LA FIN DU DRAME
Les membres du Conseil général venaient de se saisir d'un agent des Comités. Coffinhal le fouilla et le fit traduire à la maison d'arrêt de la Mairie, avec promesse qu'il serait fusillé sous deux heures. Pour contrebalancer la tentative des représentants délégués dans les sections, on envoya de la Commune des émissaires qui se répandirent dans les comités et les assemblées des Sections qui siégeaient en permanence. Gaimeux parcourait la section des Sans-Culottes, Lepauvre celle de l'Indivisibilité. Voyenne arrêtait de sa main le commandant de la section du Muséum; Pelletier, juge de paix de la section Chalier, et Lemasson, son asspsseur, s'efforçaient d'entraîner leurs concitoyens. Denelle, membre de la Commune du lo août, recrutait tout ce qu'il pouvait d'anciens membres de la Commune insurrectionnelle de 1792 (i); Bugniau apportait à sa section une lettre ouverte du général Hanriot et le baiser fraternel du commandant en chef des troupes parisiennes (2]. Mais ailleurs, le mouvement inverse se produisait. Des députations des sections affluaient maintenant à la Convention. Dans ces députations figuraient des hommes qui s'étaient tenus à l'écart pendant toute la Révolution. Ainsi Fiévée figurait à la tête de la députation de la section Marat et blaguait un gros député qui voulait le convaincre que l'assurance avait toujours régné dans la Convention (3). Sur la place du Carrousel, l'avocat royaliste Berryer, une pique entre les jambes, était assis sur le pavé au milieu de deux cents sectionnaires de la Réunion (4). Cousin-Jacques, encore un royaliste honteux, est de garde au Carrousel avec le bataillon de sa section (5). Dans la soirée, au théâtre de la République, où l'on jouait Épicharis et Néron, de Legouvé, on soulignait comme la veille par des applau-
(1) D'Héi'ii'uull. La Révolution de Thermidor, p. 463-''i64.
(2) Archives Nulionales, F7 4620. Dossier Bugniau.
(3) Correspondance de Fiévée. Introduction.
(4) Berryer. Souvenirs d'un avocat, I, 231.
(5) Cousin Jacquos. Testament d'un électeur.
dissements tout ce qui pouvait s'adresser à Robespierre :
Tremble, tremble, Néron, ton empire est passé.
soulevait une frénésie d'enthousiasme et l'on redenaandait
le :
Je n'aurai pas su vivre et ne sais pas mourir.
Et mourant dans la fange on ne me plaindra pas (i).
Il y a quelque chose de changé dans Paris. Les suspects sortent de leurs abris. Tous ceux qui se sont cachés pendant la Terreur affluent aux Sections (2). Après minuit, la jeunesse qui quitte les théâtres et les lieux de plaisir, toute cette population de ci-devants qui, faute de domicile légal, fréquente la nuit chez les filles du Palais-Égalité, — se rend aux abords de la Convention d'un mouvement instinctif et confus. Comme l'avoua plus tard Dubois-Crancé, ce ne furent pas les Sans-Culottes qui sauvèrent la République, le 9 Thermidor, ce fut ce qu'il appelle la classe intermédiaire (3). A minuit, Barras recevait de toutes les sections des avis favorables. Partout la proclamation de la Convention est publiée, partout l'ordre du général en chef de rappeler les Sectionnaires envoyés sur la place de Grève et de diriger sur la Convention la moitié de la force armée, tandis que le reste jera de fréquentes patrouilles, était exécuté avec un zèle qui rachetait l'incertitude des premières heures de la soirée. Dès lors, Barras, sans garantir un succès immédiat, se déclare certain qu'il peut protéger la Convention contre un coup de main. Un violent orage chasse des rues les curieux, vers une heure du matin. La guerre de décrets continue cependant par les rues, mais l'espace où les proclamations de la Commune trouvent de l'écho devient de plus en plus limité. Dulac se rend à la place de Grève. Il cause au passage avec les Sectionnaires des Arcis qui sont postés sur le cjuai, s'approche des canon-
l\j M'"" Fusil. Souvenirs d'une actrice, II, Cl.
(2) Lacretelle. Histoire, VI, 114.
(3) Dubois-CraiMîé. Dialogue entre deu.r Jacobins.
LA FIN Dr DRAME
niers de diverses sections, pousse le cri de « Vive la Convention ! » qui est le mot d'ordre des deux partis et lit sa proclamation. Il n'a pas achevé que déjà les pièces sont en mouvement et les canonniers en route pour la place de la Convention. Le vide s'est fait autour de la Commune sitôt que le mot hors la loi a été prononcé.
Hanriot, qui sort sur la place de Grève, remarque ce mouvement de retraite. » Comment, s'écrie le général, est-il possible que les scélérats de canonniers, qui m'ont sauvé la vie, il y a cinq heures, m'abandonnent ainsi actuellement! » Il jure! il sacre niais il ne songe à aucune mesure.
Les affaires de la Convention prennent une meilleure tournure. Chaque quart d'heure marque une avance notable dans les progrès de sa propagande. A la Section révolutionnaire, celle qui avoisine la Mairie, trois proclamations sont faites par le commissaire de police, conformément aux instructions de Barras, la première dans la cour de la caserne, la seconde vis-à-vis la porte de la Mairie, la troisième à l'entrée du quai des Orfèvres. Les administrateurs de
Meila en custurne de General de VEnipi<e. i Lithographie de Constans.)
police, Bigant en tête, font une sortie. Ils crient que la déclaration est fausse et requièrent au nom de la loi d'arrêter ceux qui la font. Ils entraînent à la Mairie le commissaire Debroux, tandis que les membres du Comité de la Section s'emparent d'un préposé de police qu'ils conduisent à la Convention (i). Quoique cernée par les troupes et les estafettes de Barras, qui enlèvent certains de ses courriers, la Commune n'en est pas moins en communication avec le Comité des Jacobins. A une heure, le Comité d'exécution fait demander une députation de citoyens et de citoyennes pour remplir ses tribunes, bien entendu sans que la séance soit levée rue Saint-Honoré (2). Cest que le vide qui s'est fait autour de l'Hôtel de Ville règne aussi dans la salle du Conseil général. Quand Payan, un peu avant, a lu sur un ton railleur le décret de mise hors la loi et qu'il l'a accompagné de menaces contre la Convention et les Comités, il a pensé réchauffer les enthousiasmes, en ajoutant à la formule de proscription, les mots : « Et les citoyens qui sont dans les tribunes. » Alors, en un clin d'œil, celles-ci ont été désertées (3).
A la Convention, on voit arriver les gendarmes de Louvet qui, désertant la cause robespierriste, viennent offrir leurs services. On les charge de ramener les canons de la place de Grève et à deux heures du matin, c'est eux qui cernent la Mairie et mettent en arrestation les administrateurs de police (4). Vers la même heure, dans un de ces élans de courage qui ont fait sa célébrité, Legendre s'arme de deux pistolets, se fait accompagner par dix hommes de bonne volonté : « Vouler-vous me suivre? leur dit-il. Les conspirateurs se sont emparés de la salle des Jacobins. Déposez vos armes, vous ne pourriez être introduits. Vous ne ferez
(1) Archives Nationales, W 187. Section Révolutionnaire. Comité de Surveillance. Note du 28 Thermidor.
(2) Courtois. Rapport, p. 51.
(3) Courtois. Réponse aux détracteurs, p. .38.
(4) Archives Nationales, F 7 '4437.
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que me suivre. Celui qui préside en ce moment est un contre-révolutionnaire. Je lui brûlerai la cervelle et le sabre en mains, je prendrai sa place. » En route, il fait arrêter Gérard, le garde du corps de Robespierre, qui menait une patrouille à la Convention, et arrive aux Jacobins où tout est en désarroi. Vivier se confond dans la foule de ceux qui sortent. Legendre expulse les femmes des tribunes, ferme les portes de la salle où il n'y a plus personne et en rapporte en trophée les clefs à la Convention. « Gomme c'est la Convention en masse qui a sauvé la patrie, dit-il, demain, la Convention nationale en masse sera jacobine. Ce sera la Vertu qui ira ouvrir les portes de cette Société. » Alors, Thirion demande la mise hors de loi de Vivier qui est votée sans discussion (i). L'intérêt est ailleurs. Barras n'a pas tardé à être renseigné sur les mouvements qui se produisent autour de l'Hôtel de Ville. Léonard Bourdon et Camboulas lui annoncent qu'ils ont levé dans le quartier des Arcis et des Lombards quelques milliers d'hommes prêts à marcher. Il appelle à lui les plus ardents des Montagnards et, divisant son armée en deux corps, l'un qui suit les quais et l'autre la rue Saint-Honoré, il s'avance sur l'Hôtel de Ville. De nouveau, la place de Grève est couverte de troupes. On cerne l'Hôtel de Ville. Le Comité de Salut public a recommandé à Barras de tout mitrailler. Il préfère la voie plus sûre de la persuasion. Les canonniers qui défendaient les portes, rappelés par les commissaires de leurs Sections, se rangent en effet sans résistance au parti de la Convention. « On nous a trompés, disent-ils, nous ne reviendrons ici que pour foudroyer ces coquins-là! » On les emploie sur-le-champ. Sur l'ordre des Conventionnels, ils tournent leurs batteries contre l'Hôtel de Ville. Quant aux vingt canons qui sont du côté de l'arcade Saint-Jean, les canonniers les ont abandonnés. La députation des Jacobins, que le Comité d'exécution avait fait demander à une heure
(1) Aulard. La Société des Jacobins, VI, 498. — Moniteur, XXI,
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après minuit, se présente aux portes et parlemente avec le factionnaire. Il y a là Duplay, Didier, Lécrivain, Lagarde, Accart, et d'autres personnalités robespierristes bien connues (i). Les membres du Conseil sont en séance et paraissent ignorer les mouvements qui se sont produits au dehors. L'Assemblée est tumultueuse. Des citoyens vont et viennent dans les couloirs. On monte, on descend les escaliers. Personne ne songe à se garder. Qui donc croirait à un mouvement offensif de la part de la Convention? Robespierre et les Conventionnels sont dans le cabinet vert à côté de la salle des séances (2). Maximilien est en train de signer un appel à la section des Piques, lorsqu'un bruit violent interrompt sa signature. La salle est soudain envahie. Le gendarme Merda arrive sur Robespierre, lui pointe son sabre au cœur : « Rends-toi, traître. » Il relève la tête : « C'est toi qui es un traître et je vais te faire fusiller. » Merda lui décharge son pistolet dans la figure. Le plomb lui fracasse la mâchoire inférieure gauche. Maximilien tombe de son fauteuil aux pieds de Merda (3). Augustin, à la détonation, passe par la fenêtre. Hanriot se précipite par un escalier dérobé. Couthon essaie de fuir; gêné par ses béquilles, il tombe du haut d'un escalier et se blesse à la tête. Saint-Just agite machinalement un poignard et Dumas un flacon de mélisse. Lebas s'est tué d'un coup de pistolet. Il est mort sur le coup. Cependant, Robespierre jeune, ses souliers à la main, se promène quelques minutes sur la corniche du premier étage. Il voit un représentant du peuple entrer à l'Hôtel de Ville. Il entend lire la proclamation sur la place. Alors il se précipite et tombe au pied du grand escalier sur les baïonnettes de deux citoyens. On le transporta au Comité civil de la section de la Maison commune, où il déclara, mutilé et sanglant, que son frère
(1) Aulard. La Société des Jacobins, VI, 202.
(2) Georges Gain. Promenades dans Paris, 251,
(3) Méda. Précis historique, 3'i.
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et lui n'avaient aucun reproche à se faire et qu'ils avaient toujours rempli leur devoir envers la Convention (i).
Hanriot échappa à Merlin qui le poursuivait un sabre au poing, puis à Coffinhal qui lui reprochait sa lâcheté et son ineptie. Il alla se cacher dans une courette où était le déversoir des égouts. On l'y découvrit à une heure de l'aprèsmidi, et comme il ne voulait pas sortir de sa retraite on le larda de coups de baïonnette. On le conduisit ensuite à la Conciergerie (2). Les troupes conventionnelles avaient fait irruption dans la salle du Conseil général dont les membres surpris sans défense ne purent opposer aucune résistance. Quelques-uns furent arrêtés sur place, les autres s'enfuirent, mais durant la journée du 10 on leur livra une chasse acharnée dans tout Paris. Ils furent poursuivis dans les sections, arrêtés chez eux ou dans leurs retraites et amenés à la Conciergerie par les soins des divers Comités révolutionnaires. Coffinhal, qui s'était réfugié dans l'île des Cygnes, fut arrêté le dernier et livré au Tribunal révolutionnaire.
Cependant, on avait ramassé Couthon, dans une des salles de la Maison commune. Il faisait le mort si adroitement que des Sectionnaires, qui le lardaient de leurs piques, allaient le jeter à la rivière sur le quai Pelletier, torque le prétendu cadavre se décida à ressusciter. « Eh, citoyens ! s'écria-t-il subitement, je ne suis pas encore mort. » Alors on le traîna par les jambes jusque dans la salle du Conseil général où on l'étendit au pied de la tribune (3). Merda, revenu près de Robespierre, avait fouillé l'Incorruptible, lui avait pris son portefeuille et sa montre qu'il remit à Léonard Bourdon (4). Une douzaine de sans-culottes empoignèrent par la tête et par les pieds le malheureux vaincu et le
(1) Rapport Courtois, p. 203. — Procès-verbal du Comité civil de 4a section de la Maison commune.
(2) Hamel. Histoire de Robespierre, III, 793.
(3) Courtois. Rapport, 72.
/4) Méda. Précis historique, 34.
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portèrent à côté de Couthon. Ils déchirèrent la manche droite et le dos de sa redingote. « Oui, Robespierre, fit Tun d'eux en le regardant fixement, il est un Etre suprême. » Vers cinq heures du matin, on emporta Couthon à l'hospice de l'Humanité où le fameux chirurgien Desault le pansa et le plaça dans la salle des opérations, d'où il sortit bientôt, car le Comité de Salut public le réclamait (i). Egalement au petit jour, on porta Robespierre au Pavillon de Flore. Le cortège s'arrêta un instant au pied du grand escalier. Des curieux s'approchèrent. Maximilien tenait son bras droit sur son visage pour le cacher. Un de ceux qui étaient à côté de lui le leva : a II n'est pas mort, dit-il, car il est encore chaud. — Ne voilà-t-il pas un beau roi? fit un autre. — Quand ce serait le corps de César, pourquoi ne pas l'avoir jeté à la voirie, répliqua un troisième. » Mais les porteurs écartèrent les curieux. Ils ne voulaient pas qu'on touche à Robespierre et ceux qui soulevaient les pieds recommandèrent à ceux qui portaient la tète de la tenir élevée pour lui conserver le peu de vie qui lui restait (2). On plaça le moribond, qui paraissait souffrir atrocement sur une grande table recouverte d'un tapis vert, et on lui donna pour oreiller une boîte remplie de morceaux de pain de munitions moisi. Sans souliers, ses bas de coton tombant sur les talons, ses culottes de nankin déboutonnées, sa chemise ensanglantée, son habit déchiré et souillé, il n'avait plus rien du Robespierre frisé et petit maître qui était entré fièrement la veille au matin à la Convention.
La séance de nuit se prolongeait encore.
— Le lâche Robespierre est là, annonça le président Charlier, à qui on venait d'apprendre l'arrivée du tyran abattu. Vous ne voulez pas qu'il entre? — Non! non! cria la Convention tout d'une voix. » Et Thuriot s'écria : « Le
(1) Hamel. Histoire de Robespierre, III, 793.
(2) Tous ces détails sont empruntés à la curieuse brochure contemporaine : Derniers instants de Robespierre et de sa faction du 9 au 10 Thermidor.
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cadavre d'un tyran ne peutqueporter la peste. La place qui est marquée pour lui et ses complices, c'est la place de la Révolution (i). » On laissa donc Robespierre dans la salle d'audience du Pavillon du Comité. Il respirait à grand bruit et, dans les convulsions musculaires qui l'agitaient, il attira à lui un sac de peau où était inscrite la marque du Grand Monarque et en essuya le sang qui coulait de sa blessure. Il releva alors la tête, appuyé sur son coude gauche, et saisissant de la main droite deu.x petits morceaux de papier, il en étancha ses plaies. Parmi ceux qui l'avaient amené, il y avait un pompier et un canonnier qui ne cessaient de lui parler. Ils avaient toujours quelque mot plaisant à lui adresser. L'un disait : « Sire, il me semble que Votre Majesté souffre. » L'autre : « Eh bien, tu as perdu la parole? Tu n'achèves pas ta motion, elle était si bien commencée. Ah! il faut que je te dise la vérité, tu m'as bien trompé, scélérat! » On ne tarda pas à amener Saint-Just, Payan et Dumas, garrottés et escortés par des gendarmes. Ils restèrent un bon quart d'heure debout à la porte de la salle. Puis, on les fit asseoir dans l'embrasure d'une fenêtre : « Retirez-vous, fit un loustic, que ces messieurs voient le roi dormir sur une table, tout comme un homme. » Saint-Just, la figure abattue, les yeux gros, avança la tête pour voir Robespierre; Dumas paraissait plongé dans les rêves; Payan souriait d'un air bravache. Dumas dit : « Pourrais-je avoir un verre d'eau, gendarme? » Et Payan, regardant Saint-Just, fit : « Vous pouvez en apporter trois, » Il n'y avait d'eau que pour deux. Et il se passa quelque temps avant qu'on apportât le verre de Saint- Just. Tandis qu'il attendait, les yeux fixés sur l'acte constitutionnel affiché dans la salle : « Voilà pourtant mon ouvrage, le gouvernement révolutionnaire aussi. » Le gendarme lui apportait un verre d'eau. Il en but une gorgée et dit : « Merci! » Élie Lacoste ne tarda pas à arriver. Il envoya immédiatement Dumas, Payan et Saint-Just à la
(1) llamel. Histoire de Robespierre, III, 795.
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Conciergerie. Puis, il fît appeler Verge::, officier de santé de ire classe des armées et Marigues, chirurgien-major des grenadiers de la Convention, et leur recommanda de panser Robespierre, afin de le mettre en état d'être puni. Le pansement fut fait vers cinq heures. Marigues lui retira plusieurs dents, les canines, la première molaire et quelques esquilles. Le pansement ternjiné, les chirurgiens posèrent à Robespierre un bandeau passant sous le menton pour soutenir la mâchoire et coiffèrent d'un linge la partie supérieure de la tête. « Tiens, voilà qu'on pose le diadème à Sa Majesté, fit l'un. — Il est coiffé à la Religieuse, dit un autre. » Robespierre entendait ces propos, il ouvrait fréquemment les yeux. « Pendant tout le temps de son pansement, dit le rapport des chirurgiens, le monstre n'a pas cessé de nous fixer sans prononcer un mot (i). » L'appareil appliqué, on le recoucha sur la table, toujours la boîte sous la tête. « Elle te servira d'oreiller, disait-on, en attendant que tu ailles faire un tour à la petite fenêtre. » A neuf heures du matin, on apporta sur un brancard Couthon et le municipal Gobeau. Ils demeurèrent sous la garde des citoyens qui les avaient amenés, jusqu'à ce qu'à dix heures du matin, un arrêté de Billaud-Varennes, Barère et Collet d'Herbois enjoignit de transporter les trois blessés à la Conciergerie (-2). A ce moment, Robespierre s'était glissé en bas de la table et s'était assis dans un fauteuil (3). On le porta de la sorte jusqu'au Palais. Là, il fut mis au secret en attendant l'instant de paraître à l'audience. Robespierre demandait au geôlier une plume et de l'encre. « Qu'en veux-tu faire, dit l'homme? Vas-tu écrire à ton Être Suprême? » Les Comités ne se souciaient pas qu'il écrivit (4). L'audience fut très courte. Des prévenus hors la
(1) Courtois. Bapporl, 202. — Rapport des officiers de santé sur les pansements des blessures de Robespierre aîné et son transport à la Conciergerie.
(2) Courtois. Papiers de Robespierre, II, p. 71. (3] Id. ibid.
(4) Barras. Mémoires, I, 196. — Sirey. Le Tribunal révolutionnaire.