L ESCARMOUCHE
les entremetteurs de la tentative d'arrangement, ni DurandiMaillane, ni Palasne-Ghampeaux, ni Boissy d'Anglas ne voulurent écouter leurs ouvertures. Deux fois, les envoyés de la Montagne revinrent à la charge ; deux fois, ils exposèrent que la protection que Robespierre accordait à la Plaine était précaire et passagère, que rheurc viendrait où nulle soumission, nul escl avage ne pourrait leur en assurer la continuité.
Chaque fois, les hommes du Marais opposèrent une t^m de non-recevoir. A peine dissimulaientils leurs méfiances et leurs rancunes sous des formes courtoises. A peine avaient-ils voulu admettre qu'une dictature sans contrepoids les exposerait à des dangers égaux a ceux que couraient en ce moment leurs solliciteurs M). Il fallait pourtant, a quelque prix que ce fut, acheter leur concours. On chercha quel gage pouvait leur paraître suffisant. Le 5 Thermidor, les honimes du Comité de Sûreté générale firent un grand pas. 1-e pacte d'alliance qui semblait conclu entre Robespierristes et Billaudistes devait être leur mort. Leur colère contre Billaud-X'arenne n'avait d'égale que leur
Bourdon-de-l'Oise^ par Houleuaz. (Kibliothèque Nationale. Estampes.)
(1; D Uéricault. La Révululion de Tlu
I idt
t24 LE 9 THERMIDOR
terreur d'être livrés à Robespierre. Ils entrèrent dans la voie des concessions au Marais. Deux d'entre eux, les plus féroces jadis contre les Girondins, se décidèrent à une capitulation. C'étaient Amar et Vouland. Vouland était un homme rigide qui s'était fait à la Convention le porte-parole des haines des protestants cévenols contre les chefs du parti catholique dans le Gard. A cela près, parmi les féroces au milieu desquels il vivait, il n'avait pas été particulièrement violent. Amar, au contraire, était un pourvoyeur sans phrases de la guillotine. Il est vrai que tandis que Vouland était un homme austère, le vieux magistrat retors qu'était Amar eût pu représenter les dieux qui s'humanisent. « L'aspect de l'appartement d'Amar, le matin, raconte le conventionnel qui a écrit les Mémoires d'un prêtre régicide, en eût pu fournir la preuve, du moins en faire naître le soupçon. Son antichambre et son salon étaient presque un sérail, rempli de femmes dont quelques-unes étaient charmantes, pudiques même. Sur d'autres visages, jolis aussi naguère, on lisait la consternation la plus absolue, la résignation la plus stupide, et leurs yeux étaient gonflés de larmes. C'étaient peut-être celles-là que préférait celui à qui toutes venaient demander la liberté ou la vie de quelque être chéri. Les plus heureuses étaient introduites dans la chambre à coucher; les placets qu'Amar prenait dans le salon ou dans l'antichambre étaient toujours sans résultat. J'avais souvent entendu parler du sérail d'Amar, et comme je savais qu'il n'aimait pas à être dérangé dans ces moments-là, je priai son officieux de ne point lui dire que j'étais là. Il me fit passer dans un petit cabinet où j'attendis qu'il eût l'occasion de prévenir mon collègue de ma visite. Je voulais absolument qu'il m'entendît et je savais que, repoussant les importuns jusque sur le carré, quand il en pénétrait jusqu'à lui, il les renvoyait promptement, s'embarrassant quelquefois assez peu d'y mettre des formes et ne se ressouvenant jamais de l'objet de la visite d'un profane. Lorsque les solliciteuses furent écoulées, on m'introduisit
%*fe.,..^>.,..^v^i^
'mw^
4t )US ••■vL-ï»
ir^
Af Peuple Français ou le Régime de Rubespicn r.
En vain de tous côtés j'allonge chaque membre. Tout fuit dessous ma main quand je crois y* toucher. C'est moi dans ce jeu-ci que l'on veut attraper Et j'en serai longtemps je crois le pot de chambre.
Collection Hennin. (Bibliothèque Nationale. Estampes.)
auprès de l'Orosmane du Comité de Sûreté générale; il était en belle humeur, il me reçut bien, se montra gracieux, ce qui n'était pas ordinaire et bien m'en prit de m'être montré discret ( i ) ».
L'homme rigide et le juriste don Juan cherchèrent de compagnie ce qu'on pouvait faire pour donner satisfaction aux hommes du Marais. Il y avait dans les papiers du Comité une pétition des députés détenus aux Madelonnettes, qui se plaignaient amèrement « d'être traités avec tant de dureté, malgré leur qualité de représentants du peuple, qu'on leur refusait du sirop de vinaigre et les douceurs propres à l'existence ». Ni Amar, ni Vouland ne s'étaient jusque-là préoccupés d'adoucir le sort de leurs collègues. Mais, tout d'un coup, les bons apôtres menèrent grand fracas de la découverte qu'ils venaient de faire et, courant à la prison, se firent amener leurs collègues.
— Est-il bien vrai qu'on arrête votre correspondance ? chevrotta Amar d'une voix attendrie.
— Vous a-t-on refusé les douceurs de la vie, soit en café, soit en sirop, soit en chocolat, soit en fruits? reprit Vouland qui pleurait presque.
Et puis, tous les deux, avec une émotion débordante :
— Parlez, parlez, chers collègues, le Comité de Sûreté générale nous envoie vers vous, pour vous apporter des consolations et recevoir vos plaintes, afin de punir ceux qui ont avili en vous les représentants du peuple (2).
Et à leur retour au Comité, Amar et Vouland menèrent un bruit d'enfer pour chercher et châtier l'employé qui leur avait dissimulé les tortures que subissaient leurs chers collègues. Comment de pareils procédés n'auraient-ils pas prouvé aux modérés de la Convention, qu'on était disposé à payer leur alliance au prix qu'elle valait. Il est vrai que d'autres Montagnards restaient fidèles au principe de la
\1) Mémoires d'un prêtre régicide, t. 11, p. 15fi
(2) Histoire de la Bét'olution française, par Louis Blanc, t. 11 p. 169.
L ESCARMOTCHE 127
menace. Comme le bruit courait que Robespierre faisait au Marais des offres équivalentes aux marchandages de la Montagne, Vadier laissa échapper un mot féroce : <( Si cela continue, je ferai guillotiner cent crapauds de son marais (i). » Boissy d'Anglas, Palasne-Champeaux, Durand-Maillanne, Du Bois du Bais, Plat de Beaupré, reçurent de nouveau, le 6 Thermidor, les offres de Tallien, Bourdon et Rovère. Ils les accueillirent d'abord froidement, i^oissv d'Anglas. moins d'un mois auparavant, avait chaudement félicité, dans son Essai sur les fêtes nationales, l'Incorruptible, des discours qu'il avait prononcés à la Fête de l'Etre suprême. « Il croyait, disait-il, entendre Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la Civilisation et de la Morale... Il ne semblait pas, disait-il encore, que l'on puisse rien ajouter aux principes de cette morale bienfaisante et sainte qui y sont développés avec tant de charmes et qu'un homme de bien ne rencontre jamais, sans les adorer, sans les bénir (2). » Comment pouvait-il s'élever maintenant contre Robespierre ? Et Durand-Maillane n'écrivait-il pas quelques mois avant à Robespierre : « Tu sais ou tu dois savoir que sans que je te voie, sans que je te parle, je te suis entièrement attaché. Tes principes ont toujours été les miens. Passe-moi quelques dissonnances dans certaines opinions. Je t'assure que mon patriotisme n'a jamais perdu de vue les enseignes du tien et j'ai mérité d'avoir su m'y tenir et m'y rallier dans un temps où j'ai été vivement sollicité d'en suivre d'autres (3) ». Maintenant qu'on le sollicitait de nouveau, il hésitait, il se demandait ce qu'il devait faire. Les Montagnards firent valoir tous les arguments. « Il n'était pas possible, raconta plus tard Durand-Maillane, de voir tomber plus longtemps soixante ou quatre-vingts têtes par jour sans horreur. » Les gens de la droite en arrivaient à se convaincre qu'il \- avait du
{l) Louis Blanc. Histoire de la Révolution française, t. II. p. l(>y.
(2) D'HéricauJt. La Révolution de Thermidor, p. 2r»H.
(3) Hamel. Histoire de Robespierre, t. HT, p. r.3r..
solide dans ce qu'on leur disait. Vraiment, la prolongation de leur existence n'était due, selon le mot de Tun d'eux, qu'à l'astucieuse politique du tyran, qui feignait de les protéger pour se ménager des amis et qui les abandonnerait le jour où il n'aurait plus besoin d'eux pour faire échec aux Montagnards. Evidemment Robespierre avait protégé les 71 détenus des Madelonnettes, mais c'était lui qui avait élevé l'échafaud de Vergniaud, de Lasource, de Brissot et des autres Girondins. L'heure était venue de savoir ce que voulaient les bourreaux. Quand on abattrait Robespierre, on abattrait en même temps la guillotine. Les Montagnards promirent tout ce qu'on leur demandait. Ils avaient le couteau sur la gorge. Ils s'engagèrent à rouvrir les prisons, à supprimer ce qu'on pouvait appeler les lois scélérates. En échange, la Plaine ne promit que de rester impassible, d'écouter toutes les objurgations de l'Incorruptible sans s'en émouvoir. Ses députés n'auraient à rien aventurer, à rien hasarder, ils seraient du parti du plus fort. Sur ces bases, ils traitèrent. « Le décret salutaire, a dit Durand- Maillane, ne tenait qu'à notre adhésion, nous la donnâmes (i). »
L'accord qui régnait maintenant dans le parti conventionnel ne trouvait pas sa contre-partie dans l'union des Robespierristes. Carnot venait, sous l'influence de Fouché, d'enlever à la Commune ses meilleurs soldats, les canonniers. Sijas, chef-adjoint à la Commission du mouvement des armées, dont le chef était Pille, l'ami de Carnot, et qui convoitait sa place, avait aussitôt signalé la mesure prise à Couthon. « Paris, disait celui-ci aux Jacobins, est la place forte, la citadelle commune que les ennemis du peuple cherchent à conquérir. Les patriotes doivent être sensiblenaent affectés de voir qu'on la dégarnisse ainsi de tout ce qui peut la défendre. Ce n'est pas que j'aie conçu aucune alarme; je sais que Paris, qui a si souvent bien mérité de la Patrie, ne doit pas craindre un mouvement; mais les
(Ij D'Héricault. La Héuolution de rhennidur, p. 340.
[pJPo J- C AMJ\01S l'iLS AIXE
F.iBJUQUANT A MONTPELLIEB . ï < !
^1 Dénuée* Ja Deâforfemen/r de /'IferauÙ , à lAififenti/ee Naàona/e- cls ijgj .
tilfili
(Rlblic.lluMjiM' Nitlioiiiilo. E^Im.
l3o LE 9 THERMIDOR
précautions sont filles de la prudence ; il faut que Paris soit toujours sur un pied imposant, et qu'à ce seul nom tous les tyrans tremblent (i). » Une députation des Jacobins vint, en effet, à la barre de la Convention, le 7 Thermidor, exposer les griefs de la Société contre Carnot et Pille. Carnot répondit très froidement qu'il n'avait pas envoyé aux frontières le nombre de compagnies qu'ordonnait la loi et qu'au moment où l'on avait besoin d'opposer tant de troupes à l'ennemi, des canonniers, si ardents dans leurs sections, devaient être trop heureux d'avoir l'occasion de déployer leur bravoure contre les esclaves des tyrans coalisés. Ce fut le seul événement de la journée du 7 (2).
Au matin du 8, une foule passionnée vint peupler les tribunes de la Convention. Robespierre, entouré de ses dévotes et de ses gardes du corps, sortit de la maison Duplay et s'avança vers le pavillon de l'Unité. A la Convention les meneurs avaient battu le rappel des votants dont les voix leur appartenaient. Alors que souvent, il n'y avait pas aux séances plus d'une centaine de députés, ce jour-là, les groupes étaient compacts. La Plaine, plus nombreuse que jamais, froide, en apparence indifférente, satisfit par son exactitude le coup d'œil de rincorruptible qui continuait à compter sur elle. Il avait pris la précaution de rappeler à Paris un certain nombre de représentants en mission, qui étaient de son parti. Mais il manquait beaucoup de ceux dont il était sûr. Il avait groupé ses amis des terrasses et des tribunes, mais il comptait surtout sur son éloquence pour emporter la position sans résistance possible. Jamais il n'avait préparé un discours avec autant d'attention, autant de choix dans ses expressions, autant d'amour. Comme il avait l'habitude de lire, il avait préparé un manuscrit lentement élaboré par une composition pénible et chargée de repentirs. Il aborda la tribune avec l'allure d'un triomphateur. Ses succès passés ne permettaient-ils
(1) Aulard. La Société des Jacobins, t. VI, p. 239.
(2) D'Héricault. La Révolution de Thermidor, p. 351,
l'escarmouche i3i
pas d'augurer de l'avenir? A la Convention, l'agresseur ne devait-il pas toujours l'emporter? S'il conservait au fond de son âme craintive et timorée une hésitation qui le portait malgré la violence de sa passion, à désigner plutôt qu'à nommer ses adversaires, c'était bien quand même une agression que le discours qu'il voulait prononcer. En réalité, sa harangue n'eut rien de nouveau. Elle ne représenta que la répétition de ce qu'il avait plus de cent fois énoncé à la tribune de la Convention : Des scélérats ligués avec des fripons voulaient tromper le peuple. En butte à tous les poignards, il sacrifiait sa vie pour assurer à celui-ci la paix, le bonheur, la liberté, l'égalité, la fraternité, au prix de son martyre. Alors, quand le monde aurait tous ces biens, le gouvernement révolutionnaire provisoire pourrait prendre fin et ceux qui vivraient alors n'auraient plus qu'à adorer l'Etre suprême en maudissant le fanatisme exécrable des prêtres. Pour le reste, il rééditait les attaques que Couthon avait portées la veille aux Jacobins, il répétait ses attaques contre d'obscurs employés du Comité de Sûreté générale, il se plaignait des injures et des grossiers sarcasmes dont certains représentants l'avaient assailli, lors de la fête de l'Etre Suprême, il se plaignait de l'attitude de ses collègues du Comité. Il demandait la punition des fripons, il se déclarait fait pour combattre le crime et non pour le gouverner. La Convention l'avait écouté dans un silence qui ressemblait à de la stupeur. Les députés ne savaient ce qu'Us devaient faire. Tout dépendait de l'attitude des membres des Comités, c'était à eux à marquer leur volonté et à rallier les suffrages. Barère avait été désigné pour répondre à Robespierre. Il avait préparé deux discours, l'un pour, l'autre contre, et" pendant que Robespierre parlait, il hésitait ne sachant encore lequel il prononcerait. Quand il descendit de la tribune, Maximilien fut salué par des applaudissements, félicité par ses amis, bien que quelques-uns fussent médiocrement satisfaits. Saint-Just avait écrit sur ses tablettes : « Il ne me paraît point avoir assez nettement distingué ceux qu'il inculpait. » Ce vague même
l32 LE 9 THERMIDOR
permit aux ennemis de Robespierre de se ressaisir. Quand il se rassit sur les hauteurs de la Montagne, il fut accueilli par de violents murmures. Il sembla aux adversaires de Maximilien que cette manifestation suffisait et que maintenant, il fallait l'embrasser pour mieux Tétrangler. Lecointre, l'un des plus mal disposés, le plus hostile la veille, se leva pour demander l'impression du discours. Il considérait la partie comme perdue si Von n'obligeait pas les Comités à se défendre séance tenante. Bourdon de l'Oise, qui ne comprenait pas sa pensée, s'opposa à la motion. Alors Barère en son nom personnel, appuya Lecointre. Robespierre triomphait pour les tribunes. Un ex-dantoniste ne venait-il pas de s'approcher de lui et de lui baiser les mains. A moins qu'à la sortie, il ne fut frappé d'un coup de couteau par-Tallien ou par Bourdon (i), la journée paraissait lui appartenir., Mais l'impression n'était pas celle d'une victoire complète sur laquelle on ne revient pas. Couthon voulut exiger l'envoi du discours dans toutes les communes de P'rance. C'était la capitulation des Comités, c'était la proscription des vaincus. Les Dantonistes entrèrent aussitôt en effervescence, Rovère somma Lecointre de monter à la tribune et d'y prononcer le discours que, deux jours auparavant, il avait fait imprimer par Guffroy. Mais Lecointre eut encore un trait d'habileté. Il se refusa à prononcer un discours qui visait non seulement Robespierre mais d'autres membres du Comité et qui, jeté dans le débat, eût amené un désastre. Mieux valait laisser voter la motion de Couthon, quitte à la démolir aussitôt à la faveur d'un incident de tribune. Aussitôt le vote acquis, la minorité, composée des Cordeliers, des amis de Danton et de tous les mécontents, sortit en foule et simultanément de la salle, en signe
(l) Bourdon, recevant dans son petit logj'inent de gurç^on de lu luo des Snints-Pères son ami Berryer, lui inontra, dans une caisse , oblongue sous son lit, l'habitqn'il avait porté Je jour de la prise de la Bastille, son panache criblé par les balles des Vendéens, et un large coutelas dont il entendait à la pretnicie oct-asion frapper Robespierre ^Bci-ryer. Suin>eiiirs, t. [, j). 227-"J2S).
L i:SCARMOl CHi; K-i.i
de protestation ii). Deux hommes s'étaient sentis atteints par le discours de Robespierre. C'était Vadier, qui ne pouvait supporter qu'on traitât de farce ridicule son rapport sur Catherine Théot dans lequel il avait mis toute son âme; c'était Cambon dont Robespierre avait attaqué les plans financiers. Ils s'élancèrent en furieux à la tribune. Robespierre allait-il leur asséner une de ces répliques qui cassent les jambes? les renverser comme il avait renversé Bourdon de l'Oise à quelques séances de là? Il n'en fut rien. Robespierre semblait s'être vidé en lisant son discours. Quand il monta à la tribune pour répondre à Cambon, il bafouilla, roula des yeux féroces du côté de la Montagne qui murmurait, sembla implorer l'appui du bureau contre ses contradicteurs, répétant sans relâche : « On me menace, on veut ma mort. » A ce moment, un des secrétaires de quinzaine, André Dumont, dantoniste, |qui se sait marqué pour la proscription, lui crie : « Tu demandes la mort, scélérat, tu l'as méritée mille fois! » A partir de ce moment, Robespierre ne sait plus où il en est. Il découvre à tous les terreurs qui le tourmentent. Il fuit devant Vadier, il recule devant Panis, il n'ose pas expliquer pourquoi il a attaqué Fouché au.x Jacobins. Vainement Billaud-Varenne et même Vadier, qui hésitent à profiter de sa défaite, viennent, en lui ripostant, le couvrir de fleurs, Maximilien n'est plus lui-même et c'est à cet instant que les Dantonistes s'élancent tous à l'attaque. Bentabole, Charlier demandent que le discours soit envoyé avant impression, à l'examen des CoHTités.
— Mais je les ai attaqués, répond Robespierre.
— Tu les a attaqués, s'écrie Charlier. Aie donc un peu de courage et nomme ceux que tu accuses.
— Oui, oui, hurle toute la Montagne.
Amar et Thirion défendent les Comités. Fréron demande le rapport du décret qui leur donne le droit d'arrêter les députés. Billaud bondit à la tribune. Il a compris que
("J; Unudol. ^n'olis /iiitor/i/iK a. p. '2i'3.
l34 LE f) THERMIDOR
toutes les tyrannies sont visées. 'La Convention veut-elle les privilèges d'un Sénat de Venise? On écoute Billaud et on conspue Fréron. Barère vient offrir la paix à la tribune et Bréard propose de rapporter le décret de Gouthon. On vote, et l'avantage qu'ont obtenu les Robespierristes une heure avant est perdu. Durant le reste de la séance, la Convention s'endort dans des discussions sans intérêt et à cinq heures, la séance est levée.
Cette escarmouche n'a fait que mettre en goût les combattants. Les Robespierristes sont convaincus qu'ils vont « arranger » les Montagnards. « Je n'ai plus à compter sur la Montagne, dit Robespierre en rentrant chez Duplay, mais la masse de la Convention m'entendra. » Les autres Robespierristes sont tout à la préparation de la fête de Bara et de Viala qu'on doit célébrer le lo Thermidor. Le maire de Paris, Lescot-Fleuriot, que la volonté de Robespierre a tiré du parquet du Tribunal Révolutionnaire pour en faire le maître de la capitale, profite de la circonstance pour concentrer les troupes des sections. Partout on répète dans les milieux jacobins, que les torches triomphales du héros de la Durance vont éclairer le supplice des ennemis de Robespierre. Est-ce un massacre qui est projeté? Les Thermidoriens en sont convaincus. Entre neuf et dix heures du soir, Lecointre, le notaire de la rue Meslay, frère du député de Versailles, reçoit l'ordre de se rendre le lendemain, dès sept heures, chez le capitaine de sa section. Il en avise aussitôt son frère qui se rend au Comité de Sûreté générale et, reprenant le conseil donné quelques jours avant par Fouché, vient réclamer l'arrestation immédiate d'Hanriot et de Payan.' Il est reçu par La Vicomterie qui, peu soucieux de prendre l'initiative d'une mesure aussi grave, s'en tire par une réponse dilatoire. Les Montagnards, après la séance, ont été étonnés de leur propre audace. André Dumont et Bourdon de l'Oise songent à leur testament, mais, Tallien, Mallarmé, Ramel, Gambon, Thuriot, passent la nuit à visiter, à encourager et à exaspérer les chefs des différents groupes qui ont adhéré à la Gonspi-