‹ Le 9 thermidor, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 11 sur 12 · LA FIN DU DRAME · texte numérisé non relu

LA FIN DU DRAME

U^ ^e^uA:^ 3<r£^UvU^f ^icii^*^ CLCcl^Ul^^

eJf Cf^c/u^ yl^z^^u^ c^iuu<^ 9cu^t^ ^ /<»>«,

Ordre d exécution envoyé a l'Accusateur public le 1(1 Thermidor an II, à 2 h. Ij'i de l'après-midi.

(Archives Nationales.)

loi devaient être exécutés sur la simple constatation de leur identité. Au fur et à mesure qu'on les amenait à la barre, on les présentait aux témoins. F'ouquier-Tinville, à l'audience du matin, requit l'application de la loi contre Maximilien, Saint-Just, Gouthon, Dumas, Payan, Hanriot, Lavalette,

î^^^ LE 0 THERMIDOR

Vivier et quelques autres municipaux (i). On prétendit qu'il s'était abstenu volontairement de requérir contre Fleuriot- Lescot qui était son ami intime. Plus tard il qualifia cette induction de « misérable ». Lieudon 'qui tenait la seconde audience, avait requis pour cette seule raison contre Fleuriot, Robespierre jeune et les autres municipaux. A cinq heures et demie sonnant à Thorloge, on fit monter les vingt-deux condamnés dans quatre charrettes. Les deux Robespierre, Couthon, Hanriot, Payan et Fleuriot- Lescot, étaient dans la dernière. Les geôliers voulaient coucher les blessés sur des matelas. « Non, non, pas de matelas! le bois de la charrette est bien assez bon pour ces coquins-là, répliqua Tun des conducteurs et, pour soutenir les quatre blessés, les valets du bourreau les attachèrent aux ridelles. »

Ceux qui virent passer le cortège remarquèrent que la figure de Robespierre était tuméfiée et qu'il laissait retomber la tête sur sa poitrine. « Ses conTpagnons, plus ou moins défigurés, ressemblaient à des bêtes féroces prises au piège et dont on n'avait pu se rendre maître .sans les ]nutiler. Robespierre jeune était dans un tremblement nerveux, occasionné par les douleurs cuisantes que sa fracture à là cuisse lui faisait éprouver. Le visage d' Hanriot ne présentait qu'une horrible blessure. Il avait pour tout vêtement une chemise et un pantalon couverts de boue et de sang. Tel il avait paru, sauf les blessures du visage, lorsqu'il sortit de Saint-Firmin, le dimanche de septembre, après avoir égorgé tous les prêtres qui y étaient renfermés (2). »

Par les rues, la foule était innombrable. Des chants d'allégresse, des applaudissements, des cris : « A bas le tyran! Vive la République! » Des imprécations de tout genre retentissaient sur la route qui menait à l'échafaud. Cette foule grondante, ivre d'une joie malsaine, arrêta les

(1) Campardon. Hisiaiie <lu Tribunal rcro/ntionnai/c, II, 269. Réponse de Fouquicr-Tiiivillc.

(2) Leblanc. Vies, IG. — Duval. Souvenirs theirnidoriens, p. 241).

lOO LE 9 THERMIDOR

charrettes devant la maison Duplay dont tous les habitants étaient à cette heure dans les prisons. Un enfant alla chercher du sang chez un boucher, et arrosa, avec un balai, la porte de cette maison que Maximilien avait tant de fois franchie en triomphateur. Alors, Robespierre ferma les yeux avec un frisson. Plus loin, une femme dont la loi de prairial avait pris les enfants, grimpa sur les roues de la charrette et l'apostropha : « Va, scélérat, descends aux enfers avec les malédictions de toutes les épouses et de toutes les mères de famille ! »>

Il était à peu près sept heures et demie quand on arriva au pied de l'échafaud. Gouthon fut exécuté le premier. Puis Robespierre jeune et Hanriot, ensuite les douze municipaux, Vivier, Lavalette. Robespierre devait être exécuté le dernier après Payan, Dumas et Fleuriot. Mais, comme il était tombé plusieurs fois en défaillance pendant la marche, et qu'en voyant exécuter son frère, il avait perdu connaissance, on lui donna le tour de Fleuriot-Lescot. « Le bourreau, après l'avoir attaché à la planche et avant de lui faire faire bascule, arracha brusquement l'appareil mis sur sa blessure. Il poussa un rugissement semblable à celui du tigre mourant, qui fut entendu des extrémités de la place. Fleuriot-Lescot fut exécuté le dernier (i). »

La répression ne s'arrêta pas là. Le ii Thermidor, soixante-dix complices de la rébellion de la Commune périrent sur le même échafaud. Le lendemain, dans la dernière séance du Tribunal révolutionnaire, on en condamna douze. Goffinhal ne fut arrête que le 17 Thermidor, livré par un ami auquel il avait demandé l'hospitalité. Il était à demi mort de fatigue, de faim et de soif. Il comparut le 18 au Tribunal criminel qui le livra à l'exécuteur. Ce fut au milieu des huées que la charrette arriva place de la Révolution. Parodiant son mot habituel, quand il interrompait les accusés dans leur défense, le peuple lui criait :

(1) Duval. Souvenirs thermidoriens, p. 253.

Page 1