‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 19 sur 22 · LA FIN DU DRAME · texte numérisé non relu

LA FIN DU DRAME

Vinfàme Danton, comédien qui dans l'ancien régime avait volé la caisse de sa troupe; ce Barère qui appartient à toutes les factions tour à tour, et qui a fait fixer les prix des journées des ouvriers pour les faire périr de faim. Voilà les scélérats que le Conseil te dénonce. Peuple lèvetoi! Ne perdons pas le fruit du lo Août, du 3i Mai et précipitons au tombeau tous ces traîtres (i). » Le secrétaire greffier Blin et les employés du bureau passèrent plusieurs heures à recopier cette proclamation à de nombreu.x exemplaires que l'on envoya dans les sections.

Certes, c'était merveille que d'épancher ainsi la plus belle rhétorique révolutionnaire, mais la Commune pensa cependant que des proclamations il fallait passer aux actes. Vers huit heures, deux membres de la Commune, Coffînhal et Lumière, reçurent l'ordre de se transporter au Comité de Sûreté générale pour rendre à la liberté Robespierre, Couthon et « tous les amis du peuple » qui y étaient détenus (2). Ils descendirent sur la place de Grève, rassemblèrent deux ou trois cents canonniers, une poignée de gendarmes, les restes de VÉtat-Major d'Hanriot et quelques patriotes enthousiastes. Cette troupe, par la rue de la Verrerie et la rue Saint-Honoré, arriva sur la place de la Convention et braqua douze pièces contre le Comité de Sûreté générale. Partie des canonniers précédés par Coflinhal, Lumière et Damour, juge de pai.x des Arcis, pénétrèrent dans la petite cour qui précédait Ventrée. Là, ils surprirent le représentant Taillefer et des employés que l'on maltraita. Mais on avait hâte de délivrer Hanriot. Les gendarmes, qui le gardaient, se laissèrent prendre sans plus de résistance que l'escorte d'Hanriot deux heures avant. Hanriot monta à cheval mais, refusant d'écouter Coffinhal qui voulait enlever la salle des séances, il s'empressa d'obéir à l'arrêté de la Commune qui lui ordonnait de se rendre à l'Hôtel de Ville. S'il eût écouté Coffinhal,

(1) Courtois. Papiers inédits de Rubcspierre.

(2) Coui-lois. Rapport, p. 55.

Ml. T. F. M THl RMIDOR

la victoire était assurée. Ni les Conventionnels ni les tribunes n'étaient en état d'opposer une résistance quelconque. Quant à la garde de la Convention et au.x compagnies de Sectionnaires postées aux environs des Tuileries, on en aurait eu facilement raison.

Les membres du Comité de Salut public s'étaient enfuis et avaient cherché asile dans la salle des séances. Les Conventionnels, qui avaient si maladroitement suspendu leur séance à cinq heures, l'avait reprise à peu près au moment où l'on avait expédié aux prisons les députés arrêtés. Par les fenêtres ouvertes, ils entendaient le tocsin, la générale et chacun de ceux qui prenaient la parole venait entretenir l'Assemblée des dangers qu'il avait courus. Poultier, Rrival, Goupilleau, Merlin, Bourdon, prouvaient clairement par le récit de leurs mésaventures de la journée, que la qualité de Conventionnel était, dans tout Paris, un titre à la proscription (i). Billaud-Varennes, Collot d'Herbùis, La Vicomterie, Vouland, cachés dans la petite salle derrière le bureau du président, aussi abattus dans le péril qu'ils étaient insolents et cruels dans la prospérité de leur pouvoir (2), avaient perdu la tête et jugeaient la situation désespérée. Legendre travaillait à unir la Plaine et la Montagne. Rovère, Fréron, Lecointre, prêchaient le courage et l'énergie et distribuaient des armes à leurs collègues. Dans sa prostration, Billaud avoua que si l'on avait peu de soldats, on n'avait plus de général : Aymard était, depuis plusieurs heures, prisonnier d'Hanriot. A ce moment, il y eut un conciliabule entre Vouland et P'réron. « Connais-tu, disait Vouland, un moyen de sauver la Représentation Nationale? — Il n'y en a qu'un, répondit Fréron, c'est de faire nommer par la Convention, des représentants pour diriger la force armée de Paris, et de faire lever les sections. — Quels représentants? demanda Vouland. — Barras acceptera, répondit Fréron, il

(1) Moniteur. Séance du 9 Thermidor, soir.

(2) B;irras. Mémoires, 11. IS9-190.

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