‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 18 sur 22 · I.A FIN DU DRAME l · texte numérisé non relu

I.A FIN DU DRAME l

niers. Les premiers arrivés place de Grève tui"6rit les canonniers de Mucius Scœvola, les derniers ceux de la Section des Droits de l'Homme qui parurent enfin vers dix heures du soir, après l'incarcération de Lasne. Et le tocsin qui sonnait toujours, faisait affluer les sectionnaires des Sans-Culottes, du Muséum, des amis de la Patrie. Ces troupes ignoraient, pour la plupart, la cause de leur réunion. C'étaient des soldats qui marchaient par ordre, et seuls quelques commandants en chefs de sections, comme Richard de la Réunion, se demandaient qui avait succédé à Hanriot décrété d'arrestation. C'est alors que le Conseil général ayant désigné Giot, Fleuriot-Lescot renvoya Richard en lui disant : « Tu ne seras plus embarrassé : voilà un général! (i) ». Ce malheureux Giot, adjudant général de la i" légion, qu'on avait envoyé chercher au Temple où il était de garde, était non seulement sans connaissances stratégiques mais incapable d'initiative et même hors d'état d'interpréter sainement les consignes qu'on lui donnait. De son propre aveu, il n'a rien compris aux événements auxquels il était mêlé et, bon soldat, rompu à la discipline, autant que détestable général, il s'est contenté de perdre la tète (2). Les Robespierristes expiaient par ce choix la haine qu'ils n'avaient cessé de porter au militarisme et la crainte que leur avait inspirée en tout temps une épée puissante aux mains d'un soldat de génie.

Le Conseil général de la Commune avait une déception plus immédiate. Tandis que Fouquier-Tinville faisait sourde oreille à ses invités, deux hommes qu'on avait considérés comme purs Robespierristes, Herman et Lanne, adjoints aux administrations civile, police et tribunaux, avaient sous l'empire de la terreur fait défection. Lorsque les décrets de la Convention étaient arrivés à Fleuriot- Lescot sous leur contre-sceau, il n'avait pu dissimuler sa

(1) Archives Nationales, W 80. Déclaration de Richard, commandant en chef de la section de la Réunion.

(2) .archives Nationales, W. 19.

\û^ LE f| THl'UMIDOR

surprise douloureuse (i). Cependant, les nouvelles qui arrivaient de la Convention étaient des plus rassurantes. Le substitut de Vagent national, Lubin, qui était allé à l'Assemblée, rapportait que la consternation y régnait. D'après Bernard, membre du Conseil général, la Convention était cernée dans le Palais National et gardée à vue par les Jacobins, dont « l'esprit, disait-il, est excellent et énergique (2) ». Enfin, la défection de Lanne et d'Herman était contrebalancée par Vadhésion de Lerebours, directeur de la Commission des secours publics, qui se transportait à la Commune et livrait au Conseil général un portefeuille de papiers qu'il avait soustrait aux Comités. Il y avait là, disait-il, la preuve de leurs agissements antirévolutionnaires. Enfin, si Fouquier-Tinville était inabordable, on pouvait compter sur plusieurs des jurés du Tribunal révolutionnaire. L'un d'eux, Chatelet, était venu de sa personne apporter l'assurance que sa section se joindrait au parti de la Mairie (S); d'autres, Chrétien, Nicolas, Didier, Gérard, Renaudin, luttaient dans leurs sections pour la cause de Robespierre. Garnier-Launay, juge au Tribunal révolutionnaire, un de ceux qui, la veille au soir, à la sortie des Jacobins, avaient ramené Robespierre chez Duplay, essayait de convaincre la Section des Piques qu'il fallait ordonner qu'une partie de la force armée se portât à la Commune. Il tentait d'entraîner les suffrages en s'appuyant sur ce qui venait d'être dit aux Jacobins et sur l'exemple de plusieurs sections qui s'étaient déjà portées à la Place de Grève.

(1) D'Héricnnlt. La Révolution de Thermidor, p. 42fi. Successivement juge de district, président du dépurteraeiit, du Tribunal criminel, du Tribunal révolutionnaii-e, ministre de l'Intérieur. Herman avait été une des plus hautes personnalités judiciaires de la Terreur. Intimement lié avec Lebas. il fut condamne à mort, lors du procès de Fouquiei'-Tinville. Lanne, qui mourut avec lui était l'un des témoins de l'acte de naissance de l'enfant de Lebas.

(2) Archives Nationales, F'' 4447.

(!i) Campardon. Le Tribunal révolutionnaire. II, pièces justificatives ; Résumé du procès de Fouquier-Tinville. par Cambon du Gard.

I(;t3 Lie q TH1;RMI1)()R

Mais le Comité civil lui répondait sèchement quil ne connaissait pas de Jacobins tant qu'il n'avait pas d'ordres de la Convention Nationale et qu'il se refusait à faire marcher la force armée (i). Enfin, les Communes des environs, telles que Belleville, Choisy-sur-Seine, Bercy, Montreuil-sous-Bois se déclaraient prêtes à voler au secours de leurs frères de Paris o avec tout le zèle de vrais républicains » (2). Pour soutenir l'enthousiasme, Fleuriot- Lescot et Payan entassaient manifestes sur manifestes. La Convention avait décrété d'accusation les Robespierristes : la Commune offrait une couronne civique aux généreux citoyens qui arrêteraient les ennemis du peuple, les scélérats « qui avaient osé plus que Louis XVI lui-mênte, puisqu'ils avaient mis en arrestation les meilleurs patriotes ». Mandats d'amener étaient lancés contre Collotd'Herbois, Amar, Léonard Bourdon, Dubarran, Fréron, Tallien, Panis, Carnot, Dubois-Crancé, Vadier, Javogues, Fouché, Granet, Moïse Bayle, pour délivrer la Convention de l'oppression où ils la retenaient. Fleuriot-Lescot et Payan lançaient également une proclamation violente contre les Thermidoriens et les Comités : « La patrie est plus que jamais en danger; les scélérats dictent des lois à la Convention qu'ils oppriment : Robespierre qui fit déclarer le principe consolant de l'existence de l'Etre Suprême et de l'immortalité de l'âme, Saint-Just, cet apôtre de la vertu qui fit cesser les trahisons du Rhin et au Nord, ainsi que Lebas qui fit triompher les armes de la République, avec Couthon, ce citoyen vertueux qui n'a que le corps et la tête de vivants, mais qui les a brûlants de l'ardeur du patriotisme; Robespierre le jeune, qui présida aux victoires de l'armée d'Italie. Quels sont leurs ennemis? Un Amar exnoble de trente mille livres de rente ; Dubarran vicomte et des monstres de cette espèce; Collot-d'Herbois, ce partisan de

(1) Archives Nationales, W 79. Section des Piques, Comité civil. Séance du 9 thermidor.

(2) D'Héricault. La Révolution de Thermidor, 451-452.

Page 1