Foitqiner-Tini'ille avec aniioluiiun de la main
de celui-ci.
(Archives N.itionales.)
et apporta un ordre signé Payan et Fleuriot. « Les condamnés, rapporte Botot-Dumesnil, étaient sur le point lie partir; beaucoup de canonniers étaient au Palais de
Justice; les gendarmes paraissaient s'agiter; la moindre résistance de ma part pouvait produire l'insurrection que voulaient sans doute Hanriot et ses complices. J'ordonnai aux gendarmes de rester à leur poste et je m'en fus, escorté de douze canonniers, à la maison de discipline militaire, rue du Bouloi (i). » A peine Fontaine et son prisonnier étaient-ils partis qu'une ordonnance apporta un paquet pour le lieutenant-colonel. Il fut ouvert par le lieutenant Degesne. « J'y trouvais, dit celui-ci, une lettre du citoyen Herman qui enjoignait de mettre sur-le-champ à exécution les décrets de la Convention Nationale qui mettaient Hanriot et d'autres en état d'arrestation (2). Degesne assembla ses gendarmes et se rendit à l'Etat-major. Il constata l'absence de ceux qu'il venait arrêter et se disposait à se retirer quand il fut invité de se rendre à la Maison commune à la barre du Conseil général. Il ignorait que la Commune de Paris était en insurrection contre la Convention. « Je crus, dit-il, devoir obtempérer à cette invitation. Lorsque je fus entré dans la salle du Conseil, je fus environné de gendarmes et conduit presque en face de Fleuriot qui, dans ce moment-là, présidait. Fleuriot me demanda qui j'étais et ce que je venais faire. Les n^unicipaux, qui étaient venus me chercher, demandèrent à ce que je sois arrêté, désarmé et incarcéré. La proposition fut mise aux voix par le maire et passa à l'unanimité. Elevant alors le décret au-dessus de ma tête, je dis d'une voix ferme : « Je « vous avertis que c'est un décret de la Convention Nationale « dont je suis porteur. » Ou me hua de toutes parts. On m'arracha le décret de la main et la lettre de Herman que Payan et Fleuriot chiffonnèrent avec colère. A l'instant, la garde qui était là, s'empara de moi avec zèle, me désarma et m'emmena hors de la salle, tandis que les municipaux, de dessus leurs bancs, me poursuivaient des cris de : « Vil
(1) Courtois. Rapport, XXXI, 2» pièce.
(2) Courtois. Rapport, XIX, 9» pièce.
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« esclave, tu nous menaces, mais demain tu seras guillo- « tiné ( i). n
A l'Hôtel de Ville, en effet, l'exaspération était grande. Toute la journée, les mauvaises nouvelles n'avaient cessé d'arriver. Vers deu.v heures. Didier, l'un des gardes du corps de Robespierre, avait quitté la Convention et semé l'alarme parmi les partisans de l'Incorruptible (2). Alors Henriot avait armé ses aides de camp, chargé l'un d'eux. Ulrick, d'aller convoquer la section des Gravilliers pour l'emmener à l'Hôtel de Ville. Un autre avait été dépêché à Chardon, le chef de la 4*^ légion, avec l'ordre de faire fermer les barrières et d'avertir à son de caisse les officiers municipau.x d'avoir à se rendre à la Maison commune. Bazanerie, commandant en chef de la section du Temple que Talbot. membre de la Commune, conduisait à l'Etatmajor, y trouvait, vers trois heures, Hanriot criant à tuetête qu'il fallait que toutes les sections lui obéissent. Il enjoignit à Bacanerie de faire battre la caisse et de mettre toute la section sous les armes. De même on battit la caisse dans toutes les sections (3'. Quand, un peu plus tard, Hanriot eut connaissance de l'arrestation de Robespierre, il monta à cheval et se dirigea par la rue Saint-.\ntoine vers le faubourg. Les ouvriers qui habitent ce quartier étaient très tranquilles et dans une parfaite ignorance des événements {4). Lancé au galop, sabre nu, criant : « Aux armes ! Aux armes ! Les coquins et les scélérats triomphent, ils viennent d'arrêter Robespierre et tous les meilleurs patriotes. » Hanriot s'efforçait de soulever le faubourg (5).
Les voitures, amenant les condamnés, cheminaient vers
'la place de l'exécution. La pluie tombait. Elle chassa
l'escorte habituelle de tricoteuses et de sans-culottes qui
(1) Courtois. Rapport. XIX. 9« pièce.
(2) Archives Nationales, F 7 4433.
(3) Archives Nationales, .\F II, 47.
(4) Rapport Courtois. XXXI.X, liapporl de Dulac.
(5) Rapport Courtois. Ibid'.
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accompagnait les condamnés en les insultant. Le peuple travailleur s'approcha des charrettes. Les gendarmes, désorientés par les arrestations de leurs chefs, se relâchaient dans leur consigne. Quelques spectateurs engageaient les condamnés à se sauver. D'autres demandaient qu'on tournât bride et qu'on les reconduisit en prison. Hanriot survenant fit presser la marche du convoi (i). Puis, revenant vers l'Hôtel de Ville, il enleva Payan, qu'un agent du Comité de Sûreté générale et un gendarme conduisaient à la Force, et fit emprisonner les deux gardiens après les avoir roués de coups de plat de sabre. Dulac, qui observait au faubourg Saint-Antoine pour le compte du Comité de Salut public, se hasarda à cette nouvelle à entrer à la Force. « Dans ce moment, le concierge reçut un ordre de la police municipale pour faire remettre en liberté Vilate, juré du Tribunal révolutionnaire, incarcéré depuis peu de jours (2). > Un moment plus tard, on vint chercher Boulanger, général de la garde nationale.
Hanriot, cependant, avait ramené Payan à l'Hôtel de Ville où on l'avait accueilli à bras ouverts et où on lui avait aussitôt fait signer l'ordre d'arrestation de Botot- Dumesnil. Une lettre d'Hermau venait de révéler que Robespierre et ses amis étaient enfermés au Comité de Sûreté générale. « Je vais les délivrer, » cria Henriot. Et entraînant avec lui Deschamps, le coureur de Robespierre, Martin, juge de paix de la section des Gravilliers, à la tête de la gendarmerie du Luxembourg, il galope par la rue Saint-Honoré vers le Pavillon de Marsan. « Hardi, Hanriot! lui crie Massard, membre du Comité révolutionnaire de la section des Amis de la Patrie. Nous te soutiendrons au péril de notre vie. » A la barrière des
(1) Morellel. Le Ci i des Familles. — Beaulien. Essais histuriques sur les causes et les effets de la Résolution de France avec notes sur quelques événements et institutions.
(•J) Kapporl Coiirtoi:;. \.\.\I\. Ha/i/ioit Dulac.